Lui, candidat? "Je le prends comme un signe d'affection. Je ne sais pas, un désir caché... Presque un appel !", a ironisé le chef de l'Etat, jeudi, lorsqu'une journaliste lui a demandé s'il entendait concourir à l'élection d'avril, en précisant qu'il ne "répondrait évidemment pas". En macronie, l'annonce de candidature la plus tardive possible a été théorisée de longue date, sur le modèle assumé de François Mitterrand en 1988, qui avait attendu mars pour se dévoiler.

"Il n'a pas du tout intérêt à le faire maintenant, il bénéficie du statut protecteur de la fonction présidentielle", confirme à l'AFP le directeur opinion de l'Ifop, Frédéric Dabi, qui constate que le chef de l'Etat dispose toujours d'une bonne cote de popularité et d'un socle électoral solide, entre 20 et 25% des intentions de vote au premier tour.

Oubliés ou presque, la crise des "gilets jaunes" et les procès en arrogance, voire en déconnexion, Emmanuel Macron ramasse désormais les fruits de sa gestion de la crise sanitaire et de sa politique du "quoi-qu'il-en-coûte", globalement saluée par les Français. L'instauration décriée mais sans véritables heurts du pass sanitaire et la bonne tenue de la campagne de vaccination de rappel sont par ailleurs parvenues à estomper les gros couacs à propos des masques en début de crise.

Face à une nouvelle vague pandémique, Emmanuel Macron entend d'autant plus conserver sa stature de commandeur en chef, qui doit en outre être renforcée à partir du 1er janvier lorsque la France, donc lui, présidera l'Union européenne. "Mon rôle, en ce moment, c'est de continuer à agir au service de notre peuple pour protéger - prendre les décisions parfois difficiles pour protéger -, accompagner, et de préserver notre unité", s'est-il ainsi voulu au-dessus de la mêlée, jeudi, lors d'une conférence de presse à l'Elysée.

Machine de guerre

Un avenir sans nuage? Rien n'est moins sûr: le probable candidat Macron est d'abord mis en difficulté par un paysage politique incertain. Longtemps promis à un nouvel affrontement avec Marine Le Pen au second tour, le président sortant doit désormais se préparer à une pluralité de scenarii.

D'abord, le polémiste identitaire Eric Zemmour, dont les saillies extrême droitières ont recueilli une audience inattendue, a pointé à près de 20% au premier tour dans certains sondages, avant de connaître depuis un trou d'air autour de 15% d'intentions de vote. "La controverse, c'est l'esprit français, mais la haine, c'est la haine de la France", l'a taclé jeudi Emmanuel Macron, après que le candidat l'avait qualifié "d'adolescent qui se cherche".

Ensuite, voire surtout, Valérie Pécresse: celle qui fut investie candidate à la présidentielle par LR la semaine dernière a savouré en quelques jours une ascension sondagière fulgurante. Jusqu'à provoquer un coup de tonnerre: la présidente de la région Île-de-France est donnée gagnante au deuxième tour dans un sondage Elabe.

Dans la majorité, l'appel au calme et au sang froid a depuis été lancé, autant que la riposte face à cette chiraquienne réputée modérée - et donc difficilement saisissable - doit s'organiser. "Avec toute la prudence qu'il faut avoir vis-à-vis des sondages, ce n'est pas une mauvaise nouvelle que ça bouge, ça nous aide comme outil de mobilisation", remarque le patron de LREM, Stanislas Guerini, en appelant à "bien se dire que cette élection il va falloir la gagner sur le terrain et s'enlever l'idée que tout est joué". Car en coulisses, la macronie s'organise depuis de longs mois: récolte de fonds pour financer la campagne, tracts, porte-à-porte, création de comités de soutiens, tribunes dans la presse d'élus pour un second mandat...

Mieux: la majorité est parvenue à fonder sa "maison commune" où cohabitent désormais LREM, le MoDem de François Bayrou, Edouard Philippe et l'aile sociale-démocrate du macronisme, baptisée "Ensemble citoyens!". L'entreprise se veut une démonstration de force et une machine de guerre pour accompagner le candidat le moment venu. Avec un objectif jusqu'alors jamais réalisé dans l'histoire de la Vè République: faire réélire un président de la République au suffrage universel direct, hors cohabitation.