Autrefois pionnières des droits des femmes en Afghanistan, ces juges afghanes ont condamné des centaines d'hommes pour des actes de violence à l'égard des femmes, dont des viols, des meurtres et d'autres actes de torture. Mais depuis la prise de pouvoir des talibans, ces femmes sont forcées de se cacher. Les meurtriers qu'elles avaient condamnés, remis en liberté par les talibans, sont désormais à leur recherche et les menaces de mort se multiplient. Six juges afghanes ont accepté de s'entretenir anonymement avec la BBC, depuis des lieux tenus secrets en Afghanistan.

De nombreuses menaces de morts

"Il était minuit lorsque nous avons appris que les talibans avaient libéré tous les prisonniers de la prison", se souvient l'une d'entre elles. "Immédiatement, nous avons fui. Nous avons laissé notre maison et tout derrière nousEn sortant de la ville en voiture, je portais une burqa, pour que personne ne me reconnaisse. Heureusement, nous avons réussi à passer tous les postes de contrôle des talibans".

Peu après son départ, la juge reçoit un SMS de la part de ses voisins lui indiquant que plusieurs membres des talibans venaient de pénétrer dans son ancienne maison. Elle explique savoir de suite qu'il s'agit d'un homme condamné quelques mois plus tôt pour l'assassinat de sa femme. "Une fois l'affaire terminée, le criminel s'est approché de moi et m'a dit : "Quand je sortirai de prison, je te ferai ce que j'ai fait à ma femme". À l'époque, je ne l'ai pas pris au sérieux. Mais depuis que les talibans ont pris le pouvoir, il m'a appelé plusieurs fois et m'a dit qu'il avait pris toutes mes informations dans les bureaux du tribunal", confie la juge.

"J'ai reçu plus de 20 appels téléphoniques menaçants d'anciens détenus qui ont maintenant été libérés", affirme cette autre juge, dont la majorité des affaires concernaient la condamnation de talibans ainsi que des membres de l'Etat Islamique.

"Maintenant, je suis une prisonnière"

Les témoignages recueillis par la BBC auprès de six juges afghanes sont tous similaires. Toutes ont reçu des menaces de mort de la part de talibans qu'elles avaient précédemment condamnés. Toutes ont été forcées de fuir leurs maisons, dans lesquelles les talibans sont venus les chercher. Elles vivent désormais dans la clandestinité, changeant de localisation fréquemment.

En réaction à ces accusations graves, le porte-parole des talibans a déclaré à la BBC que "les femmes juges doivent vivre comme n'importe quelle autre famille, sans crainte. Personne ne doit les menacer". Selon lui, des unités militaires spéciales sont tenues d'enquêter sur ces plaintes et d'agir en cas de violation.

Plusieurs pays ont déclaré vouloir offrir un soutien aux juges d'Afghanistan, mais les détails restent encore incertains. "Parfois, je me demande quel est notre crime ? D'être éduquées ? D'essayer d'aider les femmes et de punir les criminels ? J'aime mon pays. Mais maintenant, je suis une prisonnière. Nous n'avons pas d'argent. Nous ne pouvons pas quitter la maison", déplore l'une des juges. "Je ne peux que prier pour le jour où nous serons à nouveau libres", conclut-elle.