Ce massacre lundi, qui a fait 10 morts dont un policier dans un supermarché de Boulder dans le Colorado, est intervenu moins d'une semaine après qu'un homme a abattu huit personnes dans des salons de massage asiatiques d'Atlanta, en Géorgie. Une répétition qui a suscité des appels pressants envers l'administration démocrate et les élus à agir.

Identifié comme Ahmad Al Aliwi Alissa, le suspect a été blessé à la jambe et hospitalisé. Il se trouve dans un "état stable", a déclaré Maris Herold, la cheffe de la police de Boulder.

"Il a été inculpé de dix meurtres", a-t-elle précisé.

Les motivations de cet homme, décrit par des proches comme "asocial" et "paranoïaque", ne sont pas encore connues, selon les autorités, qui ont découvert qu'il avait fait l'acquisition d'une arme semi-automatique Ruger AR-556 moins d'une semaine avant la fusillade.

Toutes les victimes ont été identifiées et étaient âgées de 20 à 65 ans.

Le président Biden a ordonné que les drapeaux soient mis en berne dans tous les bâtiments publics.

"Je n'ai pas besoin d'attendre une minute de plus, encore moins une heure, pour prendre des mesures de bon sens qui sauveront des vies à l'avenir et pour exhorter mes collègues à la Chambre et au Sénat à agir", a-t-il dit. "Nous devons aussi bannir les fusils d'assaut", a-t-il ajouté.

La porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki, a un peu plus tard évoqué différents "leviers" pour renforcer le contrôle des armes à feu et plus généralement répondre à "la violence dans la population". Cela pourrait notamment passer selon elle par "des actions de l'exécutif", et pas seulement une procédure législative.

"Bang, bang, bang" 

Le suspect est accusé d'avoir abattu 10 personnes lundi après-midi dans ou autour du magasin King Soopers de Boulder.

Des images diffusées en direct ont montré un homme, seulement vêtu d'un short de sport et les mains menottées dans le dos, emmené par des policiers hors du magasin. Selon les enquêteurs, le suspect s'était dévêtu avant de se livrer aux policiers d'élite qui avaient pénétré dans le supermarché.

Des témoins avaient indiqué avoir d'abord entendu plusieurs coups de feu sur le parking du magasin King Soopers, où Ahmad Al Aliwi Alissa aurait commencé par tuer un homme de plusieurs balles avant de poursuivre ses tirs à l'intérieur après l'arrivée de la police.

Nevin Sloan, qui en a réchappé de peu avec sa femme Quinlan, a décrit la panique grandissante à mesure que les détonations se rapprochaient.

"Soudain, on a entendu plus de +bang, bang, bang, bang+. J'ai couru vers elle (sa femme) et je lui ai dit +Eh, il faut qu'on sorte d'ici+", a-t-il raconté à la chaîne CBS. Ils ont ensuite aidé d'autres clients à fuir par une sortie de secours, selon lui.

"Il faut agir" 

Les fusillades de ce type, notamment dans les écoles, les centres commerciaux ou les lieux de culte, sont un mal récurrent des Etats-Unis que les gouvernements successifs ont été impuissants à endiguer.

"Nous devrions pouvoir faire nos courses sans crainte... Mais en Amérique, c'est impossible", a déploré mardi l'ancien président Barack Obama, appelant dans un communiqué à "surmonter l'opposition de politiciens lâches et la pression du lobby des armes à feu".

"Il faut agir maintenant pour empêcher ce fléau de continuer à ravager notre population", a dit la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a de son côté dénoncé "une épidémie continue de violence par armes à feu qui vole des vies innocentes avec une alarmante régularité".

Mais l'hypothèse d'un durcissement des lois sur les armes reste improbable, compte tenu de l'opposition des républicains.

Le Colorado a déjà connu deux des pires tueries de l'histoire américaine.

En 1999, deux adolescents avaient tué 12 camarades de classe et un enseignant dans leur lycée de Columbine. Et en 2012, un homme lourdement armé avait abattu 12 personnes dans un cinéma d'Aurora.

La ville de Boulder avait décrété une interdiction sur les "armes de type fusil d'assaut" et les chargeurs à grande capacité après une fusillade dans un lycée de Parkland (17 morts), en Floride en 2018. Mais selon le journal Denver Post, un juge a suspendu cette interdiction la semaine dernière, une décision saluée par la National Rifle Association (NRA), le premier lobby des armes.

Cette organisation a publié sur Twitter après la fusillade de Boulder une reproduction du deuxième amendement de la Constitution américaine protégeant le droit des citoyens à porter les armes.