Des milliers de pages du courrier électronique du Dr. Anthony Fauci ont été publiées récemment par le Washington Post et BuzzFeed News. Mais l'attention s'est rapidement portée sur une courte note envoyée par Kristian Andersen, expert en virus au Scripps Research Institute de La Jolla, en Californie.

Si depuis l'envoi de cet email, le scientifique est devenu un fervent défenseur de la théorie selon laquelle le coronavirus est né d'une transmission naturelle d'un animal à l'homme en dehors d'un laboratoire, ce n'était pas le cas à l'époque. Écrite fin janvier 2020, la note du Dr Andersen mentionne que certaines caractéristiques du virus l'incitaient à se demander s'il n'avait pas été modifié, et a indiqué que lui et ses collègues prévoyaient d'approfondir leurs recherches en analysant le génome du virus.

Les résultats de celles-ci ont été publiés en mars 2020 dans la revue scientifique Nature Medecine. Après leurs recherches, les chercheurs ont conclu que l'origine de laboratoire était peu probable. Un point de vue appuyé tout au long de l'année sur les réseaux sociaux par le Dr Andersen.

Une interview exclusive

Au centre d'une polémique au États-Unis depuis la publication de cet email envoyé au Dr Fauci, le scientifique a finalement décidé de désactiver son compte twitter. Dans une interview donnée au New York Times, celui-ci revient sur les faits et s'exprime quant à l'origine du virus.

"À l'époque, sur la base de données limitées et d'analyses préliminaires, nous avons observé des caractéristiques qui semblaient être potentiellement uniques au SRAS-CoV-2", explique le chercheur. "Nous n'avions pas encore observé ces caractéristiques dans d'autres virus apparentés provenant de sources naturelles, et nous cherchions donc à savoir si elles avaient été incorporées au virus."

Selon lui, il s'agissait là d'observations préliminaires. "J'ai prévenu dans ce même courriel que nous devrions examiner la question de beaucoup plus près et que nos opinions pourraient changer en quelques jours sur la base de nouvelles données et analyses - ce qui a été le cas". Pour le Dr Andersen, il s'agit là d'un exemple classique de la méthode scientifique, "où une hypothèse préliminaire est rejetée en faveur d'une hypothèse concurrente après que des données supplémentaires sont disponibles et que les analyses sont terminées".

Les deux scénarios sont toujours possibles

Interrogé quant à l'origine du virus, le chercheur explique ne pas être en mesure de prouver ou de réfuter des hypothèses spécifiques concernant l'origine du SRAS-CoV-2. "Toutefois, si les deux scénarios, celui du laboratoire et celui de la nature, sont possibles, ils n'ont pas la même probabilité - les précédents, les données et d'autres éléments plaident fortement en faveur de l'émergence naturelle comme théorie scientifique hautement probable pour l'émergence du SRAS-CoV-2, tandis que la fuite du laboratoire reste une hypothèse spéculative fondée sur des conjectures", ajoute le Dr. Andersen.

Et s'il penche plutôt pour la théorie de l'émergence naturelle du virus, le scientifique explique pouvoir changer d'avis si plusieurs éléments accréditant l'hypothèse de la fuite en laboratoire étaient découverts. "Par exemple, toute preuve crédible de la présence du SRAS-CoV-2 à l'Institut de virologie de Wuhan avant la pandémie - que ce soit dans un congélateur, dans une culture de tissus ou chez des animaux, ou encore des preuves épidémiologiques de cas très précoces confirmés de Covid-19 associés à l'institut", précise-t-il.