Une cour californienne intime à Uber de requalifier ses chauffeurs en employés

SAN FRANCISCO 12/08 (AFP)

Les arguments "bidon" d'Uber et Lyft ne tiennent pas la route, a déclaré mardi le procureur général de la Californie, qui a remporté une première victoire en justice contre les deux leaders américains de la réservation de voitures avec chauffeur. Une cour californienne a ordonné lundi aux deux entreprises de requalifier leurs conducteurs en employés dans les 10 jours, en accord avec la loi de cet Etat américain en vigueur depuis le 1er janvier 2020, et rédigée avec Uber et Lyft en ligne de mire.

Les deux sociétés vont faire appel de la décision. "Les chauffeurs ne veulent pas être des employés, point final", a réagi Lyft, promettant de "continuer à se battre pour leur indépendance".

Xavier Becerra, le procureur de la Californie, les accuse d'imposer des statuts précaires à leurs conducteurs, les privant de droits sociaux comme le salaire minimum ou l'assurance maladie.

Il s'est félicité de cette première décision de justice, qui a "percé à jour" les "arguments bidon" des plateformes. "Quel travailleur ne veut pas de congés maladie ? Quel travailleur ne veut pas d'assurance chômage en pleine crise Covid-19 ? Quel travailleur ne veut pas être payé pour ses heures supplémentaires s'il travaille 60 heures par semaine ou 12 heures par jour ? ", s'est-il indigné lors d'une interview sur la chaîne CNBC mardi.

Uber et Lyft entendent résoudre le problème en organisant un référendum pour annuler le texte californien et en proposant de meilleures conditions de travail et avantages sociaux pour les contractuels.

Tous deux affirment, sondages à l'appui, que la plupart des chauffeurs souhaitent rester indépendants pour profiter d'une plus grande flexibilité professionnelle.

"Si nous acceptions ce raisonnement, la majorité des industries qui reposent sur la technologie pour gagner rapidement des parts de marché pourraient, impunément, priver des légions de travailleurs des protections de base qui leur sont dues", a remarqué le juge Ethan Schulman dans sa décision.

Selon Lyft, les chauffeurs préfèrent rester indépendants à quatre contre un. La société estime que 86% de ses conducteurs californiens conduisent moins de 20 heures par semaine et tiennent à garder le contrôle de leur emploi du temps, parce qu'ils sont étudiants, retraités ou ont un autre emploi.

Uber, de son coté, a publié lundi un document de 18 pages pour faire valoir ses arguments. Le groupe estime que la requalification voulue par la loi nuirait à terme aussi bien aux conducteurs qu'aux clients, car l'application serait disponible dans moins d'endroits et le prix des courses augmenterait.