A moins de trois mois du premier tour, la gauche comptera, avec elle, six principaux candidats, dont aucun pour l'instant ne dépasse la barre des 10% dans les sondages, que ce soit l'insoumis Jean-Luc Mélenchon, l'écologiste Yannick Jadot, le communiste Fabien Roussel, le chantre de "la Remontada" Arnaud Montebourg, toutefois proche d'abandonner, ou la socialiste Anne Hidalgo.

Dernière à entrer dans l'arène, Christiane Taubira avait annoncé fin décembre qu'elle envisageait d'être candidate "face à l'impasse" d'une gauche plus que jamais divisée, et avait donné rendez-vous au 15 janvier pour clarifier son choix.

L'ex-ministre de la Justice de François Hollande avait assuré qu'elle ne serait "pas une candidate de plus" et mettrait "toutes ses forces dans les dernières chances de l'union".

Soulignant "la ferveur" autour d'elle, les membres de son équipe confirment à demi-mot qu'elle devrait officialiser sa candidature lors d'un rassemblement militant pour l'union de la gauche samedi à la mi-journée, dans le quartier de la Croix-Rousse.

Un choix symbolique de l'ex-garde des Sceaux elle-même, en clin d'oeil aux Canuts, ancien nom des ouvriers de ce quartier de la soie. Elle est "attachée à ce que la voix de ceux qui peinent, des oubliés, soit reconnue", explique le président du Parti radical de gauche, Guillaume Lacroix, un proche.

Dans sa déclaration, "elle va parler de fond, de sa vision de la France, de ce que la gauche peut apporter à la France, et de ce qu'elle peut apporter", explique-t-il.

"Christiane Taubira veut être l'antidote à la lassitude de l'électorat de gauche qui n'en peut plus de la dispersion", ajoute Christian Paul, maire de Lormes (Nièvre), qui fait campagne à ses côtés.

"Pas de duel"

Même si elle n'a pas enregistré pour l'instant de percée dans les sondages, la Guyanaise a déjà fait un pas vers la présidentielle dimanche dernier, en promettant de se soumettre au résultat de la primaire populaire.

Celle-ci prévoit une "investiture" citoyenne du 27 au 30 janvier à laquelle les autres candidats de gauche ont refusé de participer.

Anne Hidalgo avait pourtant milité pour une primaire de la gauche. Mais face au refus des autres, elle affirme désormais qu'elle ira "jusqu'au bout", et ce même si Christiane Taubira arrivait en tête de la primaire populaire.

Christian Paul fait, lui, "le pari qu'au mois de février il y aura moins de candidats" et que "plusieurs tireront les conséquences du résultat de la primaire", qui comptabilise pour l'instant 120.00 inscrits pour voter.

L'hypothèse d'une victoire de Taubira à la primaire populaire -dont les modalités du vote seront présentées samedi peu après sa déclaration- est jugée crédible par beaucoup à gauche, au vu de l'image iconique de la Guyanaise pour une partie des électeurs -et d'une primaire taillée pour elle, selon les plus critiques.

Mais son entourage considère qu'elle "prend un risque" en se soumettant au résultat de la consultation, qui l'obligerait à se rallier au vainqueur, quel qu'il soit.

Tous assurent que ce n'est pas un duel avec Anne Hidalgo et qu'il n'y a pas de volonté de sortir du jeu la maire de Paris, en grande difficulté dans les sondages.

"Sa démarche politique n'est poussée par aucun règlement de compte", affirme M Lacroix.

Mme Taubira a pourtant déjà fait quelques prises, comme la présidente PS de la région Bourgogne-franche-Comté, Marie-Guite Dufay, et plus symbolique, le responsable historique de la sécurité au PS, Éric Plumer. Une annonce qui a "foutu le bordel", selon une élue PS.

Jeudi soir, le maire PS de Marseille, Benoît Payan, a annoncé qu'il soutiendra le vainqueur de la primaire populaire, tout en appelant la gauche à s'unir.

Ironie du sort, les deux candidates seront dans le même secteur samedi, puisque Anne Hidalgo sera en déplacement en banlieue lyonnaise.