Le congrès de Floride débarque sur l’échiquier

TALLAHASSEE Ce n’est pas encore la guerre à couteaux tirés entre républicains et démocrates, mais, chaque jour qui passe amenant son lot de nouvelles tensions, tous les acteurs sortent du bois et fourbissent leurs dernières armes. Les plus pointues, les plus mortelles. Celles qui doivent porter le coup fatidique.
Côté démocrate, on a déposé jeudi un nouveau recours devant la Cour suprême de Floride. But avoué : que cette Cour ordonne immédiatement un nouveau décompte des bulletins de vote acheminés depuis les comtés de Miami-Dade et de Palm Beach dans la capitale de l’Etat. C’est 1,1 million de bulletins qui ont ainsi été transportés entre les comtés et la capitale du Sunshine State. Le juge Sanders Sauls qui a demandé ce transfert n’a pas encore tranché la question d’un éventuel nouveau recours. L’homme en noir ne se prononcera que samedi… Logiquement, après que la Cour suprême des Etats-Unis aura rendu son verdict sur la légalité de ces décomptes après le délai imparti et sur la possibilité de prendre en compte ces nouveaux calculs.

N’accusant plus qu’un retard de 537 voix, le candidat Gore souhaite que cet amas de bulletins soit dépouillé le plus rapidement possible. S’il pouvait inverser les tendances actuelles avant que le couperet de la Cour suprême fédérale ne tombe, le vice-président s’assurerait peut-être plus facilement les bonnes grâces des neuf juges de cette Cour fédérale, majoritairement républicains mais généralement soucieux de laisser leurs prérogatives aux cours fédérées.

Côté républicain, c’est le frère du candidat à la Maison-Blanche, Jeb Bush, le gouverneur de Floride, qui est apparu sur le devant de la scène en proposant une réunion du Congrès floridien pour que cette assemblée puisse désigner les 25 grands électeurs si aucune décision n'était tombée d’ici au 12 décembre, date butoir pour la désignation de ces représentants. Arguments avancés : il ne serait pas normal que l’Etat ne soit pas représenté et il n’est pas normal que ce soit les juges qui décident. Serait-il plus logique que ce soit une assemblée, majoritairement républicaine, qui soit amenée à décider en lieu et place des électeurs ?
La Cour suprême fédérale, elle, doit entendre les deux parties aujourd’hui. Quand délivrera-t-elle son verdict ? Rien n’est sûr… Si ce thriller ne se déroulait pas aux Etats-Unis, pas sûr que l’on accepterait ces rebondissements sans évoquer une tentative de tricherie voire de coup d’Etat.

Al Gore y croira jusqu'au bout