Un soldat russe ayant déserté le front publie son journal de bord de la guerre: "Il m'a fallu des semaines pour comprendre que nous avions attaqué l'Ukraine"

Un soldat russe ayant participé à la guerre en Ukraine puis déserté le front a diffusé sur les réseaux sociaux un journal de son quotidien dans les rangs de son régiment.

Ad.R.
Un soldat russe ayant déserté le front publie son journal de bord de la guerre: "Il m'a fallu des semaines pour comprendre que nous avions attaqué l'Ukraine"
©AP

Pavel Filatyev a quitté le front depuis plusieurs semaines maintenant. Ce paramilitaire russe, engagé au sein d'un régiment depuis le début de la guerre en Ukraine, a décidé de fuir après avoir diffusé sur les réseaux sociaux un journal témoignant de son quotidien en tant que soldat de Vladimir Poutine. Il est l'un des premiers à prendre le risque de témoigner si précisément et si longuement, à visage découvert dans plusieurs médias.

Dans son journal baptisé "ZOV", en référence aux lettres peintes sur les véhicules militaires russes, Pavel Filatyev explique comment il s'est retrouvé en Ukraine sans même savoir ce qu'il allait faire là. "Cela faisait un an que nous vivions dans l’idée que l’OTAN menaçait la Russie. Alors à ce moment-là, j’ai cru qu’on allait combattre des troupes de l’OTAN", raconte-t-il à BFMTV. "Il m'a fallu des semaines pour comprendre qu'il n'y avait pas du tout de guerre sur le territoire russe, et que nous avions juste attaqué l'Ukraine", a-t-il écrit dans son journal.

Sur le terrain, l'encadrement et l'équipement des troupes étaient très sommaires. Pavel Filatyev a participé au tout premier assaut en Ukraine, et à ce moment-là, il n'avait dans son sac que des munitions et de la morphine. Ni eau, ni nourriture, ni sac de couchage. C'est pourquoi, après plusieurs jours, son unité et d'autres présentes sur place se sont mises à piller la ville de Kherson, où ils venaient d'entrer. "Comme des sauvages, nous avons tout mangé là-bas : avoine, bouillie, confiture, miel, café... Nous nous fichions de tout, nous avions déjà été poussés à bout [...] Comme des misérables, nous essayions juste de survivre", témoigne le Russe, qui a vu plusieurs de ses collègues voler des ordinateurs ou d'autres biens de valeur.

Pour Pavel Filatyev, si peu équipées, les premières troupes envoyées sur le terrain en Ukraine étaient des cibles très faciles pour les Ukrainiens. Et il raconte d'ailleurs qu'au sein de l'armée russe, un sentiment de colère plane. Contrairement à ce que le Kremlin veut laisser paraître, ""la plupart des gens dans l'armée sont mécontents de ce qui se passe, ils sont mécontents du gouvernement et de leurs commandants, ils sont mécontents de Poutine et de sa politique, ils sont mécontents du ministre de la défense, qui n'a jamais servi dans l'armée".

Pour avoir témoigné de la sorte publiquement et surtout pour avoir déserté le front - après avoir été blessé -, Pavel Filatyev risque gros, notamment plusieurs années de prison. Il s'est caché durant deux semaines dans différents hôtels, et est surpris de ne pas encore avoir été arrêté. "Je ne comprends pas pourquoi ils ne m'ont toujours pas attrapé. J'ai dit plus que quiconque au cours des six derniers mois. Peut-être qu'ils ne savent pas quoi faire de moi", s'est-il interrogé auprès du Guardian. Mais quoi qu'il en soit, il ne regrette pas d'avoir publié son journal: "Je ne peux tout simplement plus me taire, même si je sais que ça changera probablement rien, et que j'ai peut-être agi bêtement en me mettant dans un tel pétrin".

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