Gui Minha, éditeur suédois d'origine chinoise est condamné à 10 ans de prison par un tribunal chinois pour avoir "diffusé des informations classées".

Ce verdict risque d'attiser les tensions existants entre Pékin et Stockholm, qui a par ailleurs réclamé la libération de Gui.

Gui Minhai n'est pas seulement éditeur, il est aussi libraire et il ne se privait pas de publier à Hong Kong des livres au contenu salace sur les dirigeants chinois. Entre 2015 et 2017, il avait déjà été détenu en Chine avant de disparaître mystérieusement en février 2018.

Si un tribunal de Ningho (est) a prononcé la condamnation de M. Gui ce lundi, et l'a reconnu coupable d'avoir "illégalement diffusé à l'étranger des informations classées", la nature de ces dernières n'ont pas été précisée.

Le tribunal a affirmé dans un communiqué que l'éditeur avait demandé en 2018 à retrouver sa nationalité chinoise. Seule ombre au tableau : la Chine ne reconnait pas la double nationalité. D'après le tribunal en charge de l'affaire, M. Gui a "reconnu sa culpabilité, et accepté le verdict et ne fait pas appel".

Stockholm n'a pas tardé pour réagir. "Nous réclamons toujours la libération de Gui Minhai et un accès pour lui apporter une aide consulaire", a affirmé la ministre des Affaires étrangères, Ann Linde. "Nous n'avons pu ni assister au procès, ni examiner les charges", a-t-elle déploré.

C'est pendant une conférence de presse qu'un porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian s'est exprimé :"La Chine est un pays régi par la loi (...) les intérêts et les droits de Gui Minhai ont été entièrement protégés".

La chine refuse de voir M. Gui autrement que comme un citoyen chinois. Le pays "s'oppose résolument" à l'ingérence d'un pays étranger " dans ses affaires intérieures et sa souveraineté judiciaire", clame le porte-parole.

Questionné par l'AFP, le ministère suédois des Affaires étrangères a rappelé mardi que la citoyenneté du pays scandinave "ne pouvait être abandonnée qu'après examen et décision" d'une agence gouvernementale.

"Gui Minhai est un ressortissant suédois", a-t-il insisté.

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"Aveux" télévisés

Mighty Current, la maison d'édition de Hong Kong où travaillait Gui Minhai, profitait des libertés publiques du territoire chinois semi-autonome pour publier des livres sur la vie privée des dirigeants communistes, qui étaient strictement interdits en Chine continentale.

En mai 2015, M. Gui se volatilise comme quatre de ses confrères. Il a soudainement disparu lors de vacances en Thaïlande avant de réapparaître dans une prison chinoise. Il a alors dans un même temps "avoué" à la télévision d'Etat son implication dans un accident de la route en 2003.

En octobre 2017, les autorités chinoises assuraient l'avoir relâché, mais sa fille, Angela Gui, affirmait qu'il avait été placé en résidence surveillée à Ningbo.

En janvier 2018, M. Gui avait de nouveau été interpellé dans un train alors qu'il se rendait à Pékin, accompagné de diplomates suédois, pour un rendez-vous médical.

Pas du tout d'accord avec cette arrestation, Stockholm l'avait qualifiée de "brutale" et "contraire aux règles internationales fondamentales sur l'aide consulaire".

Après cette seconde "disparition", l'éditeur-libraire était apparu à la télévision. Ce dernier accusait la Suède ( son pays d'adoption), de l'avoir manipulé comme un "pion" et avouait avoir enfreint la loi à son instigation".

Quant aux proches de M. Gui, ils dénoncent des poursuites à caractère politique ainsi que des "aveux" télévisés forcés, chose tout à fait courante en Chine, où la justice est soumise aux directives du régime.

"Représailles" contre Stockholm

Interrogé par l'AFP, Patrick Poon d'Amnesty international déclare :" Le verdict, avec son insistance sur la citoyenneté chinoise de l'éditeur, est clairement motivé politiquement , avec pour but d'obliger la Suède à cesser son soutien".

Depuis la détention de Gui Minhai, il y a 5 ans, les relations entre la chine et la Suède sont gravement perturbées.

En novembre dernier, Pékin exprimait sa colère envers la ministre suédoise de la culture pour avoir remis à Gui Minhai, en son absence, un prix de l'association de défense des écrivains PEN.

L'affaire aurait pu s'arrêter là, mais non. Cette dernière cause aussi des problèmes dans la diplomatie suédoise: Anna Lindstedt, ex-ambassadrice à Pékin, est renvoyée devant un tribunal pour avoir tenté de négocier début 2019 avec de mystérieux intermédiaires, prétendument proches du pouvoir chinois, la libération de M. Gui sans en avertir sa hiérarchie.

Selon Sophie Richardson, directrice Chine de l'association Human Rights Watch, la condamnation de l'éditeur trahit "l'hostilité sans limite du gouvernement chinois pour ses critiques". 

En témoigne aussi le sort de Yang Hengjun, militant pro-démocratie d'origine chinoise et de nationalité australienne, auteur d'un blog critique, et détenu en secret en Chine, depuis janvier 2019.