C'est la très offensive procureure générale de l'Etat de New York, l'élue démocrate Letitia James, qui a sonné la mobilisation générale devant des milliers de femmes et d'hommes, plutôt jeunes, rassemblés en force sur une place du sud de Manhattan, qui abrite le palais de justice du tribunal fédéral.

Devant une marée humaine, Mme James a lancé "un appel à l'action".

Le projet de décision de la Cour suprême, dévoilé lundi soir par le site Politico, est "une alerte et ce n'est pas le moment de garder le silence (...) Nous devons nous mettre en colère", a harangué la magistrate en qualifiant la défense du droit à l'avortement "d'un des plus grands combats à mener".


"Plus jamais de cintres!"

"Nous ne reculerons pas, nous ne retournerons pas à l'époque où nous utilisions des cintres. Plus jamais !", a-t-elle promis en jugeant que "le droit de contrôler (son) corps était un droit fondamental".

"L'avortement est un droit humain. Battez-vous, battez-vous, battez-vous!", a scandé la foule.

Nombre de jeunes femmes brandissaient des pancartes frappées de slogans tels que "mon corps, mon choix", "stop à la guerre contre les femmes" ou "j'aurai moins de droits que ma mère".

L'une d'elles, Lauryn Workman, une Afro-Américaine de 22 ans, a déclaré à l'AFP que "beaucoup de gens allaient se sentir en insécurité". Pour cette manifestante, l'atteinte au droit à l'avortement aux Etats-Unis "n'est pas seulement un enjeu sur le droit à la procréation, c'est une question de justice raciale, de justice économique (...) Il faut qu'on se batte sur tous les fronts".

Mardi, le président démocrate Joe Biden a lancé une grande bataille politique pour défendre ce droit à l'avortement, un sujet autour duquel l'Amérique s'est toujours déchirée et qui, suite à une révélation explosive sur les intentions de la Cour suprême, s'impose comme un enjeu majeur des élections législatives prévues en novembre.

Au lendemain de l'extraordinaire fuite dans la presse d'un projet de décision de la haute juridiction, dans lequel elle dynamite le droit constitutionnel à avorter garanti sur tout le territoire américain depuis 1973, le président a appelé ses électeurs à "choisir des candidats favorables" au droit à l'IVG lors du scrutin de mi-mandat.

New York "toujours là"

La Cour suprême a confirmé l'authenticité de ce document interne, tout en soulignant qu'il ne représentait pas une décision "finale".

Selon ce texte, la plus haute instance judiciaire s'apprêterait à annuler son arrêt historique "Roe versus Wade", de 1973, garantissant aux femmes le droit constitutionnel d'avorter même dans les Etats les plus conservateurs, notamment dans le sud du pays.

Dès lundi soir, les autorités de la ville et de l'Etat de New York, toutes démocrates, avaient défendu avec force le droit à l'avortement. La gouverneure Kathy Hochul a assuré dans un communiqué "à toutes les femmes de ce pays que la ville et l'Etat de New York seraient toujours là pour quiconque a besoin de soins en matière de procréation, y compris d'un avortement".