Une quatrième personne est décédée mardi des suites de ses blessures au lendemain de l'attentat qui a endeuillé la ville de Vienne, a-t-on appris auprès du ministère de l'Intérieur. "Malheureusement une nouvelle victime est morte à l'hôpital. Cela porte le bilan total à deux hommes et deux femmes", a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère.

Pour rappel, des tirs ont éclaté en début de soirée hier, à quelques heures de l'entrée en vigueur d'un reconfinement de l'Autriche pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

Le drame s'est déroulé en plein coeur de la capitale autrichienne, près d'une importante synagogue et de l'Opéra. "A ce stade, il n'est pas possible de dire si la synagogue" était la cible des tireurs, a déclaré Oskar Deutsch, le président de la communauté israélite de Vienne (IKG).

L'auteur de l'attentat meurtrier a réussi à "tromper" le programme de déradicalisation et ceux qui étaient chargés de son suivi, a déploré le ministre autrichien de l'Intérieur mardi après-midi.

Kujtim Fejzulai avait été condamné en avril 2019 à 22 mois de prison pour avoir tenté de rejoindre la Syrie afin de s'enrôler au sein de l'Etat islamique (EI) mais il avait été libéré de manière anticipée, ce qu'a critiqué Karl Nehammer devant la presse.

"Au moins 50 coups de feu"

En tout, "six lieux viennois différents" ont été visés par les tirs pendant l'attaque lundi soir, selon la police. Des témoins ont raconté avoir vu un homme tirer "comme un fou" avec une arme automatique. "On aurait dit des pétards, puis on a réalisé qu'il s'agissait de coups de feu", a expliqué l'un d'eux sur la chaîne de télévision publique ORF.

Un témoin interrogé à la télévision a dit avoir vu "une personne courir avec une arme automatique", un autre faisant état d'"au moins 50 coups de feu".

La stupeur s'est aussitôt installée dans les restaurants et les bars du quartier, où les clients ont été priés de rester à l'intérieur, lumières éteintes, pendant que les sirènes des ambulances hurlaient à l'extérieur.

Hélicoptères survolant les lieux, cordons de police, contrôles aux frontières, soldats et policiers mobilisés pour retrouver l'agresseur en fuite: la ville de Vienne s'est rapidement muée en zone retranchée, tandis que le chancelier Kurz condamnait "une attaque terroriste répugnante".

La première victime est un passant et la deuxième une femme décédée des suites de ses blessures, selon des déclarations à ORF du maire de Vienne, Michael Ludwig, qui a aussi fait état de 15 personnes hospitalisées, dont sept dans un état grave.

Peu de temps après, les spectateurs de l'Opéra ont quitté sous escorte la représentation à laquelle ils assistaient, la dernière avant le confinement.

Le chancelier autrichien Sebastian Kurz tiendra une réunion spéciale de son cabinet et puis s'adressera à la nation ensuite dans la matinée de mardi.

© AFP

L'assaillant abattu était un partisan de l'État islamique

L'assaillant tué par la police était un sympathisant de l'État islamique (EI), a indiqué le ministre des Affaires étrangères autrichien, Karl Nehammer, mardi matin lors d'une conférence de presse dans la capitale. "C'est une personne radicalisée qui se sentait proche de l'EI", a déclaré Karl Nehamme, qui a précisé que l'assaillant abattu était armé et portait bien une ceinture d'explosifs.

La police autrichienne a arrêté deux personnes à Sankt Pölten, capitale du Land de Basse-Autriche. Deux perquisitions y ont également été menées, rapporte l'agence de presse APA, citant un porte-parole de la police. Par ailleurs, l'assaillant avait sur lui son passeport de Macédoine du Nord. Selon le journal Kurier, les perquisitions concernaient des adresses de contacts présumés de l'attaquant. Milieu d'après-midi, l'AFP a fait savoir qu'au total, 18 perquisitions ont été menées (pour le moment) et le ministre autrichien de l'Intérieur a précisé que 14 interpellations avaient eu lieu, même s'il n'y a pas de preuve à ce stade de l'existence d'un deuxième assaillant, a-t-il également déclaré lors d'une conférence de presse. Le visionnage des vidéos des lieux du crime n'a pas permis de confirmer qu'un second suspect a participé à l'attaque. Auparavant, il avait assuré qu'au moins un autre suspect était en fuite.

L'EI a revendiqué l'attaque

Le groupe djihadiste Etat islamique (EI) a revendiqué mardi les fusillades perpétrées à Vienne, dans un communiqué publié sur ses chaînes Telegram. Ce communiqué impute à un "soldat du califat" les fusillades meurtrières survenues près d'une synagogue et de l'opéra de la capitale autrichienne.

Dans un texte séparé, accompagné d'une photo de l'assaillant armé, l'agence de propagande du groupe djihadiste Amaq évoque "une attaque aux armes à feu menée hier (lundi) par un combattant de l'Etat islamique dans la ville de Vienne".

Elle a aussi publié une courte vidéo dans laquelle l'assaillant armé, seul face caméra, se filme en train de prêter allégeance au chef officiel de l'organisation djihadiste Abou Ibrahim al-Hachemi al-Qourachi.

Deux Suisses arrêtés

Cependant, dans le cadre de cette attaque perpétrée à Vienne, deux Suisses ont été arrêtés à Winterthour près de Zurich, a rapporté la police suisse ce mardi en fin de soirée. "Les enquêtes de police ont permis d'identifier des ressortissants suisses âgés de 18 et 24 ans. Les deux hommes ont été arrêtés à Winterthur mardi après-midi (03.11.2020) en coordination avec les autorités autrichiennes", a indiqué la police cantonale de Zurich dans un communiqué. L'éventuel lien "entre les deux personnes arrêtées et le responsable présumé des attentats fait actuellement l'objet d'enquêtes et de recherches en cours par les autorités compétentes", a-t-elle ajouté.

En 2017, l'imam éthiopien de la mosquée An'Nur, à Winterthour a été inculpé par la justice cantonale pour avoir appelé au meurtre de musulmans non pratiquants. Les autorités suisses n'ont pas expliqué ce qui a conduit à l'arrestation des deux jeunes suisses à Winterthour.

"L'objectif principal est de faire tout la lumière" sur leur éventuelle implication, a indiqué la police cantonale zurichoise, qui travaille en étroite collaboration avec la police fédérale helvétique et la police autrichienne.

Le Service de renseignement de la Confédération (SRC) a indiqué à l'AFP ne disposer "à l'heure actuelle d'aucun indice concret concernant d'éventuels attentats en Suisse".

Toujours selon la même source, la menace terroriste "reste élevée" en Suisse. Ce niveau avait été déclaré en 2015 après les attentats en France. Contrairement à d'autres pays européens, la Suisse ne dispose pas de système de degré d'alertes.

Peu avant l'annonce des arrestations à Winterthour, les autorités suisses avaient alerté sur d'"éventuels liens" entre l'attaque djihadiste à Vienne et la Suisse.

"Concernant l'attentat de Vienne, Fedpol (police fédérale, ndlr) et le Service de renseignement de la Confédération examinent actuellement d'éventuels liens avec la Suisse, en étroite collaboration avec les autorités cantonales et autrichiennes", a indiqué à l'AFP une porte-parole des services de renseignement, Isabelle Graber.

La police zurichoise a elle aussi annoncé avoir formé un groupe de travail chargé de vérifier "entre autres si les crimes commis à Vienne ont un lien avec le canton de Zurich".

Le 12 septembre, à Morges (Ouest de la Suisse), un jeune turco-suisse, connu des services de police et libéré pour des raisons psychiatriques, a poignardé un homme choisi au hasard dans la rue. Les services de renseignement avaient évoqué un homicide à caractère "terroriste".

Trois jours de deuil national

Le gouvernement autrichien a décrété mardi trois jours de deuil national après cette attaque terroriste. Quatre personnes ont donc été tuées, dont une est décédée à l'hôpital. Une quinzaine de personnes ont été hospitalisées et sept se trouvent dans un état grave. "Nos pensées vont vers les victimes, les blessés et leurs proches, en ces heures très difficiles pour la république d'Autriche", a déclaré le chancelier Sebastian Kurz avant une réunion.

Le deuil est prévu jusque jeudi, a décidé le gouvernement.

Des policiers et des soldats ont été mobilisés pour protéger les bâtiments importants de la capitale, et les enfants ont été dispensés d'école mardi.

"Nous ne nous laisserons jamais intimider par le terrorisme et nous combattrons ces attaques avec tous nos moyens", a affirmé le chancelier Kurz.

Climat tendu en Europe

Cet attentat, dans une ville où la criminalité est habituellement très faible, intervient dans un climat très tendu en Europe.

En France, trois personnes ont été tuées jeudi dans une attaque au couteau à la basilique Notre-Dame-de-l'Assomption de Nice (sud-est) par un jeune Tunisien récemment arrivé en Europe.

Quelques jours auparavant, la décapitation de Samuel Paty, professeur d'histoire qui avait montré des caricatures de Mahomet à ses élèves dans un cours sur la liberté d'expression, avait choqué en France et au-delà.

L'Autriche avait été jusqu'ici été relativement épargnée par la vague d'attentats islamistes survenue en Europe ces dernières années.

En mars 2018, un jeune homme, sympathisant islamiste selon la police, avait attaqué au couteau un membre des forces de l'ordre devant l'ambassade d'Iran à Vienne avant d'être abattu.

En juin 2017, un homme né en Tunisie avait tué un couple âgé à Linz. Il avait déclaré avoir voulu faire un exemple car il se sentait discriminé en tant qu'étranger et musulman.

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