"Je mentirais si je disais que je ne suis pas heureuse. Je suis là où je voulais être", raconte cette femme au visage rond et jovial.

Elle explique fièrement avoir signé un CDI en novembre: elle prépare des repas pour les personnes âgées. Sa fille est en CE2, dans la petite ville de banlieue parisienne où elles vivent depuis deux ans, dans un appartement propret. Hope, qui préfère ne pas donner son nom, a une carte de séjour. "La stabilité!", dit-elle en levant les yeux au ciel.

La jeune femme semble avoir déjà vécu plusieurs vies. Cette orpheline a dû se prostituer à l'âge de 14 ans en République démocratique du Congo. A 17 ans, elle est envoyée en France. "Je suis arrivée à Roissy avec de faux papiers. Puis on m'a amenée dans une maison, chez une dame, à Orléans. On était plusieurs femmes, de différentes nationalités", se souvient-elle.

"On nous amenait en voiture. Je ne savais pas où, dans des maisons ou des chambres d'hôtel". Les clients payaient directement le réseau ; elle ne touchait pas d'argent. Puis elle est tombée enceinte après un rapport non protégé avec un client.

"La dame" chez qui elle vivait à Orléans l'a alors amenée à Bourges et lui a simplement dit d'aller voir des associations. Fini le réseau.

Mais peu après son accouchement, Hope est retournée à la prostitution. "Ce n'était pas ma volonté. Mais je n'avais rien. Je n'avais pas de papier, donc je ne pouvais pas travailler. Il fallait bien que j'achète du lait pour ma fille". Sans logement, elle passe avec son bébé d'hôtel en hôtel, avec l'hébergement d'urgence du 115.

"La candidate idéale" 

Puis des rencontres font basculer sa vie. D'abord la Mission locale de l'Essonne: "mon porte-bonheur", se félicite Hope. L'équipe la met en contact avec Le Mouvement du Nid, engagé dans la lutte contre la prostitution.

"La Mission locale nous a dit: 'Elle veut s'en sortir. Elle a besoin de vous'", se souvient Evelyne Bar, responsable de la délégation du Nid dans l'Essonne. Hope était "psychologiquement et physiquement très mal", raconte-t-elle en évoquant les dégâts de la prostitution. L'association décide de subvenir à ses besoins essentiels, la nourriture, le transport.

Puis est votée en 2016 la loi visant à "renforcer la lutte contre le système prostitutionnel", par laquelle la France affirme sa volonté abolitionniste. Une des mesures prévoit d'aider les personnes à sortir de la prostitution.

"On s'est dit qu'on avait la candidate idéale", raconte Evelyne Bar. Le Nid présente donc son dossier à la commission présidée par le préfet de l'Essonne. Réponse positive.

Hope obtient une autorisation de séjour, ce qui lui donne le droit de travailler. Elle commence un parcours de formation. Elle touche l'Afis, l'aide financière à l'insertion sociale et professionnelle, à hauteur de 433 euros. Elle parvient à maintenir sa fille scolarisée malgré les nombreux changements de lieux d'hébergement d'urgence. Au bout de deux ans, en septembre 2019, le parcours s'achève. C'est un succès pour Hope.

"Mon conseil à celles qui s'engagent (dans ce parcours): tenez le coup. Ce n'est pas facile". Hope en a parlé à des amies qui continuent de se prostituer, mais ça ne les intéresse pas. "Certaines gagnent bien leur vie. Chacun fait son choix. Pour moi, la prostitution, c'était pas une vie".

Hope reste une exception: cinq ans après le vote de la loi prostitution, seulement 564 personnes prostituées se sont engagées dans un parcours de sortie, bien en-deçà des objectifs fixés (1.000 pour la seule année de 2017). Et parmi elles, 161 ont terminé le parcours.