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Le Premier ministre français Manuel Valls a dénoncé des sifflets et insultes "indignes" et non spontanés, après avoir été hué lundi à Nice lors d'une cérémonie d'hommage aux victimes de l'attentat qui a fait 84 morts le 14 juillet dans cette ville du sud-est de la France. 

"C'est l'attitude peu spontanée d'une minorité, l'immense majorité de la foule était là pour se recueillir", a affirmé M. Valls au journal local Nice-Matin. Un élu local de l'opposition de droite a porté le même jugement sur l'incident, pointant du doigt des sympathisants d'extrême droite.


Minute de silence en mémoire des 84 victimes

La France a observé lundi à midi une minute de silence et les cloches ont sonné le glas en hommage aux 84 victimes de l'attentat du 14 juillet à Nice, ville où le Premier ministre Manuel Valls a été hué.

La France s'est figée lundi à midi pour une minute de silence en mémoire des 84 victimes du tueur de Nice, court répit dans une atmosphère politique empoisonnée par une vive polémique sur l'efficacité de la lutte antiterroriste.

Sur la Promenade des Anglais, théâtre du massacre du 14 juillet, des milliers de personnes se sont rassemblées à 10H00 GMT pour rendre hommage aux victimes, dont dix enfants et adolescents, mais au silence et à l'émotion ont succédé des cris de colère inédits depuis que la France est la cible d'attaques.

Le Premier ministre Manuel Valls, venu participer à l'hommage à Nice, a été hué à son arrivée et à son départ, et des appels à la démission ont retenti dans la foule. Cet incident illustre la tension régnant en France, frappée pour la troisième fois depuis janvier 2015 par des tueries de masse qui ont fait plus de 250 morts, et où le climat d'unité nationale qui avait prévalu au lendemain des premières attaques n'existe plus.


Mais alors que l'enquête se poursuit -- le procureur de Paris, patron des magistrats antiterroristes, doit tenir une conférence de presse lundi après-midi --, le climat politique se détériore, l'opposition de droite et d'extrême-droite accusant sans relâche les autorités de n'avoir pas assez fait pour prévenir de nouvelles attaques.

"Tout ce qui aurait dû être fait depuis 18 mois ne l'a pas été", a ainsi asséné dimanche soir l'ex-chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, évoquant "une obligation de moyens pour assurer la sécurité des Français".

Refus de la polémique

Le parti d'extrême droite Front national (FN) a de son côté alimenté la veine anti-immigration, le secrétaire général du FN Nicolas Bey martelant lundi que "tous les terroristes" ayant frappé la France depuis un an et demi étaient "issus de l'immigration".

Répondant implicitement aux attaques, le chef de l'Etat François Hollande a invoqué lundi matin "une obligation de dignité et de vérité dans la parole publique", lors d'un Conseil de défense et de sécurité à l'Elysée.

Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, a de son côté refusé "la polémique" mais les autorités se défendent depuis plusieurs jours de tout laxisme dans la lutte antiterroriste.

Selon les autorités, "100.000 policiers, gendarmes et militaires sont mobilisés pour assurer la sécurité" en France.

"Nous continuerons à mener une lutte implacable contre Daech (acronyme arabe de l'Etat islamique) à l'intérieur et à l'extérieur", a répété le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à la sortie du conseil de défense, indiquant que la France, membre de la coalition internationale anti EI, poursuivait ses frappes en Irak et en Syrie.

MM. Valls et Cazeneuve ont également affirmé, dans un communiqué commun, que l'action "résolue" de l'exécutif "donne des résultats", déclarant que "16 attentats ont été déjoués sur notre sol depuis 2013".

Repérages minutieux

Quatre jours après l'attaque, l'enquête n'a toujours pas permis d'établir des liens entre le tueur Mohamed Lahouaiej-Bouhlel et "les réseaux terroristes", selon le ministre de l'Intérieur.

"Le mode opératoire emprunte totalement à ce que sont les messages de Daech" (acronyme arabe de l'Etat islamique), a-t-il toutefois déclaré à la radio RTL. "On ne peut pas exclure qu'un individu déséquilibré et très violent - et il semble que sa psychologie témoigne de ces traits de caractère - ait été à un moment, dans une radicalisation rapide, engagé dans ce crime absolument épouvantable", a-t-il ajouté.

Lundi, six personnes étaient toujours en garde à vue. Parmi elles, un Albanais de 38 ans, arrêté dimanche, est soupçonné d'avoir fourni au tueur son pistolet 7,65 avec lequel il a tiré sur des policiers avant d'être abattu. Trois des six personnes interrogées ont été transférées dans les locaux de services de renseignement près de Paris.

Selon des sources policières, au moins une personne a évoqué en garde à vue un basculement "récent" vers "l'islam radical" de Lahouaiej-Bouhlel, un homme violent qui n'affichait, jusqu'il y a peu, aucun intérêt particulier pour la religion.

L'enquête a progressé pour cerner les éventuelles complicités de l'auteur de l'attentat, qui a soigneusement planifié son attaque le jour de la fête nationale.

Peu avant l'attentat, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel a envoyé un SMS "se félicitant de s'être procuré un pistolet de calibre 7,65 et évoquant la fourniture d'autres armes", selon des sources proches du dossier.

Plus de 200 enquêteurs sont mobilisés pour "identifier l'ensemble des destinataires" des divers messages envoyés par le tueur.

Le chauffeur-livreur tunisien, âgé de 31 ans, s'est également pris en photo au volant du camion qui a servi à commettre l'attentat, entre sa location le 11 juillet et le 14 juillet, avant de l'envoyer par SMS.

Selon une source proche des enquêteurs français, il avait repéré les lieux avec son camion les deux jours précédant son attentat.