"Être emprisonné pendant près de dix ans, ou sortir en six mois ?": les prisonniers russes se voient proposer de se battre en Ukraine en échange de la liberté

Une enquête de CNN révèle le nouveau système de recrutement de la Russie qui consiste à aller chercher de nouveaux soldats dans les prisons russes.

"Être emprisonné pendant près de dix ans, ou sortir en six mois ?": les prisonniers russes se voient proposer de se battre en Ukraine en échange de la liberté
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Dans les prisons russes, les condamnés se font recruter en masse pour se battre en Ukraine, comme le dénonce le groupe de défense des droits des prisonniers Gulagu.net.

Le principe est simple : si les prisonniers acceptent, ils reçoivent l’amnistie. Selon Gulagu.net, près de 400 prisonniers russes de plus de dix prisons différentes ont d’ores et déjà accepté l’offre. Ces nouvelles ont notamment été apprises grâce aux proches des prisonniers qui ont pris contact avec l’organisme. Les profils des prisonniers partis en guerre vont des meurtriers aux délinquants toxicomanes.

"Être emprisonné pendant près de dix ans, ou sortir en six mois ?"

CNN a eu l’occasion de lire des dizaines de messages entre proches, pesant le pour et le contre entre la possibilité de retrouver la liberté au possible coût de leur vie. Une jeune femme raconte ainsi comment son petit ami en prison pour encore de nombreuses années avait considéré l’offre : "il ne pouvait pas ne pas y penser".

Un autre prisonnier a expliqué les conditions à CNN : "ils accepteront les meurtriers, mais pas les violeurs, les pédophiles, les extrémistes ou les terroristes", a-t-il déclaré. "Une amnistie ou une grâce en six mois est proposée. Quelqu'un parle de 100 000 roubles par mois, un autre de 200 000. Tout est différent." L'offre aurait été faite suite au passage d'hommes faisant partie, selon lui, d'une société d'entrepreneurs militaires privés. Ceux-ci sont venus visiter sa prison durant les deux premières semaines du mois de juillet. Les deux dernières semaines auraient alors été dédiées à une formation dans la région de Rostov, dans le sud de la Russie, pour ceux qui auraient accepté. Il indique que les recruteurs ne semblaient alors pas s'attarder sur l'expérience militaire de leurs candidats.

"Dans mon cas, si c'est réel, alors je suis tout à fait pour", a déclaré le prisonnier. "Cela peut faire une vraie différence pour moi : être emprisonné pendant près de dix ans, ou sortir en six mois si vous avez de la chance. Mais ça, c'est si vous avez de la chance. Je veux juste rentrer chez moi auprès de mes enfants le plus vite possible. Si cette option est possible, alors pourquoi pas ?"

Le prisonnier a déclaré que 50 détenus avaient déjà été sélectionnés pour le recrutement et placés en quarantaine dans la prison, mais il a entendu dire que 400 postulaient.

Le groupe de défense des droits des prisonniers a déclaré que, depuis le début du mois de juillet, il était inondé de rapports provenant de toute la Russie et émanant de proches inquiets du sort des détenus.

"Au cours des trois dernières semaines [de juillet], on a assisté à une très grande vague de ce projet visant à recruter des milliers de prisonniers russes et à les envoyer à la guerre", a déclaré Vladimir Osechkin, directeur de Gulagu.net. Selon lui, certains ont reçu la promesse d'un versement à leur famille de cinq millions de roubles (82 000 dollars) s'ils mouraient.

Le danger est que ces récompenses financières pourraient ne jamais être honorées : "il n'y a pas de garantie, il n'y a pas de véritable contrat. C'est illégal", a-t-il déclaré.

Un risque élevé

Selon Vladimir Osechkin, les prisonniers servent d'appâts pour déclencher les tirs des positions ukrainiennes, ce qui permet alors à l'armée russe de riposter avec précision. "Ils y vont en premier. Quand l'armée ukrainienne les voit, elle frappe. Ensuite, les soldats russes voient où sont les Ukrainiens, et bombardent l'endroit".

Premiers retours à l’hôpital

Guettant les rapports des hôpitaux, certains proches ont déjà pu trouver des nouvelles des prisonniers membres de leur famille, blessés et hospitalisés à Louhansk. CNN a eu l'opportunité de lire des échanges entre un prisonnier parti en Ukraine et son épouse. Les messages révèlent que sur les dix prisonniers de l'unité de son mari, seuls trois sont encore en vie aujourd'hui.

En Ukraine, les soldats russes veulent rentrer

Alexei Tabalov, avocat dirigeant un groupe d'aide juridique aux conscrits, en témoigne à l'Associated Press : "nous constatons un énorme afflux de personnes qui veulent quitter la zone de guerre - celles qui servent depuis longtemps et celles qui ont signé un contrat tout récemment". L'avocat ajoute avoir l'impression que "tous ceux qui le peuvent sont prêts à s'enfuir".

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