Les Américains incrédules face à la tournure des événements

WASHINGTON Drôle de réveil pour l'Amérique.

Partis se coucher déçus, ravis, ou dans l'ignorance du nom du nouveau locataire de la Maison Blanche, les citoyens des Etats-Unis, les nerfs à vif, ont ouvert les yeux mercredi matin sur un suspense interminable toujours en cours

"C'est incroyable". Mary Houle, qui a voté Al Gore, avait les yeux écarquillés en s'arrêtant pour prendre un indispensable café à Springfield, Massachusetts. "Je suis restée debout jusqu'à deux heures du matin. Je n'ai pas été me coucher avant que les chaînes de télévision n'annoncent la victoire de Bush. Et j'étais si déprimée ce matin que je n'ai même pas allumé la radio avant d'être dans ma voiture, sur le chemin du travail. Je ne voulais pas entendre Bush. Et là, j'entends que tout compte fait, ça n'est pas fini. Est-ce que je rêve?"

Surprise, choc, mais aussi parfois de la contrariété dans les yeux ensommeillés des Américains. Certains estiment qu'il faudrait tout de suite abandonner ce système de grands électeurs. D'autres n'y voient en revanche que l'exercice ultime de la démocratie en action.

Veronica Rucker, de Pennsauken, New Jersey, repense à la "vraie folie" de cette nuit interminable devant la télévision. "A dix heures du soir, c'était Gore. Puis je me suis endormie. Je me suis réveillée vers minuit, c'était Bush. Et ce matin, ce n'est plus personne".

Dans cette Floride devenue le coeur battant des Etats-Unis, Jeff Hyman ne décolère pas attablé devant son petit-déjeuner dans une cafeteria de Miami: "Ca ne fait que prolonger le processus", tempête-t-il. Mais ce n'est pas l'avis de son voisin Rob Sinninger, qui lui est ravi de voir que la Floride recompte les voix: "J'ai l'impression que le peuple est vraiment au pouvoir. Ils revérifient, pour être sûr que c'est correct. En Floride, votre vote compte vraiment et ceci le prouve au pays".

T.J. Doll, employé à la réception d'un hôtel de Bismarck dans le Dakota du Nord, dit que cet étrange statu quo ne lui "donne pas vraiment confiance dans le système. Ils auraient déjà dû en désigner un. Mais bon, en y réfléchissant, je préfère qu'ils fassent les choses bien et qu'ils prennent leur temps".

Et à Chicago, Jane Reznicek, 37 ans, est épuisée par le suspense. "C'est trop, je n'en peux plus. Je sais que c'est important, que cela détermine la direction dans laquelle nous irons. C'est clair, cela affecte chacun de nous. Mais vous ne pouvez pas tout supporter".