C'est une famille entière, les Reynaud, grand-père, ex-épouse, fils, belles-filles, petits-enfants, en tout dix personnes résidant aux quatre coins de la région Rhône-Alpes, qui a péri dans la nuit de mercredi à jeudi dans le crash du vol AH5015 d'Air Algérie.

Cette famille, dont les racines se trouvent dans la vallée du Gier (Loire), était partie trois semaines en vacances au Burkina Faso où s'était installée la fille de Bernard Reynaud et de son ex-épouse.

"Elle aurait dû faire partie du vol mais elle a préféré retarder son départ", croit savoir Gérard Tardy, le maire de Lorette (Loire), commune de quelque 4.500 habitants où habitait Bernard Reynaud.

Sur l'ampleur du drame qui touche cette famille, M. Tardy se dit comme l'ensemble de la commune, "profondément choqué".

D'autant plus que la mère et le frère d'une des deux belles-filles de M. Reynaud, vivent également à Lorette où le maire a demandé et obtenu de la préfecture que tous les drapeaux soient mis en berne jusqu'à nouvel ordre.

Membre d'une société artistique locale, M. Reynaud était retraité de l'industrie. Son ex-épouse qui habitait Lyon l'avait accompagné au "Pays des hommes intègres".

"C'était un couple divorcé qui vivait dans une certaine harmonie", a commenté M. Tardy.

A près de 200 kilomètres de Lorette, Gex (Ain), près de la frontière suisse, où vivaient Eric et Estelle Reynaud, ainsi que leurs enfants Alexi et Zoé, est également éprouvée par "cette tragédie".

"C'est une nouvelle brutale. Ca raye de la terre une famille toute entière", estime le maire de la ville, Patrice Dunand.

Tous deux âgés d'une quarantaine d'années, ces deux travailleurs frontaliers habitaient à Gex "depuis plusieurs années et étaient très impliqués dans les clubs sportifs de la commune", a souligné l'élu.

- 'Sportifs accomplis' -

Lui travaillait comme commercial dans la grande distribution, elle chez Firmenich (chimie, parfumerie, ndlr) à Genève. Les deux enfants étaient scolarisés en troisième et en cinquième dans deux collèges de la commune.

"Eric et Estelle étaient des sportifs accomplis", témoigne Emmanuelle Alvès qui côtoyait le couple au sein d'une association sportive.

"Ils faisaient beaucoup de trails, avec notre association, mais aussi du ski de fond, du VTT, du vélo. Lui était un vrai compétiteur, il envisageait même de participer à l'ultra trail du Mont-Blanc. Elle était plus tranquille, mais elle était fortement impliquée dans le ski-club où son fils Alexis pratiquait le ski alpin en compétition", ajoute Mme Alvès.

"C'était vraiment une jolie famille, ouverte sur les autres. Des gens disponibles, vraiment chouettes", poursuit Mme Alvès. "Estelle nous avait parlé du voyage qu'ils comptaient faire au Burkina. Elle avait même demandé aux membres de l'association de lui fournir des vieux sacs de voyage, pour les remplir de vêtements, de crayons et de cahiers et qu'elle comptait laisser sur place".

A Chambéry (Savoie), où vivaient les quatre derniers membres de la famille Reynaud, les parents quadragénaires Franck, Laure et leurs deux enfants Nathan, 16 ans, et Julia, 14 ans, des hommages ont spontanément fleuri sur les réseaux sociaux.

La préfecture savoyarde est particulièrement endeuillée par le crash du vol Air Algérie car deux autres personnes, une mère et son fils d'origine burkinabè ont également péri lors du drame.

Des registres de condoléances sont ouverts à la mairie de Chambéry-le-Vieux et à Chambéry-le-Haut, un quartier sensible dont étaient issues les deux victimes d'origine burkinabè.

"Je connaissais une dizaine de personnes à bord", a témoigné très ému, Me Gilbert-Noël Ouedraogo, maire de Ouahigouya, troisième ville du Burkina Faso jumelée avec Chambéry, actuellement sur place. "Je m'associe pleinement à la douleur de toutes les victimes", a-t-il dit à l'AFP indiquant qu'un "deuil national de deux jours" avait été décrété dans son pays.