Après l'annonce vendredi d'un cluster de dizaines d'habitants positifs à un variant "préoccupant", qui n'avait encore jamais frappé à cette échelle, et la mise en place d'un centre de dépistage, tous les résidents majeurs de Bacalan, un quartier nord, peuvent désormais se faire vacciner, en avance sur le calendrier national. Marine, 34 ans, a été la première à recevoir l'injection. "C'est le Graal. Ce pass sanitaire, ça marque un peu la fin d'un an et demi de confinement avec deux enfants en bas âge", dit-elle, casque de vélo sur la tête et avec sa petite fille dans les jambes.

L'annonce du cluster a laissé cette responsable commerciale "inquiète": "On a décidé d'arrêter de voir nos proches pendant quelques jours".

A l'intérieur du centre, où s'affairent un médecin et deux infirmiers et où des primo-vaccinés respectent sagement sur une chaise leur quinzaine de minutes d'observation réglementaire, Aline se dit "rassurée". "Cela faisait longtemps qu'on attendait de pouvoir y avoir droit, c'était l'occasion. Mais c'était compliqué d'avoir un rendez-vous..."

Pour Freddy, 38 ans, c'est la naissance de son quatrième enfant il y a quelques jours qui lui a fait décrocher le téléphone pour obtenir -de haute lutte lui aussi- un rendez-vous. "On a appris l'existence du cluster par un message téléphonique de la maire (comme quelque 5000 autres habitants, ndlr) et on a eu un peu peur", glisse-t-il. Son épouse sera vaccinée jeudi. "On sera tranquille comme ça!"

Ce chargé de recrutement a passé deux heures au téléphone pour avoir son rendez-vous mais d'autres habitants, ayant vu dans les médias que la vaccination commencerait sans rendez-vous, se sont présentés par dizaines à la mi-journée devant ce centre d'animation de Bacalan, sous l'imposant pont d 'Aquitaine.

Fausse note 

Peine perdue, car les 70 doses de l'après-midi étaient déjà prêtes et réservées. Parmi les refoulés, Loïc, 35 ans: "Moi, j'habite juste à côté, c'est pas très grave. Mais pour ceux qui viennent de plus loin, ça doit être décevant. Tellement qu'ils ne reviendront peut-être pas..."

"De toute façon, il n'y a jamais rien qui marche du premier coup en France", maugrée un homme à côté de lui. Dans la file d'attente qui s'est formée malgré les invitations à tourner les talons, un autre explique tout fort aux autorités présentes qu'il a pris "son après-midi" exprès.

La directrice départementale de l'Agence régionale de Santé, Bénédicte Motte, évoque un "malentendu". Un représentant de la mairie parle de "couac". Mais ils ont du mal à se faire entendre. Le ton monte. Une femme les interpelle: "Vous ne répondez pas à vos promesses".

Une fausse note dans une opération menée tambour-battant depuis vendredi et qualifiée de "bel exemple de réactivité" des pouvoirs publics par le maire EELV de Bordeaux Pierre Hurmic.

Après moultes excuses, les mécontents ont été priés de se tourner vers le centre de vaccination de Bordeaux-Lac, non loin, où deux lignes ont été ajoutées pour les Bacalanais, ou vers d'autres en banlieue, également renforcés avec quelques-une des 19.000 doses débloquées pour eux. Les plus patients peuvent attendre jeudi pour se tourner vers une des 19 pharmacies du quartier dotées en Moderna.

Avec ce centre éphémère (200 vaccinations par jour), les créneaux ajoutés dans les centres existants et les injections en pharmacies, les autorités sanitaires pensent avoir besoin de trois semaines pour vacciner tous les majeurs d'un bassin de population d'environ 11.000 habitants.