"C’était toujours plus inapproprié", "Il me forçait" : les témoignages de huit jeunes femmes contre Norman Thavaud

Libération, qui avait déjà révélé la garde à vue du Youtubeur pour viols et corruption de mineurs, a livré les témoignages de huit jeunes femmes qui accusent le Youtubeur de violences sexuelles et psychologiques.

Le youtubeur Norman Thavaud est visé par par une enquête pour viols et corruption de mineurs
Le youtubeur Norman Thavaud est visé par par une enquête pour viols et corruption de mineurs ©Instagram Norman Thavaud

Ce lundi, on apprenait via Libération que le Youtubeur Norman Thavaud, de la chaîne “Norman fait des vidéos”, était placé en garde à vue pour viols et corruption de mineurs. Il a été libéré “sans poursuites à ce stade”, mais l’enquête de la Brigade de protection des mineurs se poursuit.

Ce jeudi, après un an d'enquête, le quotidien français Libération a publié les témoignages de huit jeunes femmes. Toutes très jeunes au moment des faits, elles relatent la même expérience : le vidéaste aux 12 millions d’abonnés semble user de sa notoriété et de chantage affectif pour obtenir des relations sexuelles, à travers un schéma d’emprise.

En 2020, c’est une fan québécoise, Maggie Desmarais, qui est la première à dénoncer les agissements de Norman dans un post Instagram dans la foulée du #Balancetonyoutubeur, lancé par un tweet de Squeezie, autre ponte de Youtube.

Les échanges entre la fan québécoise et Norman commencent en 2017 via Snapchat. L’humoriste, âgé de 30 ans à l’époque, demande à la jeune fille de 16 ans de lui envoyer des photos de plus en plus osées, ce qu’elle finit par accepter face au chantage affectif de son idole. “C’était en dehors de mes limites et il le savait très bien. Mais quand je répondais à ses attentes, ce n’était jamais assez extrême pour lui. Au début je n’étais pas à l’aise en soutien-gorge, puis j’ai fini complètement nue […] C’était toujours plus inapproprié”, se souvient-elle. “J’ai dû lui envoyer un striptease sur Snapchat et il l’a sauvegardé dans la discussion. Ça me rendait mal à l’aise, car je voyais la vidéo à chaque fois qu’on se parlait. Je lui ai demandé plusieurs fois de la supprimer, il ne l’a jamais fait”, affirme-t-elle. C’est après un lapin posé par le Youtubeur, en visite au Québec en 2018, que Maggie Desmarais stoppe cette relation virtuelle.

Lorsque le scandale du #balancetonyoutubeur surgit, elle assure que Norman revient vers elle pour lui demander de ne pas en parler. Puis la jeune femme finit par porter plainte. Durant sa garde à vue, le Youtubeur aurait affirmé, selon les informations révélées par TF1, être victime d’un complot orchestré par Maggie Desmarais.

”Un schéma bien rodé”

Louise rencontre Norman lors d’une séance de dédicaces en 2015. S’ensuivent des échanges via les réseaux sociaux. “Le fait que tu sois plus jeune, j’aime bien aussi”, écrit-il notamment à la jeune fille de 18 ans, selon Libération. Quelques mois plus tard, une rencontre se déroule dans l'appartement parisien de Norman Thavaud. "Je n’ai pas eu le choix. J’ai réalisé que j’avais été une victime de viol quand je suis sortie avec quelqu’un d’autre et que j’étais encore traumatisée de ce qui m’était arrivée", explique Louise. Elle n’est pas la seule, à chaque fois les récits sont similaires.

En 2010, Zoé a 16 ans lorsqu’elle rencontre la figure montante du web lors d’une convention. Norman lui donne son numéro. Un schéma bien rodé selon elle “puisqu’il avait préparé plusieurs papiers avec son numéro de téléphone avant mon arrivée”. Après des échanges par messages et des propos persuasifs, la jeune fille retourne à Paris pour le voir dans “une chambre de bonne, qui n’était pas son logement principal”. Le Youtubeur use alors d’un comportement culpabilisant pour obtenir une relation sexuelle : “Tu ne m’aimes pas vraiment, je me demande pourquoi je t’ai fait venir sur Paris, tu m’as pris pour un con". Zoé explique qu'elle était alors "tétanisée".

”Même quand je n’en avais pas envie, il me forçait”

Même chose avec une autre jeune fille en 2018, qui raconte sa soirée passée avec le vidéaste dans un hôtel. “Il a aussi eu des propos très sales, que je n’arrive pas à répéter six ans après. J’ai voulu que ça se termine vite (...) Je n’en avais pas envie, mais il avait tellement joué avec ma psychologie… J’avais intégré le fait que si je ne faisais pas ce qu’il voulait, c’était terminé. Donc j’ai accepté”. La jeune fille tout juste majeure explique n’avoir pas réussi à quitter l’hôtel. “Il m’a rabaissée en me disant que la différence d’âge était une barrière. Il me disait : 'Je pensais que tu étais une femme, mais tu es visiblement une gamine'."

Alexandra relate aussi une relation toxique de plusieurs mois. Norman l’aurait interpellée dans une boîte de nuit parisienne en 2016. Elle est alors âgée de 18 ans et lui de 28. Si tout se passe bien au début, la relation finit par être étouffante pour la jeune femme. “Même quand je n’en avais pas envie, il me forçait. […] C’était du chantage affectif. À l’époque, j’étais jeune et amoureuse. Je ne le faisais pas par envie mais par obligation, parce qu’il me menaçait de me quitter. Je regardais le plafond en attendant que ça passe”, témoigne-t-elle. Alexandra espère aujourd’hui “qu’il disparaisse d’Internet” et attend beaucoup de l’enquête : “Ces quelques mois ont suffi à me gâcher une partie de ma vie”.

Quatre des huit témoignages relayés par Libération sont aujourd’hui entre les mains de la Brigade de protection des familles de Paris.

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