Votre prof vient de vous rajouter un énième devoir à faire pour la semaine prochaine. Et en plus de ça, vous avez toujours votre mémoire à boucler, celui sur lequel vous n'avancez plus depuis des semaines. Vous vous demandez comment vous allez arriver à tout gérer. Ce sentiment, on l'a tous déjà vécu. Pour résoudre ce problème, certains étudiants peu scrupuleux n'hésitent pas à faire appel à des services de "rédaction universitaire". Un mot édulcoré pour parler de triche. En résumé, cela consiste à faire faire ses travaux scolaires par des rédacteurs à l'autre bout du monde, contre rémunération. Si le phénomène existe aussi en Belgique à très petite échelle, il est surtout répandu au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. La BBC a donc décidé d'y consacrer une grande enquête. Celle-ci l'a conduite au Kenya, véritable plaque tournante de ce commerce très particulier.

Des profils "blancs" pour rassurer

Bien sûr, le Kenya n'est pas le seul pays à s'engouffrer dans la brèche de la triche organisée, on peut par exemple également citer l'Inde ou encore l'Ukraine. Mais il est l'un des plus actifs, pour plusieurs raisons. Il s'agit d'un pays anglophone, avec un bon système éducatif, mais où les perspectives économiques sont souvent très faibles, surtout pour les jeunes.

Pourtant, les étudiants qui font appel à ce type de services ne savent souvent pas que leurs travaux sont rédigés à l'autre bout du monde. En effet, les plateformes de mises en relation entre étudiants et rédacteurs mettent souvent en avant des profils d'universitaires blancs. Mais, derrière ces faux comptes, se cachent parfois plusieurs kenyans qui triment pour réaliser le plus de devoirs possibles afin de s'assurer des revenus supérieurs à la moyenne. "C'est une question de survie", disent-ils.

Sortir de la pauvreté

"Mes parents ne peuvent pas me permettre de rester à l'école. J'ai donc compris que je devais chercher un moyen de subvenir à mes besoins et peut-être aussi de contribuer à la vie de la famille dans son ensemble", explique David, un étudiant kenyan en dernière année à l'université. Tout son temps libre, il le consacre à son activité de rédacteur. "Je peux travailler du lundi au vendredi, de jour comme de nuit, mais le week-end, je le mets de côté pour mes études". En aidant les Occidentaux à tricher, il peut non seulement rester à l'école, mais également investir sur son avenir. "J'ai pu louer des terres agricoles dans mon village et engager de la main-d'oeuvre pour faire pousser des cultures."

Kennedy, un trentenaire, explique gagner "beaucoup plus qu'avant" depuis qu'il enchaine les rédactions et autres dissertations. Aujourd'hui, il gagne 1150 euros par mois, soit un peu plus que le salaire moyen. Ironie de l'histoire, cet homme était auparavant... enseignant. "Parfois, il faut d'abord survivre avant de penser à la morale", explique-t-il. Lorsque le média lui demande si ça ne lui fait pas mal de penser que les étudiants qu'il aide gagneront plus que lui, il répond simplement: "ce n'est pas une compétition contre eux, mais une compétition contre la pauvreté".

Malgré tout, certains sont conscients d'oeuvrer contre la société. Certains de leurs clients font en effet partie du milieu médical. "C'est vraiment dangereux, ça donne la chair de poule", confie un autre rédacteur qui souhaite laisser tomber tout cela dès qu'il aura trouvé un travail dans son domaine.

Un fléau dur à combattre

Même si elles sont conscientes de l'existence de telles plateformes, les universités anglophones ne parviennent pas à endiguer le phénomène, plus difficile à détecter que le simple plagiat. Si elles ne trouvent pas un moyen d'interdire purement et simplement le recours à ces pratiques, celles-ci risquent donc de durer de nombreuses années encore.