La commune de Montfermeil est difficilement accessible. 

Cachée derrière les buttes de Clichy-sous-Bois, il n’y a pas de transports directs depuis Paris et il faut se faufiler entre les grands centres commerciaux périphériques, les HLM et les cités pavillonnaires pour retrouver son centre, sa mairie, et ses commerces de proximité. Installé à l’est de la capitale française, son centre ressemble aux villages de Benoît Brisefer et des bandes dessinées de notre enfance. Pourtant, avec son département (le 93 Seine-Saint-Denis) elle recueille plus souvent l’intérêt des journaux pour ses faits divers et ses faits de violence, que pour sa quiétude. "Oui, ici c’est la logique de la cité : on vous observe, on vous jauge et on sait très vite si vous êtes du coin ou non."

Le pharmacien, son employée et ses trois clientes sont intarissables. "Vous êtes dans la fabrique à terroristes ici, sachez-le. Dans les caves des HLM de Clichy on vend des armes comme je vous vends des aspirines." "On savait qu’un attentat comme celui de ‘Charlie Hebdo’ allait se dérouler à un moment ou à un autre, acquiesce l’employée. C’est pour cela que l’on en parle très peu finalement. Ce n’est pas que c’est un tabou, c’est surtout que cela ne nous surprend guère."

"Cela n’a rien changé pour nous, tempère une éducatrice scolaire qui préfère taire son nom, s’exprimant à titre personnel. On se sent loin de Paris ici, cela ne nous concernait pas, et ne concernait pas tellement les élèves."

Les pulls à capuche d’Alexandre Dumas

Dans la rue commerçante, le jeune libraire esquive la question, "je n’ai rien à vous dire là-dessus, allez voir chez mes voisins. Je n’ai même pas vendu beaucoup plus de journaux à cette occasion". Un peu plus loin, les locaux communaux sont encore éclairés. Deux dames assurent le service à la population dans un petit bureau en compagnie d’un agent de sécurité estampillé "Vigipirate".

"Pour nous cela n’a rien changé, explique l’une d’elles. Même si bien sûr cela nous a choqués. Je suis allée manifester hier et cela m’a fait beaucoup de bien. La seule évolution, c’est le plan Vigipirate. Nous sommes trois maintenant, explique-t-elle en désignant l’agent, même si franchement nous n’avons pas plus peur qu’avant."

Ecole-pilote

La boulangère, elle, nous indique la route vers l’école Alexandre Dumas. Malheureusement, le directeur est absent, et personne ne préfère communiquer sans l’accord de la chargée de communication, absente, elle aussi. Cette école-pilote et indépendante est vigilante, et pourtant de plus en plus connue dans la région. Son approche pédagogique inaugurée en 2012 seulement et coordonnée par la Fondation Espérance banlieue est en effet à la fois innovante et traditionnelle. Le programme qui court jusque 19 heures renforce et insiste sur les matières fondamentales que sont les mathématiques et le français. L’accompagnement pédagogique est quant à lui très précis avec des rencontres individuelles quotidiennes pour chaque élève. L’école a même deux uniformes, un pour les professeurs (tailleur ou costard cravate), et un pour les élèves : un pull à capuche qu’ils partagent en vue d’une plus grande cohésion, assurent les communiqués de presse.

La recette semble marcher dans cette petite municipalité : l’école a gagné 100 élèves en 2 ans d’existence. Sur le fronton de la mairie, surplombant les arrêts de bus, un chauffeur de taxi nous montre une grande affiche. Elle loue le prochain tracé du tram 4 qui devrait relier la ville à la capitale. "C’est peut-être ce qui sauvera cette banlieue et les jeunes délinquants, explique le taximan qui fonce vers Paris et termine sa journée : rendre le 93 plus proche de la ville et lui offrir des écoles "qui savent parler aux jeunes".