Joe Biden a appelé mardi les Américains à voter aux législatives de l'automne de manière à défendre le droit "fondamental" à l'avortement, si celui-ci devait être remis en cause par la Cour suprême américaine. Si la plus haute juridiction annule la jurisprudence qui fonde le droit à l'avortement aux Etats-Unis depuis les années 1970, comme le laisse entendre un document révélé lundi soir par Politico, "ce sera aux élus de notre nation, à tous les niveaux, de protéger le droit des femmes à choisir. Et il appartiendra aux électeurs de choisir des candidats favorables" au droit à l'avortement en novembre, a estimé le président démocrate dans un communiqué.

"Nous aurons besoin de plus de sénateurs favorables au droit de choisir, et d'une majorité en ce sens à la Chambre des représentants, pour adopter une législation codifiant (la jurisprudence existante), que je promulguerai", a assuré le chef de l'exécutif, catholique fervent mais aussi défenseur du droit à l'avortement.

Joe Biden, dont le parti redoute une cuisante défaite lors de ces élections de mi-mandat, promet par ailleurs que son administration "sera prête" à réagir quand tombera la décision, extrêmement attendue, de la Cour suprême américaine.

Le président évoque dans son communiqué une réponse "administrative", sans plus de précisions.

Les démocrates contrôlent déjà la Chambre des représentants et le Sénat, mais leur majorité dans cette dernière institution est très mince, et ne leur a pas permis jusqu'ici de légiférer au niveau fédéral sur le droit à l'avortement, pour écraser des législations extrêmement restrictives prises récemment par nombre d'Etats conservateurs américains.

Arrêt "infondé"

"Le Congrès doit protéger l'accès à l'avortement", a abondé sur Twitter l'élu démocrate de la Chambre des représentants Jake Auchincloss. "Adoptons la loi pour la protection de la santé des femmes pour inscrire dans la loi les protections de Roe v. Wade le plus vite possible", a renchéri son collègue du Sénat Tim Kaine.

Côté républicain, on se félicitait mardi d'une décision vue comme une immense victoire rendue possible par le profond remaniement de la Cour lors du mandat de Donald Trump, qui a remplacé trois de ses membres et fait lourdement pencher la balance côté conservateur (six juges contre trois progressistes).

Si elle était avérée, la haute cour devant rendre son arrêt d'ici fin juin, cette décision serait "une réponse à (nos) prières", a ainsi tweeté l'élue Jackie Walorski.

La très conservatrice élue de Géorgie Marjorie Taylor Greene s'est elle aussi projetée vers les prochaines échéances électorales, appelant un "Congrès contrôlé par les républicains" à adopter une loi reconnaissant au foetus des droits équivalant à ceux d'une personne déjà née.

Selon le texte publié lundi soir par Politico, la plus haute instance judiciaire dans le pays s'apprêterait à annuler son arrêt historique "Roe v. Wade", datant de 1973, et garantissant à chaque femme le droit constitutionnel d'avorter même dans les Etats les plus conservateurs.

Cet arrêt "Roe v. Wade" était "totalement infondé dès le début", écrit le juge conservateur Samuel Alito dans cet avant-projet de décision qui, fait rarissime, a fait l'objet d'une fuite.

"Nous estimons que Roe v. Wade doit être annulé" et que le droit à l'avortement "n'est protégé par aucune disposition de la Constitution", écrit Samuel Alito dans ce document de 98 pages censé pouvoir être négocié jusqu'au 30 juin.

"La Constitution n'interdit pas aux citoyens de chaque Etat de réglementer ou d'interdire l'avortement", estime M. Alito.

Si cette conclusion est bien retenue par la Cour, les Etats-Unis reviendront donc à la situation d'avant 1973, quand chaque Etat était libre d'interdire ou d'autoriser l'avortement.

Compte tenu des fractures sur le sujet, une moitié des Etats, surtout dans le Sud et le centre conservateurs et religieux, devraient rapidement le bannir.

Du jamais vu

La Cour suprême avait envoyé depuis septembre plusieurs signaux favorables aux opposants à l'avortement. Elle avait refusé d'empêcher l'entrée en vigueur d'une loi du Texas limitant le droit à avorter aux six premières semaines de grossesse, contre deux trimestres dans le cadre légal actuel.

Puis, lors de l'examen en décembre d'une autre loi restrictive, du Mississippi cette fois, une majorité de ses juges avaient clairement laissé entendre être prêts à grignoter voire annuler Roe v. Wade.

Selon Politico, qui cite une personne ayant connaissance des délibérations de la Cour, quatre autres juges conservateurs -- Clarence Thomas, Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barrett -- se sont rangés du côté de Samuel Alito. Les trois juges progressistes travaillent à un argumentaire de désaccord et le vote final du président de la Cour, John Roberts, reste inconnu.

Interrogée par l'AFP, la Cour a refusé de commenter.

Plus d'une centaine de manifestants, opposés à la décision ou venus la saluer, s'étaient rassemblés devant la Cour suprême mardi matin, séparés par des barrières.

La veille, des gouverneurs démocrates de plusieurs Etats dont la Californie, le Nouveau-Mexique et le Michigan, avaient annoncé vouloir consacrer la légalité du droit à l'avortement même si la Cour annulait "Roe v. Wade".

"Nous ne pouvons faire confiance à (la Cour suprême) pour protéger le droit à l'avortement donc nous le ferons nous-mêmes", a indiqué le gouverneur de la Californie, Gavin Newsom. "Les femmes resteront protégées ici."