Qui est Ruja Ignatova, la “Cryptoqueen” qui fait partie des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI ?

En avril, son complice sera jugé pour de nombreux crimes. Quant à elle, la Cryptoqueen est toujours en fuite.

En juin 2016, alors que les cryptomonnaies devenaient de plus en plus populaires, une Bulgare aux rêves de richesse décide d’en tirer profit. “Dans deux ans, plus personne ne parlera de Bitcoin”, déclarait-elle devant son public en vantant sa société, OneCoin.

Mais en 2017, Ruja Ignatova se volatilise. Personne ne sait aujourd’hui où elle se trouve, bien que le FBI remue ciel et terre pour la retrouver. En effet, la “Cryptoqueen”, comme aimait se baptiser Ruja Ignatova, a escroqué un grand nombre de personnes pour plus de 4 milliards de dollars, selon les autorités américaines. Les procureurs fédéraux décrivent OneCoin comme l’une des plus grandes fraudes internationales jamais perpétrées, d’après la BBC.

Ruja Ignatova s’est donc fait une place sur la liste des dix fugitifs les plus recherchés par le FBI, y côtoyant meurtriers et chefs de gangs. Elle est la seule femme se retrouvant dans ce “top 10”.

L'avis de recherche du FBI de Ruja Ignatova datant du 30 juin 2022.
L'avis de recherche du FBI de Ruja Ignatova datant du 30 juin 2022. ©AFP or licensors

En bas de son avis de recherche du FBI se trouve un avertissement : “On pense qu’Ignatova voyage avec des gardes armés et/ou des associés. Ignatova peut avoir eu recours à la chirurgie plastique ou avoir modifié son apparence de quelque manière que ce soit.

Une cryptomonnaie sans valeur

Les OneCoins n’avaient aucune valeur. Ils ont été conçus dans un seul but, amener des gens ordinaires du monde entier à se séparer de leur argent durement gagné”, déclarait Damian Williams, procureur de New York, en décembre 2022. Selon les documents présentés par le ministère américain de la justice, Ruja Ignatova savait pertinemment qu’il s’agissait d’une escroquerie depuis le début.

La cryptomonnaie OneCoin a été créée dans le seul but d’escroquer les investisseurs”, déclarait également l’agent spécial de l’IRS, John R. Tafur, dans un communiqué.

Dans les documents présentés par le ministère américain de la justice, on découvre que Ruja Ignatova ainsi que Karl Sebastian Greenwood, cofondateur de OneCoin, qualifiaient leur cryptomonnaie de “monnaie de pacotille” et décrivaient leurs investisseurs comme des “idiots” et des “fous”, comme l’explique la BBC.

Il se peut que ce ne soit pas quelque chose dont je peux être fière (sauf avec toi en privé lorsque nous gagnons de l’argent)”, écrivait la Cryptoqueen à Karl Greenwood en 2014.

Les documents ont également appris au FBI que Ruja Ignatova avait prévu une échappatoire en cas d’échec dans un mail à Karl Greenwood, dans lequel elle propose de “prendre l’argent et fuir et blâmer quelqu’un d’autre pour cela”.

L’histoire de la cryptomonnaie OneCoin

C’est en 2014 que le duo fondateur de OneCoin commence à présenter leur projet à des investisseurs à travers le monde. OneCoin était présenté comme un réseau de marketing à plusieurs niveaux dont les possibilités d’enrichissement venaient notamment de commissions. Celles-ci étaient gagnées par les investisseurs qui réussissaient à recruter d’autres personnes pour acheter des packages de cryptomonnaie, packages s’adressant à différents types de revenus, en commençant par “débutant” jusqu’à “négociant magnat”.

À travers leurs conférences en ligne, Ruja Ignatova et son collègue incitaient alors les investisseurs à placer des fonds sur un compte pour pouvoir acheter des packages OneCoin, racontent les procureurs fédéraux américains.

Le duo d’escrocs garantissait ensuite à leurs acheteurs un retour sur investissement entre cinq et dix fois supérieur.

Et ça fonctionne : entre 2014 et 2016, plus de 4 milliards de dollars sont donnés par les investisseurs de OneCoin. “Elle a choisi le moment idéal pour mettre en place son stratagème, en profitant de la spéculation frénétique des premiers jours des cryptomonnaies”, a déclaré Damian Williams.

Sauf que la valeur de OneCoin n’était pas basée sur l’offre et la demande du marché, comme les autres cryptomonnaies, mais simplement manipulée de manière privée par OneCoin, par un logiciel : “Nous ne minons pas réellement mais nous racontons des conneries aux gens”, déclarait Ruja Ignatova à son collègue en 2014.

La chute

En 2016, des rumeurs commencent à se faire entendre alors que les investisseurs peinent à revendre leurs OneCoins afin de récupérer leurs investissements de base, comme le montrent les documents judiciaires.

Les gens commençaient à parler d’une arnaque, les médias à s’y intéresser. C’est là que des enquêtes fédérales internationales et américaines ont commencé leur enquête.

La Cryptoqueen, ayant caché un micro dans l’appartement de son petit ami américain, a rapidement compris qu’elle était sur le point d’être démasquée quand elle a réalisé que son petit ami coopérait avec le FBI sur une enquête fédérale sur les pratiques de OneCoin.

En octobre 2017, c’est officiel : Ruja Ignatova est inculpée par le ministère américain de la justice pour fraude électronique, complot en vue de commettre une fraude électronique, fraude en valeurs mobilières et complot en vue de commettre un blanchiment d’argent. Au cumulé, tous ces chefs Un juge fédéral de New York a alors émis un mandat d’arrêt à l’encontre de la Cryptoqueen.

Mais, toujours en avance sur la justice, Ruja Ignatova a pris un vol pour Athènes depuis la Bulgarie deux semaines plus tard et n’a plus jamais réapparu.

Le FBI a déclaré qu’il pensait qu’elle avait pu voyager avec un passeport allemand depuis Athènes ou vers les Émirats arabes unis, l’Allemagne, la Russie, l’Europe de l’Est ou voire même la Bulgarie. Une récompense de cent mille dollars est offerte pour toute information menant à son arrestation.

L’argent peut acheter beaucoup d’amis, et j’imagine qu’elle en profite”, a déclaré Michael Driscoll, directeur adjoint du FBI, à la presse, expliquant qu’elle a fui avec une grande somme d’argent.

Karl Greenwood a quant à lui été arrêté en juillet 2018 en Thaïlande, où il a été extradé vers les États-Unis. Il a plaidé coupable en décembre pour fraude électronique, complot pour commettre une fraude électronique et complot pour blanchir de l’argent. Il sera condamné en avril et risque la prison à vie, chacun des chefs d’accusation valant 20 ans de prison.

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