Le gouvernement français va annoncer s'il interdit ou non la chasse le dimanche

Après plusieurs mois de débats, le gouvernement annoncera lundi ses décisions pour mieux sécuriser la pratique de la chasse et réduire le nombre d'accidents, mais chasseurs et militants anti-chasse semblaient croire qu'une interdiction dominicale était exclue.

<p>Chasse en cours dans les Hautes-Pyrénées, le 7 janvier 2023</p>
<p>Chasse en cours dans les Hautes-Pyrénées, le 7 janvier 2023</p> ©AFP

Délit d'alcoolémie, formation, information du public sur une application mobile: la secrétaire d'Etat à l'Ecologie Bérangère Couillard présentera les arbitrages du gouvernement à 11H00, dans le Loiret, à l'issue d'une rencontre avec les agents de l'Office français de la biodiversité (OFB), qui délivre les permis en France et participe à la police de la chasse.

Selon ses chiffres, le nombre d'accidents de chasse est tendanciellement à la baisse depuis 20 ans. Néanmoins, pour la saison 2021/22, l'OFB a recensé 90 accidents (blessures corporelles liées à l'utilisation d'une arme de chasse), contre 80 la saison précédente. Parmi eux, huit accidents mortels, dont deux avec des victimes non-chasseurs.

Ce week-end encore, un chasseur de 84 ans qui rangeait son arme dans sa voiture s'est tué accidentellement en Haute-Corse.

L'idée la plus radicale à émaner de la concertation menée ces derniers mois était la création d'une journée - ou a minima d'une demi-journée - sans chasse au niveau national. Selon un sondage Ifop mené à la mi-décembre auprès de 1.000 personnes pour diverses associations de protection de l'environnement, 78% d'entre elles étaient favorables à un "dimanche non chassé" (2,5 point de marge d'erreur).

Mais cette interdiction, qui n'était pas "tabou" selon Bérangère Couillard, ne semblait plus à l'ordre du jour selon plusieurs sources ayant participé aux dernières discussions.

Préparant le terrain, une source gouvernementale confiait la semaine dernière que "rien au niveau statistique n'indique que le dimanche soit un jour plus accidentogène que les autres".

<p>Des chasseurs se préparent à dépecer un chevreuil, le 5 novembre 2022 à Jurvielle, dans les Pyrénées</p>
<p>Des chasseurs se préparent à dépecer un chevreuil, le 5 novembre 2022 à Jurvielle, dans les Pyrénées</p> ©AFP

Un argumentaire déjà évoqué par les chasseurs et par certains députés comme le sénateur de l'Ain Patrick Chaize. "Empêcher la chasse un jour se traduirait par un report sur les autres jours et ne limiterait donc pas l'activité de chasse et le risque", avait-il déclaré en septembre, au moment de la remise d'un rapport sénatorial.

Ce rapport montrait que sur la période 2003-2022, 71% des accidents avaient eu lieu le week-end, le dimanche pour 46% et le samedi pour 25%.

Willy Schraen, le patron des chasseurs, a dit jeudi à l'AFP ne pas imaginer "une seule seconde" un dimanche sans chasse, estimant que cela mettrait la ruralité "à feu et à sang".

"On doit partager l'accès à la nature et ça ne se discute pas juste entre Emmanuel Macron et Willy Schraen, qui se targue d'avoir table ouverte à l'Elysée", a fustigé dimanche la nouvelle patronne des Verts Marine Tondelier, sur France Inter.

Alcool

Parmi les pistes retenues, et qui recueillent l'assentiment des chasseurs, le gouvernement devrait instaurer un délit d'alcoolémie, à l'image de ce qui se fait pour les automobilistes - "dérisoire", se désespèrent les leaders de la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO).

<p>Un chasseur et ses chiens à La Bastide de Sérou, en Ariège, le 16 octobre 2022</p>
<p>Un chasseur et ses chiens à La Bastide de Sérou, en Ariège, le 16 octobre 2022</p> ©AFP/Archives

Autre décisions possibles: une meilleure formation pratique, via notamment la "remise à niveau décennale" des chasseurs, qui leur rappelle les principes de sécurité et portait jusqu'ici essentiellement sur éléments théoriques; et un durcissement des sanctions après un accident.

Pour mieux informer riverains et promeneurs, une application mobile dont les contours sont encore flous devrait être créée pour répertorier les zones de chasse... ou de non-chasse.

Mais rien qui réponde à l'espoir du camp anti-chasse. Brigitte Bardot, fervente défenseure des animaux, a écrit à Emmanuel Macron pour l'accuser d'être "un pantin" des chasseurs.

"Si le plan sécurité chasse se limitait finalement à quelques mesurettes comme l'interdiction de chasser en état d'ébriété (c'est quand même la moindre des choses!) ou l'idée d'une application mobile pour que les chasseurs volontaires se signalent, le gouvernement va grandement décevoir les 4 Français sur 5 qui souhaiteraient le dimanche sans chasse", lâche Matthieu Orphelin, directeur général de la LPO.

La confirmation, ou une surprise, est prévue lundi matin.

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