La Finlande a pris la décision de demander son adhésion à l’Otan, ont annoncé dimanche le président Sauli Niinistö et la Première ministre Sanna Marin.

Jusqu’ici, le pays nordique était plutôt opposé à l’idée de rejoindre l’Alliance mais la guerre en Ukraine s’est traduite par un bond historique du soutien à l’adhésion à l’Otan pour mieux se protéger de la Russie, avec qui le pays partage une frontière de 1 300 kilomètres. Selon les derniers sondages, la part des Finlandais voulant rejoindre l’alliance a dépassé les trois quarts, soit le triple du niveau d’avant la guerre en Ukraine.

"Cela indique que la Finlande ne se sent plus protégée par son statut de neutralité, qui n’était pas une neutralité stricte, c’est-à-dire de non-participation à une alliance militaire", décrypte Tanguy de Wilde d’Estmael, professeur de sciences politiques et de relations internationales à l’Université catholique de Louvain (UCL). "Du point de vue russe, tout élargissement de l’Otan était considéré comme une menace à leur encontre. La décision de la Finlande va les conforter dans leurs actions. La rhétorique russe est bien huilée. Elle va être utilisée pour justifier leur posture, comme elle l’avait fait pour l’Ukraine."

L’invasion de l’Ukraine avait un temps été justifiée par le fait que le pays voulait adhérer à l’Otan et que la Russie risquait dès lors d’être confrontée à l’organisation atlantiste. Ici, le souhait d’Helsinki d’adhérer à l’Otan est à nouveau vu d’un mauvais œil. Vladimir Poutine a indiqué qu’il s’agissait d’une "erreur" car il n’y aurait "aucune menace pour la sécurité de la Finlande".

"Ce n’est pas encore joué", tempère l’expert en géopolitique. "Il y a encore toute une série de conditions pour que l’adhésion soit pleine et entière." Pour être admis, le pays doit par exemple être accepté à l’unanimité par les membres de l’Alliance atlantique. Mais ici, la Turquie a déjà exprimé son hostilité quant à cette possible adhésion. "La Turquie essaie d’être dans une position entre deux, entre la Russie et l’Ukraine, pour éventuellement favoriser des négociations."

Le moment pourrait également jouer en défaveur de la Finlande, certains membres atlantistes pouvant réclamer d’attendre la fin de la guerre pour se prononcer. Enfin, "il pourrait y avoir un changement radical au sein de l’opinion publique avec un retrait de candidature", conclut le professeur de l’UCL.