L'autorisation du vaccin de Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 était imminente aux Etats-Unis vendredi, poussée par l'impatience du président Donald Trump qui exigeait des autorités sanitaires qu'elle ait lieu le jour même, tandis que l'inquiétude régnait en Europe face aux niveaux "trop élevés" de contaminations à l'approche de Noël.

"Sortez le fichu vaccin MAINTENANT", a tweeté vendredi matin le dirigeant américain, qui a axé toute sa réponse à la pandémie sur le développement ultra-rapide d'un remède.


Selon plusieurs médias, le chef de cabinet de M. Trump a exigé du directeur de l'Agence américaine des médicaments (FDA) qu'il finalise le processus d'autorisation vendredi, ou bien qu'il donne sa démission.

Un comité d'experts indépendants a recommandé jeudi à la FDA, qualifiée de "grosse tortue lente" par Donald Trump, d'autoriser le vaccin de l'alliance Pfizer/BioNTech. La décision était attendue samedi mais pourrait donc finalement intervenir encore plus rapidement.

Le président élu Joe Biden a lui au contraire loué l'"intégrité scientifique" de la FDA, qui a tenu à ne pas donner l'image d'une procédure bâclée.

"Vous pouvez avoir confiance (en ce vaccin). Il n'y a pas d'interférence politique", a déclaré M. Biden vendredi depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware.

Seulement trois semaines se sont écoulées depuis le dépôt par les fabricants de leur demande d'autorisation.

Les vaccinations pourraient commencer dès lundi ou mardi, a dit le ministre américain de la Santé Alex Azar.

Les Etats-Unis, pays le plus touché au monde en chiffres absolus, viennent d'enregistrer près de 6.000 décès du Covid en 48 heures, et leur bilan global approche des 300.000 morts.

La première économie mondiale enchaîne les tristes records: depuis une semaine, à l'exception du week-end, les chiffres de nouvelles contaminations quotidiennes sont supérieurs à 200.000.

Face à cette flambée de l'épidémie, de nouvelles restrictions sont prises localement: à New York, les restaurants ne pourront plus servir en intérieur à partir de lundi.

"Risque élevé"

Dans le monde, le nouveau coronavirus a tué au moins 1.582.721 personnes, pour près de 70 millions de contaminations confirmées, selon un bilan établi par l'AFP.

L'Europe est la zone ayant enregistré le plus de nouvelles contaminations cette semaine (+236.700 en moyenne par jour). La pandémie, qui reculait depuis mi-novembre, s'y est stabilisée à un niveau élevé.

En France (près de 57.000 morts), il existe un "risque élevé" d'une flambée "dans les prochaines semaines", a alerté l'organisme Santé publique France vendredi, qui appelle à la "plus grande vigilance, notamment dans la perspective des fêtes de fin d'année".

Le gouvernement français avait annoncé jeudi soir un prudent déconfinement à partir du 15 décembre, tout en maintenant des restrictions: couvre-feu à partir de 20H00 tous les jours, y compris le 31 décembre (mais pas le 24), fermeture maintenue des cinémas, théâtres et musées au moins jusqu'au 7 janvier.

"Nous aurions été irresponsables à ouvrir et faire comme si tout se passait très bien", a justifié vendredi le président Emmanuel Macron.

"Noël est entre nos mains", a-t-il dit. "Evidemment, on doit se retrouver, mais moins que d'habitude pour Noël, moins nombreux".

La pandémie se situe également à "un niveau trop élevé et dangereux" en Belgique voisine, partiellement confinée, a prévenu vendredi le virologue Steven Van Gucht, porte-parole des autorités sanitaires.

"Contrairement aux Pays-Bas ou à l'Allemagne, nous ne constatons heureusement pas encore de nouvelle hausse générale", mais les nouvelles contaminations ne diminuent quasiment plus depuis deux semaines et "la charge des hôpitaux est encore trop élevée", a-t-il souligné.

Quant à la Suisse, avec une croissance "exponentielle" de l'épidémie (+5.000 cas par jour) et des taux de contamination parmi les plus élevés d'Europe, elle est "dans une situation critique", a prévenu sa présidente Simonetta Sommaruga.

Le pays a adopté vendredi un train de mesures incluant la fermeture des restaurants, bars, magasins, établissements de loisirs et de sport, musées et bibliothèques à 19h.

Revers pour Sanofi/GSK

Le Royaume-Uni, pays le plus endeuillé d'Europe (63.082 morts), a de son côté annoncé qu'il réduisait la durée de sa quarantaine pour les voyageurs arrivant de l'étranger ou les "cas contact" d'un malade du Covid de 14 à 10 jours.

Là aussi, la situation épidémiologique reste précaire, avec une flambée de cas à Londres et dans le Sud-Est. Mais le pays a lancé mardi sa campagne de vaccination contre le Covid-19, après avoir été le premier pays à donner son feu vert au vaccin de l'alliance américano-allemande Pfizer/BioNTech.

Le Canada, Bahreïn et l'Arabie saoudite l'ont depuis imité, et l'Agence européenne du médicament devrait rendre un avis d'ici fin décembre.

Parallèlement aux progrès du vaccin Pfizer/BioNTech, les laboratoires français Sanofi et britannique GSK ont essuyé un revers: ils ont déclaré que leur vaccin anti-Covid ne serait prêt que fin 2021, après des résultats moins bons qu'attendu dans les premiers essais cliniques.

Ils tablent désormais sur une disponibilité du vaccin au quatrième trimestre 2021, alors qu'ils visaient initialement une demande d'homologation au premier semestre.

Vendredi toujours, le laboratoire britannique AstraZeneca et la Russie ont annoncé des essais cliniques combinant leurs deux vaccins contre le nouveau coronavirus. Une reconnaissance pour le produit russe, vanté par les autorités mais fraîchement accueilli par les Occidentaux.

PAM: une "pandémie de la faim" plus grave que le Covid

En recevant le Nobel de la paix à distance à cause de la crise sanitaire, le Programme alimentaire mondial (PAM) s'est inquiété jeudi d'une "pandémie de la faim" aux effets, selon lui, potentiellement plus graves que le Covid-19.

Quelque "270 millions de personnes s'acheminent vers la famine", a prévenu le chef du PAM, l'Américain David Beasley.


Le Brésil dépasse le seuil des 180.000 morts

Le Brésil a dépassé vendredi le seuil des 180.000 morts du Covid-19, selon le dernier bilan du ministère de la Santé, qui fait état de 646 décès lors des dernières 24 heures. Deuxième pays le plus endeuillé après les Etats-Unis, le Brésil, qui subit de plein fouet la deuxième vague de contaminations, compte au total 180.411 décès et 6,83 millions de cas confirmés.

Après un plateau interminable à plus de 1.000 morts de juin à août, les courbes ont commencé à s'affaisser, avec moins de 400 décès quotidiens en moyenne à la mi-novembre, avant de repartir à la hausse ces dernières semaines.

Dans sept des 27 capitales d'Etats brésiliens, l'occupation des lits de soins intensifs est supérieure à 90%. Jeudi, le président d'extrême droite a ignoré cette deuxième vague en affirmant que le Brésil était "en toute fin de pandémie".

Mais les spécialistes craignent que le rythme des contaminations s'accélère encore plus avec les réunions familiales des fêtes de fin d'année, dans ce pays de 212 millions d'habitants qui s'apprête à entrer dans l'été austral avec des plages déjà bondées le week-end.