Le Parlement européen réuni en une seule ville ? Un débat qui fait rage

BRUXELLES Faut-il renforcer la présence du Parlement européenne (PE) à Strasbourg ? La question refait surface à l'approche des élections européennes. Toute l'Europe se rendra aux urnes afin d'élire les membres du Parlement. En Belgique, nous passerons de 24 à 22 eurodéputés sur un total de 736, dont 1 germanophone, 8 francophones et 13 néerlandophones.

Tout ce petit monde sera amené à effectuer des allers-retours entre Bruxelles et Strasbourg. Les séances plénières du PE ont lieu dans la ville française. Mais les eurodéputés passent la majeure partie de leur temps à Bruxelles où se tiennent quelques séances, plus les réunions en commission.

D'aucuns ont dès lors émis l'idée de rapatrier définitivement le Parlement à Bruxelles. Le Belge Gérard Deprez (MR) en fait partie. "Je suis un partisan de deux choses. D'abord, que le PE ait un siège unique. Ensuite, comme je suis belge, je pense qu'il serait mieux que les trois institutions se trouvent à Bruxelles" , c'est-à-dire le Parlement, le Conseil et la Commission (v. infographie).

M. Deprez souligne en outre le coût des déplacements des eurodéputés entre Bruxelles et Strasbourg : "280 millions d'euros par an." "Faux" , lui rétorque Troy Davis, secrétaire général de l'association Pour la démocratie européenne , qui soutient un PE fort à Strasbourg.

Selon ce Strasbourgeois, la somme - il ne parle que de 200 millions par an - ne repose sur aucune donnée fondée. "J'ai interrogé les services du Parlement qui disent eux-mêmes que ce montant n'est pas juste." Il tord également le cou à l'idée selon laquelle les déplacements entre les deux villes représentent un dégagement de 20.000 tonnes de CO2 par an. "L'évaluation date de 2006. Or, avec l'utilisation intensive du Thalys, la pollution due aux déplacements a diminué de 75 %."

Parmi une pléiade d'arguments, entre autres financiers (coût du loyer à Strasbourg,...), Troy Davis pointe l'aspect politique. "L'Union européenne défend la décentralisation afin de rapprocher les institutions du citoyen. C'est notamment un enjeu pédagogique." Il estime donc qu'un rapatriement du PE à Bruxelles irait à contre-courant et "augmenterait les risques d'abus" .

Selon lui, si certains eurodéputés ne veulent plus entendre parler de Strasbourg, "c'est uniquement pour leur petit confort" . Gérard Deprez évoque, lui, des facilités en termes d'accès ou de contacts avec la Commission... Un débat loin d'être clos.



© La Dernière Heure 2009