A Kenosha, théâtre d'une nouvelle bavure contre un homme noir puis d'émeutes meurtrières, des dizaines de peintres amateurs ou professionnels ont investi les murs du centre-ville, traçant des messages prônant la réconciliation dans l'espoir d'aider à guérir cette petite ville américaine.

"Croyez qu'il y a du bien dans le monde", "Faites de petites choses avec un grand amour": les graffitis sont venus égayer le contreplaqué installé sur les façades de la plupart des magasins pour les protéger des violences.

Le quartier n'est qu'à quelques centaines de mètres de l'épicentre des tensions, provoquées par la mort de Jacob Blake, un père de famille de 29 ans, touché de sept balles dans le dos tirées à bout portant par un policier blanc, Rusten Sheskey, qui tentait de l'arrêter.

La colère s'est rapidement propagée et transformée en affrontements nocturnes entre manifestants et policiers. La tension a culminé quand un adolescent de 17 ans a tiré dans des circonstances floues sur trois manifestants, faisant deux morts mardi soir.

C'est le Centre créatif de Kenosha qui coordonne les initiatives individuelles et fournit peinture et pinceaux, raconte Pamela Thomey, l'une des responsables.

"Le mot d'ordre est: +la réponse c'est l'amour+. Nous ne voulons pas de slogans politiques parce qu'ils alimentent la division", explique-t-elle.

"Nous voulons garder un esprit positif, ça contribue à la guérison de la ville", dit-elle.

"Un travail communautaire"

Dirk Ingram a choisi de peindre un ange blanc entouré de deux ailes multicolores sur la devanture de son salon de massage. A côté, des papillons eux aussi multicolores.

"Dimanche, nous avons reçu des images horribles puis nous avons vu des commerces brûlés. Je voulais montrer une image plus réconfortante", dit-il, une bombe de peinture à la main.

Il salue la solidarité de la population. "Les gens sont venus d'eux-mêmes, comme ils étaient venus avec des balais pour nettoyer les rues après les première émeutes", souligne le masseur.

Une rue plus loin, Carey Fonk, 50 ans, met la dernière main avec sa fille adolescente à son oeuvre: le message "Que vos choix reflètent vos espoirs, pas vos peurs" entourés de coeurs rouges.

Cette mère de famille de Kenosha affirme avoir vécu une montée de la tension générale dans la ville depuis le début de l'épidémie de coronavirus.

"La pandémie, la quarantaine, la destruction de l'économie, l'angoisse qui monte", raconte-t-elle.

Robinz, un artiste venu de Dallas, au Texas, s'attelle à une peinture qui prend toute la surface d'une plaque de bois, faite de couleurs vives.

"Je me sens connecté" à la détresse des habitants, "on fait tous quelque chose de différent, mais c'est un travail communautaire", dit-il.

Tamara Vollmer, qui habite à un quart d'heure de la ville où elle est née, veut "ramener de la couleur dans la ville".

"C'est le premier pas vers la guérison mais le chemin sera long", prévient-elle.