"Vous allez créer une guerre civile", "Vous dites n'importe quoi", "Malhonnête": retour sur les temps forts du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Emmanuel Macron (LREM) et Marine Le Pen (RN) se sont affrontés en direct au cours du débat de l'entre-deux-tours. Vous pouvez revivre ce débat en vidéo ci-dessous.

M.R.

Marine Le Pen a ouvert le bal. Comme l'a décidé le tirage au sort effectué ce mardi 19 avril, elle a été la première à s'exprimer lors de ce débat de l'entre-deux-tours.

Avant d'aborder le premier thème, Marine Le Pen a d'abord dû répondre à la question "pourquoi seriez-vous une meilleure présidente qu'Emmanuel Macron ?". "Le plus grand atout de la France c'est son peuple", a commencé la candidate du RN. "(...) Depuis cinq ans, je l'ai vu souffrir d'une sorte de précarité généralisée. Je l'ai vu douter de l'avenir. J'aimerais dire au peuple français qu'un autre choix est possible. Je serai la présidente de la sécurité du peuple, du quotidien, de l'école, de la santé partout et pour tous... Surtout je serai la présidente de la concorde restaurée entre les Français. Je serai la présidente de la fraternité nationale."

"Nous parlons d'une époque où les peurs et les inquiétudes sont là", a répondu Emmanuel Macron. "Nous devons rendre notre pays plus fort, par son économie, par la culture... (...) Nous devons rendre la vie des Français meilleure. Notre France sera plus forte si elle arrive à devenir une grande puissance écologique du 21ème siècle."


Pouvoir d'achat

Le débat a débuté avec le thème de prédilection de la candidate d'extrême droite, le pouvoir d'achat."Je n'ai vu que des Français me dire qu'ils ne s'en sortaient plus", a lancé Marine Le Pen à Emmanuel Macron. "(...) Je veux faire du pouvoir d'achat la priorité de mon quinquennat si les Français me font l'honneur de me choisir."

Face aux attaques de Marine Le Pen qui a estimé que personne n'avait pris les soucis en matière de pouvoir d'achat au sérieux, l'actuel président français a expliqué partager certains constats de la candidate du RN. "Les Français et les Françaises auront une augmentation de leur facture d'électricité, si vous êtes élue, car vous avez voté contre le bouclier que j'ai instauré", a-t-il lancé.

Concernant le "bouclier", Marine Le Pen a précisé ne pas vouloir le bloquer, mais vouloir "quelque chose de pérenne et non pas quelque chose de temporaire". "Je veux revenir à des prix régulés, ce que vous ne souhaitez pas faire", a-t-elle taclé le président. "(...) Les primes, dans la vraie vie, quand vous louez un appartement on vous demande votre salaire, on se moque des primes. On voit bien que la mesure que je propose d'augmentation des revenus va améliorer la vie des Français." Le chef d'Etat a immédiatement contredit Marine Le Pen: "Vous n'augmenterez pas les salaires." "Je ne veux pas que les Français pensent qu'un président peut décider ce qu'il y a sur la fiche de paie."

"L'augmentation des prix de l'énergie est également la conséquence d'un prix de l'énergie qui est fixé au niveau européen", a entamé Marine Le Pen, pointant du doigt les erreurs de l'Allemagne. Emmanuel Macron a immédiatement repris la candidate RN: "Il ne faut pas sortir de l'Union européenne. Il faut la réformer."

Le chef d'Etat a également critiqué la proposition de Marine Le Pen concernant la baisse de la TVA. "Ça va nous coûter des milliards alors que ça va profiter à des gens comme nous quatre (les deux journalistes sur le plateau, Marine Le Pen et lui, NDLR)", a ironisé Emmanuel Macron. '(...) Vous n'avez pas répondu à mes questions, mais c'est simple c'est parce que je pense que vous n'avez pas de réponse", a taclé Emmanuel Macron.


International

La guerre en Ukraine a immédiatement été abordée. "Le rôle de la France, c'est de soutenir l'Ukraine en aidant son peuple pour combattre pour ne pas que Kiev tombe, en accueillant les Ukrainiens qui fuient...", a débuté le président. "Je pense qu'il faut aujourd'hui intensifier cette ligne, en veillant comme je le fais depuis le début à ce qu'il n'y ait pas une escalade. Il faut progressivement ramener la Russie à la raison pour cesser le feu et ensuite pour libérer le territoire ukrainien."

Marine Le Pen a tenu à affirmer sa solidarité "absolue" avec le peuple ukrainien. "J'avoue que les efforts que vous avez fournis, Monsieur Macron, pour l'Ukraine méritent d'être soulignés", a-t-elle ajouté. "(...) J'étais d'accord quant à l'ensemble des sanctions contre les oligarques et les banques. La seule sanction face à laquelle je me pose, c'est le blocage du pétrole russe. Cela va faire énormément de mal au peuple français. (...) J'ai exprimé aussi une crainte de voir la Chine et la Russie s'allier et devenir une superpuissance économique et militaire. Ce serait un danger majeur pour l'Occident et pour la France."

Emmanuel Macron a taclé la position de Marine Le Pen suite à l'annexion de la Crimée. "Vous avez été l'une des premières à reconnaître cette annexion. Vous l'avez fait pour quoi ? Parce que vous dépendez de M. Poutine. Quelques mois après avoir dit ça, vous avez contracté un prêt auprès d'une banque russe. Vous ne parlez pas à d'autres dirigeants, vous parlez à votre banquier quand il s'agit de la Russie."

"Le président sait absolument que ce qu'il dit est faux et malhonnête. Je suis une patriote, j'ai défendu toute ma vie les Français", a taclé Marine Le Pen, qui a via un tweet de 2014 montré qu'elle s'était positionnée en faveur d'une "Ukraine libre". "Si j'ai dû contracter ce prêt, c'est parce que la France ne voulait pas nous l'accorder. (...) Nous remboursons ce prêt tous les mois. C'est assez long, nous sommes un parti pauvre mais ce n'est pas déshonorant."

Au sujet de l'Union européenne, Emmanuel Macron a réaffirmé "croire en l'Europe". "Je suis convaincu que notre souveraineté est nationale et européenne. Les deux se complètent", a continué le président. Interrogée à son tour sur le sujet, Marine Le Pen a précisé qu'il n'y a "pas de souveraineté européenne, car il n'y a pas de peuple européen". "L'Europe, ce n'est pas tout ou rien", a-t-elle ajouté. "Je souhaite rester dans l'Union européenne, même s'il y a toute une politique européenne avec laquelle je suis en désaccord. Je me demande pourquoi les dirigeants français ne défendent pas les intérêts de la France. C'est cela que je souhaite faire. Je veux faire évoluer cette organisation européenne. Mais M. Macron je ne pensais pas que vous tomberiez dans une forme de complotisme. Si je voulais sortir de l'UE, je le dirais."

Retraite

Après avoir discuté de la thématique internationale, les candidats ont pu s'exprimer sur les retraites. Marine Le Pen a souligné la différence entre son programme et celui de M. Macron. "Moi je veux que les Français travaillent jusqu'à 62 ans maximum", a-t-elle précisé. "La retraite à 65 ans est une injustice inimaginable M. Macron."

Face à ces attaques, le président de la République a tenu à souligner les incohérences du programme de Marine Le Pen. "Il n'y a pas de différence entre quelqu'un qui a travaillé toute sa vie et quelqu'un qui n'a travaillé qu'un certain temps, vous n'avez pas non plus de critères de pénibilité", a lancé Emmanuel Macron. "Je ne veux pas fragiliser les retraites de nos pensionnés", a-t-il encore ajouté. "Vous n'expliquez jamais comment vous financez vos projets, vous n'êtes pas honnête avec les gens. Soit vous avez des impôts cachés, soit vous allez mettre en péril les pensions." Le ton est monté ensuite entre les deux candidats, quand Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron d'avoir augmenté la dette. "Il y a 400.000 pauvres en plus depuis votre quinquennat", a encore taclé Marine Le Pen. "(...) Le Mozart de la finance comme on vous avait présenté a un bilan économique très mauvais et un bilan social qui est encore pire."

"Les dettes, c'est le Covid", a immédiatement précisé Emmanuel Macron. "Que vous ayez l'outrecuidance de dire que nous aidons les entreprises alors qu'on a aidé les petits producteurs, on a baissé le chômage..."

Santé

L'hôpital ira-t-il mieux si vous êtes réélu ? C'est la question à laquelle a dû répondre le président. "On va devoir continuer à investir, c'est dans mon projet et je l'assume", a expliqué Emmanuel Macron. Marine Le Pen a quant à elle attaqué le président sur le licenciement de soignants dans le cadre de la crise sanitaire. Elle a également critiqué la gestion des Ehpad. "Faire de l'argent sur la vulnérabilité des personnes âgées, ça ne va pas, il faut réfléchir à un modèle mutualiste", a également ajouté la candidate RN.

Energie

"D'abord, j'arrête l'hypocrisie. On ne peut pas dire qu'on va s'attaquer au problème des gaz à effet de serre, si on refuse de voir que le problème vient du libre échange. Je veux qu'on puisse créer sur place. Au maximum partir sur la relocalisation. Il faut qu'on arrête d'importer la moitié de nos fruits et légumes", a expliqué Marine Le Pen. "(...) Le modèle du libre échange fait aussi beaucoup de mal aux animaux. Quand on fait naître des animaux en France, puis qu'on les abat à des milliers de kilomètre, c'est un modèle insensé, qui crée de la souffrance animale et des gaz à effet de serre."

Emmanuel Macron a directement répondu aux arguments de la candidate d'extrême droite. "Ce qui est intéressant, c'est l'incohérence de cette conversation. Le plus gros problème, c'est notre dépendance aux hydrocarbures, or vous proposez une baisse sur les hydrocarbures. Votre programme n'a ni queue ni tête, vous êtes climato-sceptique." Marine Le Pen a nié immédiatement être climato-sceptique. "Par contre, vous, vous êtes climato-hypocrite", a-t-elle ajouté.

Concernant les éoliennes, Marine Le Pen a estimé que c'était une "aberration". "Vous n'aviez pas de vision dans ce domaine énergétique et vous avez mis la France en grande difficulté", a-t-elle précisé. Emmanuel Macron a répondu que le programme de Marine Le Pen est intenable. "Votre stratégie est une stratégie du tout nucléaire, elle n'est pas possible", a-t-il fustigé. "Il faut faire les deux. C'est pourquoi j'ai décidé d'investir dans le renouvelable, de se donner plus de temps par rapport à l'éolien terrestre, de développer le petit solaire et de l'éolien en mer. Cela crée de l'emploi. Vous allez démanteler les éoliennes en mer. Ca coûte un argent fou. Je trouve que l'argent du contribuable pourrait être mieux utilisé."

Concernant les éoliennes, Marine Le Pen a porté des accusations à l'encontre du président français. "Vous dites n'importe quoi", a coupé Emmanuel Macron.

Economie numérique

Comment faire pour avoir demain un Google français ? Marine Le Pen a pris la parole en premier lieu. "Le Google européen, ça fait des années qu'on aurait dû l'avoir. Je pense qu'il faut qu'on le crée au niveau européen, de la même manière qu'on a créé une politique spatiale et qu'on trouve un moyen de préserver nos données."

Emmanuel Macron a quant à lui souligné que l'on peut créer une France et une Europe de l'innovation par le numérique. "Il faut une politique européenne également qui se bat contre la concurrence déloyale. C'est là que l'Europe a un rôle important à jouer."

Ecoles

Au sujet du décrochage scolaire, Emmanuel Macron a souligné qu'il avait déjà permis aux enfants de la République de rattraper leur retard. "Je mettrai l'accent sur le sport à l'école, qui est fondamental. Je mettrai aussi l'accent sur les classes de sixième et de seconde, qui sont un point d'orgue du parcours scolaire", a précisé le président français. "Je veux réformer le lycée professionnel, l'université et mieux accompagner sur le logement." Le président a ensuite assumé vouloir une "méthode différente" de celle adoptée jusque là. "Cela se fera au niveau national, mais avec une déclinaison locale."

Dans sa réponse, Marine Le Pen a tout d'abord voulu rappeler à quel point "la jeunesse française avait souffert ces dernières années". "M. Macron, vous aviez fait quelque chose qui était positif dans la réforme de l'apprentissage", a-t-elle argumenté. "Mais qui n'est pas pérenne." Enfin, la candidate d'extrême droite a tenu à revenir sur la discipline à l'école, en profitant pour lancer une pique à M. Macron sur l'affaire McKinsey. "Vous avez mis le temps", a ironisé Emmanuel Macron sur l'attaque de Mme Le Pen.

"Des classes entières sont persécutées par certains élèves qui gâchent l'avenir de l'ensemble de la classe, je pense qu'il faut être beaucoup plus sévère et arrêter de mettre la poussière sous le tapis", a expliqué Mme Le Pen sur la discipline dans les écoles.

Sécurité

Concernant la sécurité, Marine Le Pen a affirmé qu'il s'agissait d'une demande parfaitement légitime des Français. "La situation du pays est très mauvaise. On est confrontés à un vrai ensauvagement. On est cernés par l'insécurité. Les faits se déroulent partout maintenant. On pille les chantiers, les récoltes, l'engrais. Dès que quelque chose a la moindre valeur dans notre pays, les gens tremblent que l'on leur retire, qu'on les brutalise. Il faut faire deux choses: il faut régler le problème de l'immigration massive et anarchique qui contribue à l'insécurité dans notre pays. Ensuite, il faut de la fermeté. Les Français ont l'impression que l'on fait preuve d'un laxisme total. Il faut à nouveau faire confiance aux policiers. Ils ont beaucoup souffert des doutes que vous avez émis à leur égard. Il faut les aimer. Il faut ensuite être plus lourd sur les peines."

Emmanuel Macron a d'abord tenu à rappeler à Marine Le Pen qu'elle avait vivement critiqué les policiers, il y a quelques jours, après un incident lors de l'un de ses meetings. "Je ne ferai pas une politique qui consiste à cacher de la poussière sous le tapis", a poursuivi le président. "Nous avons commencé la lutte et il faut aller jusqu'au bout, avec notre police. C'est une priorité. Une autre priorité concerne la ruralité. On pourra créer 200 brigades de gendarmerie dans nos campagnes."

Les deux candidats ont ironisé à l'issue de cette discussion, estimant qu'ils étaient "bien plus disciplinés qu'en 2017". "On vieillit M. Macron", a lancé Marine Le Pen.

Laïcité

"Je pense que le risque terroriste est toujours extrêmement présent. Il y a un islamisme dans notre pays, contre lequel la politique que vous menez n'est pas efficace", a débuté Marine Le Pen. Concernant le port du voile, la candidate d'extrême droite a précisé qu'elle voulait l'interdire dans l'espace public. "Celles qui ne le portent pas racontent à quel point elles sont isolées, jugées comme impures. Cette situation est impossible dans notre pays. Si quelqu'un d'étranger qui se trouve sur notre territoire refuse de signer la charte de la laïcité, cette personne doit être renvoyée chez elle."

"Votre cheminement confond tous les problèmes et les alimente", a répondu Emmanuel Macron. "(...) Dans la cité, vous allez créer la guerre civile si vous faites ça." "C'est très grave ce que vous dites", l'a immédiatement interrompu Marine Le Pen. "Ce que vous proposez est une trahison à la République", a acté le président. "Vous êtes en train de pousser des millions de nos compatriotes en dehors de l'espace public à cause de leur religion."

Immigration

Marine Le Pen a expliqué qu'elle mènerait un référendum pour proposer aux Français la suppression du droit du sol, l'interdiction de la régularisation des clandestins, la modification du droit d'asile... Emmanuel Macron a souligné face aux demandes de Mme Le Pen que l'immigration économique était nécessaire. "Je veux agir contre l'immigration clandestine. Je veux renforcer nos protections extérieures. Ensuite, nous devons instruire plus rapidement. Quand quelqu'un met 18 mois à avoir sa procédure d'asile, c'est difficile de le raccompagner dans son pays d'origine. Je propose de changer nos règles. Troisième chose, je propose une politique de rapatriement plus efficace."

Les mots de la fin

Emmanuel Macron a d'abord tenu à remercier Marine Le Pen "pour l'échange de ce jour". "On a parlé de beaucoup de sujets mais nous n'avons pas pu aborder de nombreux sujets qui me tiennent à coeur, comme le handicap", a-t-il poursuivi. "Nous avons pu voir nos contradictions au cours de ce débat. Nous avons pu constater que cette élection allait être un référendum pour ou contre l'Union européenne, pour ou contre ce que nous sommes."

Pour conclure, Marine Le Pen a voulu s'adresser "au peuple". "Un peuple qui aspire au retour de la tranquillité, au bon sens dans la gestion de l'Etat."

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