Monde

Cinq rebelles, un Casque bleu sud-africain et un policier congolais ont été tués lundi matin dans des combats à Butembo, à la suite de l'attaque d'une milice contre cette ville de l'Est de la République démocratique du Congo, a-t-on appris de sources concordantes.

L'attaque a notamment visé la prison de cette ville du nord de la province troublée du Nord-Kivu. Le bilan des morts a été confirmé par le porte-parole de la Mission de l'ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco), les autorités locales, et une source policière.


Kinshasa transformée en ville morte

Kinshasa a revêtu lundi ses atours de ville morte après des jours de tension politique à la veille du terme du mandat du président Joseph Kabila, dont l'opposition conteste la volonté de se maintenir au pouvoir en attendant l'élection d'un successeur. Vers 08h00 (même HB), la bouillante mégapole de dix millions d'habitants, quadrillée par les forces de la police et de la garde républicaine, n'était que l'ombre d'elle-même, ont constaté des journalistes de l'AFP: grandes avenues vides, avec une circulation presque inexistante.

Le bruit de fond habituel de la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) - coutumière des violences meurtrières à caractère politique - a disparu.

Dans le nord et l'est de la ville, les militaires et policiers sont plus nombreux dans les rues que les passants, tandis que les transports collectifs publics fonctionnent à un rythme très ralenti.

De nombreuses entreprises ont donné pour consigne à leurs employés de ne pas venir travailler, et aucun "blanc-bleu", surnom des écoliers à cause de leur uniforme, n'est visible dans les rues, alors que les écoles secondaires ne sont pas encore en vacance.

Sur la place Victoire, emblématique du cœur animé de la ville, la grande majorité des commerces sont fermés. Les étals ont disparu de la place, qui grouille habituellement. Un camion blindé de la police antiémeute est stationné dans un coin.

"La nuit (de dimanche à lundi) a été calme, RAS, confirme le porte-parole de la police", a tweeté l'envoyée spéciale permanente à Kinshasa de Radio France Internationale (RFI), Sonia Rolley.

Quant à la coupure des réseaux sociaux ordonnée par le gouvernement à partir de dimanche 23h59 (même HB) jusqu'à nouvel ordre, elle est "variable selon les opérateurs" selon Sonia Rolley. "Vodacom fonctionne, d'autres seulement sur certaines app, d'autres, rien", a-t-elle précisé.

D'autres utilisateurs de Twitter faisaient état d'un "impressionnant dispositif militaire" déployé au rond point Ngaba, situé en plein cœur de la "cité", non loin de l'université de Kinshasa (Unikin).

Samedi soir, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) ont annoncé la suspension de leur médiation en vue de permettre une sortie apaisée de la crise politique qui ronge le pays depuis la réélection contestée de M. Kabila en 2011.

Âgé de 45 ans, M. Kabila est au pouvoir depuis 2001, et la Constitution lui interdit de se représenter. Ses détracteurs l'accusent d'avoir tout fait pour torpiller le processus électoral et de vouloir se maintenir au pouvoir à vie.

Les négociations sous l'égide des évêques sont destinées à permettre l'instauration d'une période de transition politique associant le pouvoir et l'opposition jusqu'à l'élection d'un nouveau président. Elles n'ont avancé sur aucun des points de contentieux les plus importants, et sont censées reprendre mercredi. Depuis l'annonce de la suspension de la médiation épiscopale, Kinshasa est dans l'expectative de ce qui va se passer, par craintes de violences.

Avant l'ouverture de ces pourparlers, la coalition du Rassemblement constituée autour de l'opposant historique Étienne Tshisekedi avait menacé de jeter la population dans la rue le 19 décembre dans tout le pays pour chasser M. Kabila du pouvoir en cas d'échec des négociations.

Le Rassemblement n'a cependant donné aucun mot d'ordre en ce sens après la suspension des discussions.

© AFP


L'UE appelle Kinshasa au respect des libertés fondamentales et à la retenue

L'Union européenne a appelé les autorités congolaises à assurer le strict respect des libertés fondamentales, de faire preuve de la plus grande retenue et s'abstenir de tout usage disproportionné de la force dans leur réaction aux éventuelles manifestations liées à la fin du second mandat du président Joseph Kabila à la tête de la République démocratique du Congo (RDC).

"Les acteurs de l'opposition et de la société civile doivent se montrer responsables en assurant le caractère pacifique de leurs actions", a affirmé la haute représentante pour la politique étrangère et de sécurité de l'UE, Federica Mogherini, dans un communiqué publié dimanche.

Elle a rappelé que l'UE "a démontré sa ferme intention de sanctionner ceux qui sont responsables de graves violations des droits de l'Homme, incitent à la violence ou qui feraient obstacle à une sortie de crise consensuelle, pacifique et respectueuse de l'aspiration du peuple congolais à élire ses représentants", dans une référence aux sanctions individuelles imposées lundi dernier à sept hauts responsables de l'armée, de la police et de l'administration congolaises accusés de violences.

"À la veille de l'échéance constitutionnelle du 19 décembre, l'absence d'accord persistant entre les acteurs politiques dans le cadre de la médiation de la Conférence épiscopale du Congo (Cenco), malgré tous les efforts déployés par les évêques, ouvre une période à haut risque", a prévenu Mme Mogherini.

Elle a aussi rappelé la responsabilité des autorités congolaises "à assurer la sécurité des ressortissants étrangers sur leur territoire".