300.000 militaires à la frontière Est de l’Europe, une première depuis la Guerre Froide: “L’OTAN envoie un signal fort à la Russie et accentue sa force de dissuasion"

Du 28 au 30 juin, les trente pays membres de l’Otan sont réunis à Madrid pour un sommet crucial après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Pour Sven Biscop, professeur de politique internationale (UGent et Institut Egmont), ce sommet est l'occasion de renforcer les troupes sur le terrain dans le but de contenir Moscou.

Plusieurs dirigeants occidentaux, à l'image d'Emmanuel Macron et Joe Biden, ont clos ce mardi matin le sommet du G7 en Allemagne avant de se rendre à celui de l'Otan, en Espagne, avec le même objectif : maintenir une forte pression sur la Russie. "Nous allons également renforcer notre capacité à nous renforcer en cas de conflit, grâce à davantage d'équipements prépositionnés, de capacités déployées à l'avant, comme la défense aérienne, et avec des forces pré-affectées à la défense de certains alliés", a ajouté le Norvégien Jens Stoltenberg. Selon le Secrétaire Général de l'OTAN, l'alliance militaire va multiplier par 8 la taille de ses "forces de réaction rapide" (notamment sur le flanc est) pour atteindre 300 000 soldats contre 40 000 aujourd'hui.

L’objectif premier ? Faire face à la menace constituée par la Russie. “Pour autant, ce n’est pas une déclaration de guerre, rappelle Sven Biscop, professeur de politique internationale (UGent et Institut Egmont). On reste sur une position défensive et on renforce ici encore un peu plus notre force de dissuasion conventionnelle en nous donnant la possibilité d'avoir des troupes mieux équipées et plus préparées à la frontière. C’est un signal envoyé à la Russie mais c’est aussi primordial pour l’état de nos troupes. On commençait à rencontrer des limites sur le terrain, les troupes manquaient de profondeur, il manquait de stock, les équipements devenaient justes, on se devait donc de changer cela. Le niveau de renouvellement était également assez bas, ce mécanisme de renforcement envoie le signal que notre force de dissuasion restera forte”.


"L'Otan retourne à son défi stratégique initial: contenir Moscou, déclare-t-il. L'OTAN possède des mécanismes qui servent à projeter des troupes sur cette frontière à l'Est et elle envisage aujourd'hui de les renforcer. L'objectif est d'augmenter leur disponibilité et de mettre en alerte les troupes, ce sera donc un renforcement significatif de nos troupes, une donne importante quand on sait que la Russie peut concentrer jusqu'à 200.000 hommes sur le terrain. L'état de nos troupes n'était pas assez fort donc il fallait le renforcer". Depuis la Guerre Froide, l'ensemble de ces mesures constitue le plus grand remaniement de notre défense collective et de notre présence. Le sommet à Madrid est attendu comme tournant, où plusieurs décisions importantes seront prises.

Vers une nouvelle réalité géopolitique

Sur le terrain, pas plus tard que ce mardi, l'escalade des tensions s'est amplifiée. Deux missiles russes se sont abattus lundi sur un centre commercial bondé à Krementchouk, dans le centre de l'Ukraine, tuant au moins 10 personnes et en blessant 40 autres, ont déclaré les autorités ukrainiennes. Le président Ukrainien a affirmé que plus d'un millier de personnes se trouvaient dans le centre commercial au moment de l'attaque. "Il est impossible ne serait-ce que d'imaginer le nombre de victimes", a-t-il dit, sans fournir de bilan précis.

Volodymyr Zelensky, a exigé dans la foulée que la Russie soit reconnue comme "état parrain du terrorisme", au lendemain d'une frappe russe sur un centre commercial ayant fait "plus de vingt morts", selon Kiev. D'après Sven Biscop, le timing de cette frappe ne doit rien au hasard. "La Russie attaque expressément l'Ukraine aujourd'hui pour marquer le coup avant le sommet de l'OTAN. C'est un signal pour rappeler que la sûreté dans la capitale ukrainienne est loin d'être acquise et que la guerre n'est pas finie. Il y a aussi un peu de frustration derrière car leur objectif initial n'est pas atteint et la vengeance est une des conséquences, notamment en raison du blocage de plusieurs offensive par les forces armées ukrainiennes".

De son côté, Moscou a jugé mardi que son offensive en Ukraine se terminerait quand les autorités et l'armée ukrainienne auraient capitulé. "La partie ukrainienne peut mettre fin au conflit dans la journée. Il faut ordonner aux unités nationalistes de déposer les armes, il faut ordonner aux soldats ukrainiens de déposer les armes et il faut mettre en œuvre toutes les conditions fixées par la Russie. Alors tout sera fini en une journée", a indiqué à la presse Dmitri Peskov, le porte-parole de Vladimir Poutine. "A la base, l'objectif des Russes était beaucoup plus grand et bien plus large, rappelle Biscop. Ils voulaient conquérir beaucoup plus de territoire, prendre Kiev et changer le gouvernement, ce sont des objectifs qui n'ont pas été atteints. Finalement, ils n'ont pas conquis beaucoup de terrain mais on ne peut pas non plus dire qu'ils ont perdu".

Pour la suite du conflit, l’expert en géopolitique craint un conflit gelé qui pourrait s’éterniser durant plusieurs années. “Un scénario probable envisage que les deux côtés vont constater qu’ils ne peuvent plus obtenir beaucoup plus et qu’on verra une fin graduelle des combats, peut-être avec un cessez-le-feu. Les Russes risquent prochainement de toucher leurs limites et donc de stopper leurs offensives sans accord politique, il resterait alors une ligne de front où les combats risqueraient de reprendre à tout moment, ça pourrait même prendre des années. On peut aussi imaginer une Ukraine libre, une sorte d'État tampon entre la Russie et l’Union Européenne et un territoire occupé où le conflit pourrait reprendre à tout moment, ce serait une nouvelle réalité géopolitique. Quelque part, l’Ukraine ne gagnera pas la guerre et ne peut que limiter les pertes”.

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