A la veille d'une réunion à Londres censée aplanir les tensions et à trois jours du sommet du G7 sous présidence britannique, le protocole nord-irlandais, âprement négocié dans le cadre du Brexit, empoisonne les relations entre les deux parties, qui s'accusent mutuellement de manquer de bonne volonté dans sa mise en oeuvre.

Effectif depuis le 1er janvier, ce texte maintient de fait la province britannique d'Irlande du Nord dans le marché unique et l'union douanière européens pour les marchandises, en prévoyant des contrôles douaniers sur les biens arrivant en Irlande du Nord depuis la Grande-Bretagne.

Il s'agit d'éviter le retour d'une frontière physique entre la province britannique et la République d'Irlande, membre de l'UE, afin de préserver la paix conclue en 1998 après trois décennies sanglantes entre unionistes favorables au maintien sous la couronne britannique et républicains favorables à la réunification de l'île.

Mais le protocole provoque le mécontentement des unionistes, qui dénoncent l'introduction de fait d'une frontière en mer d'Irlande, au sein du Royaume-Uni. Après plusieurs soirées de violences début avril, les craintes de nouveaux heurts cet été augmentent, quand des marches orangistes commémoreront en juillet la domination protestante sur la province.

Selon le journal The Telegraph, Londres envisage une extension de la période de grâce pour la viande réfrigérée, censée s'achever le 30 juin, afin de garantir les importations de saucisses britanniques en Irlande du Nord - les importations de viande sont normalement interdites depuis un pays hors UE.

"Si le Royaume-Uni prend de nouvelles mesures unilatérales dans les prochaines semaines, l'UE ne manquera pas de réagir rapidement, fermement et résolument pour assurer que le Royaume-Uni respecte ses obligations légales internationales", a averti le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, dans le quotidien.

Il a rejeté les critiques du ministre des Relations européennes David Frost, ancien négociateur en chef britannique pour le Brexit, qui a accusé Bruxelles de se montrer "inflexible". Les deux hommes doivent s'entretenir mercredi à Londres.

"L'UE a démontré depuis le tout début que nous sommes prêts à trouver des solutions créatives quand c'est nécessaire", a souligné Maros Sefcovic. "Mais nous ne pouvons pas le faire seuls".

Position "puriste" 

Face à la grogne des unionistes, le gouvernement britannique avait déjà repoussé unilatéralement la période d'adaptation pour certains contrôles, notamment pour l'agroalimentaire. Cette décision avait poussé la Commission européenne à engager une procédure d'infraction contre le Royaume-Uni.

"Il n'y a absolument aucune raison d'empêcher la viande réfrigérée d'être vendue en Irlande du Nord et toute interdiction serait contraire aux objectifs du protocole et aux intérêts du peuple nord-irlandais", a déclaré le porte-parole du Premier ministre britannique Boris Johnson.

Il a souligné que Londres souhaitait trouver une solution urgente" et "consensuelle". "Nous ne nous attendions pas à ce que l'UE adopte une position si puriste dans (l')application" du texte, a-t-il dit.

La question du protocole nord-irlandais risque fort aussi de s'inviter en fin de semaine au sommet des chefs d'Etat et gouvernement du G7 en Cornouailles (sud-ouest de l'Angleterre).

Lors d'une rencontre bilatérale avec Boris Johnson, le président américain Joe Biden, fier de ses origines irlandaises, devrait réaffirmer son attachement à cet accord comme garant de la paix.

Une absence de solution risquerait de compromettre un accord de libre-échange entre les deux pays, devrait-il prévenir selon le Times, tout en appelant l'UE à se montrer moins "bureaucratique".

En s'entretenant au téléphone avec le président français Emmanuel Macron lundi, Boris Johnson avait souligné que "le Royaume-Uni comme l'UE ont la responsabilité de trouver des solutions pour répondre aux problèmes du protocole".

Mais "la patience de l'UE a ses limites et si ça continue, nous n'aurons d'autre choix que de considérer tous les outils et toutes les options qui s'offrent à nous", a-t-on indiqué de source européenne.