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Au moins une ressortissante belge pourrait être concernée : Fatima Benmezian, qui s’est échappé récemment d’un camp en Syrie et qui a été arrêtée en Turquie.

La Turquie promet de renvoyer dans leurs pays respectifs à partir de ce lundi 11 novembre tous les djihadistes de l’État islamique (EI) et leurs proches qui ont été capturés durant l’actuelle opération dans le nord-est de la Syrie. L’annonce a été faite vendredi par le ministre turc de l’intérieur Süleyman Soylu. "Nous vous disons que nous allons vous les renvoyer. Nous commencerons à partir de lundi", a-t-il déclaré à Ankara selon l'agence de presse étatique Anadolu.

Selon ce ministre, près de 1200 djihadistes et 287 proches, pour l’essentiel des femmes et des enfants, ont été capturés et sont détenus soit dans des prisons, soit dans des camps de rapatriement. Le président Erdogan avait cité jeudi le chiffre de plus de 1150 membres de l’EI.

Le ministre turc n'a pas précisé quels étaient les pays concernés par cette mesure."Que cela vous fasse plaisir ou non, que vous leur retiriez ou non leur nationalité, nous vous renverrons ces membres de l'EI, vos propres gens, vos propres ressortissants", a-t-il martelé vendredi.

Jusqu’ici, la Turquie poursuivait une politique de poursuites contre tous ceux qui passaient la frontière en provenance de Syrie. Chaque personne était interrogée par les enquêteurs. Certaines étaient poursuivies pour avoir commis une infraction sur le sol turc, parfois pour avoir franchi illégalement la frontière, condamnées puis mises en prison. D’autres étaient placées dans un camp de rapatriement, d’où elles étaient extradées vers leur pays d’origine via des accords bilatéraux de justice.

L’un des hommes soupçonné d’avoir participé à l’achat des explosifs utilisés par les commandos djihadistes de Paris (13 novembre 2015), le Belgo-Marocain Ahmed Dahmani a ainsi été arrêté en Turquie où il avait fui juste après les attentats, puis condamné en 2017 à dix ans de prison.

Ankara fâché contre les Européens

Mais Ankara n’a pas supporté les critiques faites par les Européens sur l’opération qu’elle mène actuellement contre les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, dans le nord-est de la Syrie. Plusieurs pays, dont la France, ont accusé la Turquie d’avoir affaibli la lutte contre Daech en attaquant les alliés kurdes.

Les autorités turques se plaignent aussi de voir que des pays comme les Pays-Bas et le Royaume-Uni retirent la nationalité à des djihadistes qui avaient la double nationalité, donnant l’impression de vouloir se décharger de leurs responsabilités.

Mais il n'est pas clair comment la Turquie pourrait s'y prendre pour renvoyer une personne dans un pays dont elle ne serait plus techniquement une ressortissante, note l’AFP.

« Nous préférons que tous les pays reprennent leurs ressortissants », nous expliquait avant l’annonce de vendredi l’ambassadeur turc en Belgique, Levent Gümrükçü. « Nous pensons que les laisser dans les camps en Syrie va les radicaliser davantage. Pour le moment, ils sont mûrs pour un processus de réintégration car ils ont vécu une grande déception dans l’État islamique. Ce ne sera pas le cas plus tard ».

Le cas de Fatima Benmezian

L’ambassadeur affirme que son pays serait prêt aussi à renvoyer à la Belgique et aux autres pays les femmes et enfants qui ont été capturés lorsque le camp de Ain Issa s'est vidé à la faveur de l'offensive turque. Ce camp, désormais vide, est toujours sous la garde des FDS.

L’une des ressortissantes belges qui pourraient être rapatriées en Belgique est Fatima Benmezian (24 ans), originaire de Borgerhout. Elle était détenue à Ain Issa, s’est échappée et a été arrêtée en Turquie, dans la localité de Kilis.

Si la Turquie envisage de renvoyer aussi les personnes qui ont déjà été condamnées dans ce pays, ce qui ne semble pas le cas, se poserait le problème de l’impossibilité pour la justice belge de poursuivre ou de punir pénalement une seconde fois une personne pour les mêmes faits. C’est la règle du « non bis in idem ».

La Belgique a maintenu des contacts réguliers avec la Turquie

Le ministre des Affaires Étrangères, Didier Reynders, contacté par nos soins, n'a pas encore souhaité se prononcer à ce sujet. Le SPF Affaires Étrangères nous a quant à lui fait savoir que des contacts réguliers avaient été maintenus avec la Turquie. "Une procédure bilatérale existe et nous partons du principe qu'elle sera respectée", a déclaré Nadia Benini, porte-parole adjointe. Concernant le timing des retours des combattants de l'EI, c'est la Turquie qui a toutes les cartes en mains, selon Mme Benini.