"Le jeu du chat et de la souris doit cesser", a lancé M. Michel, interrogé en conférence de presse sur la poursuite par la Turquie de ses allées et venues dans des eaux de la Méditerranée orientale qu'Ankara dispute aux Européens, ou à proximité.

La Turquie a annoncé lundi le retour au port d'un de ses navires d'exploration dont le déploiement dans une zone potentiellement riche en hydrocarbures a suscité des tensions avec la Grèce et l'Europe. Cette annonce intervenait à l'approche du Conseil européen prévu les 10 et 11 décembre et qui abordera la question de la mise en place de nouvelles sanctions contre Ankara en raison de ces activités d'exploration controversées.

La découverte, ces dernières années, d'importants gisements gaziers en Méditerranée orientale a déclenché une course à l'"or bleu" et réveillé des disputes territoriales anciennes dans des eaux revendiquées par la Grèce et Chypre.

Le navire Oruç Reis était déjà rentré au port en septembre, ce qui avait été vu à l'époque par la Grèce et l'Union européenne comme un signe d'apaisement. Mais Ankara avait écarté toute reculade et renvoyé son navire d'exploration dans la zone le 12 octobre, la Grèce dénonçant alors une "menace directe à la paix".

Lors du sommet européen d'octobre dernier, a dit M. Michel, "nous avons tendu la main à la Turquie, nous avons dit que nous étions prêts à travailler dans le cadre d'une conférence multilatérale" sur la Méditerranée orientale. "Nous sommes prêts à intensifier la coopération économique, énergétique et en matière de migration, à condition que la Turquie cesse ses provocations unilatérales, sa rhétorique hostile et le non-respect du droit international".

Mais depuis, "l'évaluation n'est pas positive", a ajouté M. Michel, évoquant de nouveaux actes unilatéraux et de nouveaux propos hostiles du régime du président turc Recep Tayyip Erdogan.

"Nous aurons un débat au prochain sommet pour envisager de prochaines étapes. Nous voulons et espérons une relation plus stable et prévisible, mais nous sommes prêts à utiliser les moyens dont nous disposons dès lors que nous ne constatons pas d'évolution significative dans le chef de la Turquie", a-t-il commenté.

Le comportement de la Turquie en Libye et au Nagorny Karabakh irrite également ses partenaires. Membre de l'OTAN, Ankara a été invitée mardi par les Etats-Unis à "revenir à un comportement d'allié".

L'unanimité est requise au sein de l'UE pour l'utilisation de sanctions. Or l'Allemagne a jusqu'à présent bloqué leur adoption dans l'espoir de trouver un accord pour "développer une relation réellement constructive avec la Turquie". "Il y aura des décisions lors du sommet européen, mais leur ampleur n'a pas encore été décidée", ont assuré plusieurs responsables européens. "Il faudra voir quelles positions vont adopter l'Allemagne et la Pologne", a expliqué un ministre.