"M. Krayem c'est bien d'être venu spontanément", l'a accueilli le président de la cour d'assises spéciale Jean-Louis Périès, dont aucune question n'a reçu de réponse.

Par la voix de son interprète, le Suédois de 29 ans, longs cheveux bruns, barbe épaisse sous un masque bleu, tout de noir vêtu, s'est contenté de dire en arabe qu'il n'avait aucune déclaration à faire et qu'il ne répondrait à aucune question. Il est ensuite resté assis fixant la cour d'un regard méprisant.

Le 6 janvier, à la reprise du procès, son avocate, Me Margaux Durand-Poincloux avait lu une courte lettre de son client. "Au début, je pensais m'exprimer devant cette cour. Puis, j'ai vu comment se déroulaient les débats et j'ai perdu espoir. Tout le monde fait semblant. Ce procès n'est qu'une illusion. Je ne pense plus aujourd'hui que m'exprimer sur ce qu'on me reproche change quoi que ce soit", écrivait M. Krayem.

D'où cette audience étrange, caractérisée par un long monologue du président Périès. Le président a rendu compte de plusieurs procès-verbaux d'audition de l'accusé, arrêté en Belgique en avril 2016 après les attentats de Bruxelles. Il devait être un kamikaze du métro mais avait finalement fait demi-tour avec son sac.

Suspecté d'être l'un des principaux protagonistes de la cellule à l'origine des attaques qui ont fait 130 morts à Paris et Saint-Denis le 13 novembre 2015, il est jugé à Paris pour son rôle présumé dans la fabrication, la détention ou le transport des ceintures d'explosifs ainsi que pour l'acquisition et la détention des armes de la cellule djihadiste à l'origine des attentats.

"Vous avez combattu, assisté à des exactions en Syrie (...) On peut se demander le niveau que vous aviez atteint au sein de l'Etat islamique même si nous n'aurons pas de réponse sur ces éléments", a regretté le président Périès, évoquant notamment le rôle de M. Krayem dans l'assassinat d'un pilote jordanien brûlé vif dans une cage.

On a vu "la vidéo insoutenable" de cette exécution à l'audience, a rappelé M. Périès à l'adresse d'un accusé imperturbable.

"On avait envie de vous demander si vous avez participé à des combats, où, quand, comment", a poursuivi le président face à un mur de silence.

Le président n'a pas obtenu davantage de réponse quand il a cherché à détailler comment Osama Krayem, arrivé en Syrie en août 2014, au lendemain de son 22e anniversaire, était revenu en Europe, en septembre 2015, par "la route des migrants".

Selon la DGSI, Osama Krayem a fait partie en Syrie d'un bataillon "d'élite" de l'Etat islamique. "Ses membres recevaient une formation militaire et religieuse plus poussée que les autres combattants. (Ce bataillon) était chargé de missions stratégiques : prendre possession de points tactiques sur les champs de bataille, protéger les personnalités de Daech (acronyme de l'Etat islamique, ndlr). Mais aussi organiser les opérations extérieures", avait témoigné devant la cour un enquêteur de la DGSI en novembre.

Rapportant des échanges entre Osama Krayem et sa soeur Asma, restée en Suède, le président Périès a rappelé que l'accusé lui avait confié en 2015 qu'il comptait mourir en martyr lors d'une opération suicide.

Convoqués comme témoins par la cour d'assises spéciale, Asma et Anas Krayem, la soeur et le frère d'Osama Krayem, n'ont pas répondu aux demandes de la justice française.

Après le président Périès, son premier assesseur, Frédérique Aline, a interrogé l'accusé sans rencontrer d'écho.

"L'intérêt pour la cour d'assises, Monsieur, outre les faits qui vous sont reprochés, est de savoir s'il y a une évolution sur votre réflexion sur les thèses djihadistes auxquelles vous aviez adhérées. Pour bien juger...". Osama Krayem n'a pas desserré les lèvres.