L'Europe devient la région comptant le plus de cas détectés

L'Europe est devenue mercredi la région du monde comptant le plus grand nombre de cas détectés depuis le début de la pandémie en décembre en Chine, selon un comptage réalisé par l'AFP à partir des bilans fournis par les autorités de santé, jeudi à 11H00 GMT.

Avec 11,6 millions de cas détectés au total, dont plus de 293.000 décès, les 52 pays de la région dépassent en nombre de contaminations la région de l'Amérique latine et des Caraïbes (11,4 millions de cas, près de 407.000 morts).

L'Europe est redevenue l'épicentre de la pandémie ces dernières semaines, après l'avoir déjà été en mars-avril. La région avait connu une accalmie durant l'été.

Depuis le début du mois d'octobre, l'Europe est la région qui compte le plus de nouvelles contaminations quotidiennes dans le monde. La semaine dernière, 277.000 nouveaux cas par jour y ont été enregistrés, soit plus de la moitié du total des cas dans le monde (517.000 par jour en moyenne).

Et la pandémie continue d'accélérer. Le nombre de cas détectés la semaine dernière en Europe est supérieur de 20% à celui enregistré la semaine précédente. En ce qui concerne les décès, l'accélération est encore plus importante, avec près de 50% de nouveaux décès supplémentaires (21.500 la semaine dernière, 14.403 la semaine précédente).

La France (44.000 cas quotidiens en moyenne, +11% par rapport à la semaine précédente), l'Italie (28.600, +43%), le Royaume-Uni (22.400, +2%), l'Espagne (21.100, +13%) et la Pologne (20.000, +46%) sont les pays de la région ayant enregistré le plus de nouveaux cas ces sept derniers jours.

Avant l'Europe, la région Amérique latine et Caraïbes était celle comptant le plus grand nombre de contaminations recensées, et ce depuis fin juillet. La pandémie y a connu une progression fulgurante à partir du mois de mai, avec des pics à plus de 100.000 nouveaux cas quotidiens en juillet et en août.

Depuis la fin de l'été, l'Asie était le continent enregistrant le plus haut nombre de nouvelles contaminations quotidiennes, notamment en raison de la forte poussée de la pandémie en Inde, où la maladie a longtemps semblé hors de contrôle.

Italie: colère et résignation dans les "zones rouges" avant reconfinement

Les nouvelles "zones rouges" italiennes instaurées pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 se préparaient jeudi à un nouveau confinement, dans un contexte de colère croissante contre le gouvernement, teintée de peur et de résignation. La Lombardie, le Piémont et le Val d'Aoste au nord, ainsi que la Calabre au sud, ont été déclarées "à haut risque" et retournent vers un confinement plus léger cependant que celui du printemps dernier.

Si le télétravail est encouragé, la capacité des transports publics réduite et les lycées fermés par exemple, il sera toujours possible de se rendre sur son lieu de travail ou de sortir pour des raisons de santé.


Les Pouilles et la Sicile ont elles été désignées orange, correspondant à un risque moyen, tandis que le reste de l'Italie a été désigné jaune.

"C'est une gifle pour la Lombardie", s'est indigné le président de la région, Attilio Fontana, membre du parti d'opposition d'extrême droite, la Ligue, accusant le Premier ministre Giuseppe Conte d'avoir utilisé des données qui n'étaient pas à jour en prenant la décision de classer sa région dans la zone rouge.

Le président du Piémont Alberto Cirio, lui aussi de droite, a également demandé à Rome d'expliquer pourquoi la décision de fermer certaines régions "a été prise sur la base de données datant d'au moins dix jours".

Au total, le reconfinement concerne 16 millions d'Italiens.

Le nord de l'Italie a été le plus durement touché par la pandémie, qui a frappé la péninsule fin février, entraînant un confinement généralisé début mars, avec de très lourdes conséquences économiques et sociales.

Depuis, le virus a fait près de 40.000 victimes, alors que le pays affronte une seconde vague de Covid-19.

A Milan, capitale de la Lombardie, comme à Turin, Gênes ou Rome, des manifestations contre les restrictions ont été émaillées de violences ces dernières semaines. Mais la population locale se montre aussi résignée tant le traumatisme du printemps reste vivace.

"Mes clients ont très peur, très peur. La semaine dernière, je n'avais que deux clients par jour, parfois même un seul, donc il n'y a pas de réel avantage pour moi à rester ouvert. Il n'y a plus personne dehors, les bureaux sont vides", assure à l'AFP Francesco Puccio, un coiffeur de Milan, capitale de la Lombardie.

Un nouveau verrouillage "pourrait être la bonne chose à faire s'il donne des résultats", a déclaré à l'AFP Nicola Bilotta, propriétaire d'un kiosque.

Outre les mesures de confinement imposées région par région, un un couvre-feu sera appliqué sur tout le territoire national à partir de vendredi, de 22H00 à 05H00.

A Rome, ces restrictions représentent "une tragédie" pour Antonio Paravano, 71 ans, employé dans la restauration.

"Nous fermons déjà à 18H00, c'est une tragédie. Nous avons essayé de nous réinventer lors du précédent confinement avec les livraisons de nourriture à domicile, mais cela n'a pas marché", dit-il.

Nouveau "lockdown" en Angleterre

Après l'Irlande et la France, l'heure d'un deuxième confinement sonne jeudi pour l'Angleterre et ses 56 millions d'habitants. Au désespoir des pubs, épicentre de la vie sociale, mis à rude épreuve par des mois de pandémie et un premier "lockdown" au printemps.

"On va payer ça pendant des années. Cette fermeture nous coûtera des milliers (de livres sterling) supplémentaires", déplore Joe Curran, propriétaire du pub The Queen's Head, dans le très vivant quartier londonien de Soho.

Les commerces jugés non essentiels devront fermer, tandis que les restaurants, pubs et cafés ne pourront proposer que livraisons ou vente à emporter. En revanche, les écoles resteront ouvertes.

Pour apaiser les inquiétudes, le Premier ministre britannique Boris Johnson a promis que ce reconfinement se terminerait le 2 décembre. "J'espère vivement que nous pourrons alors remettre ce pays de nouveau en marche, rouvrir les entreprises, les magasins à l'approche de Noël".

"Personnellement je pense que ça aurait dû avoir lieu plus tôt", juge Estella Cicek, copropriétaire d'un salon de coiffure à Londres, bondé depuis l'annonce du reconfinement. "Maintenant nous devons fermer nos portes pour au moins un mois", en pleine période des fêtes, cruciales pour les commerces.

La résurgence du virus a également poussé le NHS England, le système public de santé en Angleterre, à passer à son plus haut niveau de préparation aux situations d'urgence à partir de jeudi.

Le Royaume-Uni est le pays le plus endeuillé d'Europe avec près de 48.000 morts liés au virus.

La Grèce se reconfine à partir de samedi face au coronavirus

La Grèce va se reconfiner à partir de samedi et pour trois semaines, a annoncé jeudi le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis lors d'une visioconférence, soulignant la nécessité d'endiguer la deuxième vague de la pandémie qui frappe le pays. "C'était une décision difficile" mais "les mesures doivent être prises pour trois semaines pour vaincre la deuxième vague" du coronavirus, a indiqué le Premier ministre, selon lequel les Grecs ne pourront désormais plus sortir de chez eux qu'après y avoir été autorisés via SMS sur téléphone portable.

A Chypre, où un couvre-feu nocturne sur l'ensemble du territoire est instauré dès jeudi jusqu'au 30 novembre, l'inquiétude prévaut. "La hausse quotidienne des cas peut atteindre des proportions incontrôlables, menaçant le système de santé, les emplois et le bien-être de tous", a averti le président Nicos Anastasiades mercredi.

Au Portugal, où 70% des quelque dix millions d'habitants sont concernés depuis mercredi par un reconfinement plus souple que celui du printemps, le gouvernement pourrait bientôt prendre des mesures plus strictes. Le pays a connu mercredi son plus lourd bilan quotidien depuis le début de la crise sanitaire, avec 59 décès et 7.497 nouvelles contaminations.

Ailleurs en Europe, de nombreux pays ont pris les uns après les autres des mesures antivirus. Les Pays-Bas ont fermé pour deux semaines musées, cinémas, zoos, sex-clubs; l'Autriche, où les réunions privées sont limitées à deux foyers maximum, vit sous couvre-feu nocturne.

Décompte record de près de 20.000 nouveaux cas en 24 heures en Allemagne

L'Allemagne a recensé, jeudi matin, un nombre record de 19.990 nouveaux cas de Covid-19 sur son territoire en 24 heures, selon les chiffres publiés par l'institut sanitaire national RKI. Le précédent record, établi samedi, était de 19.059 cas. Les autorités mettent cependant en perspective ces chiffres, précisant que les tests de dépistage sont bien plus nombreux que lors de la première vague de l'épidémie.

L'Allemagne, qui est en confinement jusqu'à la fin du mois, a dénombré un total de 597.583 de personnes officiellement diagnostiquées positives au Sars-CoV-2, dont 10.930 sont décédées, depuis le début de la pandémie.

Effets délétères

La Pologne a annoncé la fermeture des cinémas et de la plupart des magasins dans les galeries marchandes, ainsi qu'un passage total à l'enseignement à distance.

Et en Hongrie, le Premier ministre Viktor Orban a imposé le retour de l'état d'urgence lui permettant de gouverner par décret, disant craindre la saturation des hôpitaux d'ici la mi-décembre.

La Russie a pour sa part enregistré mercredi 19.768 nouveaux cas de nouveau coronavirus et 389 décès, battant des records établis il y a quelques jours. Mais les autorités assurent toujours ne pas prévoir de mesures de confinement majeures dans le pays.

Quant au gouvernement suisse, il a mis mercredi l'armée à disposition des cantons qui en feront la demande, face à l'explosion du nombre de cas et la situation tendue dans les hôpitaux.

Le Danemark a annoncé qu'il allait abattre la totalité de la quinzaine de millions de visons élevés sur son territoire à cause d'une mutation du Covid-19 déjà transmise à 12 personnes, qui menace l'efficacité d'un futur vaccin pour l'homme.

La pandémie a également des effets délétères pour les autres maladies : une étude publiée mercredi par la revue médicale britannique BMJ montre que retarder le traitement d'un cancer, même d'un mois, entraîne un impact significatif sur le risque de mortalité des patients.

Des conclusions qui "invitent à la réflexion", jugent les auteurs, alors que de nombreux hôpitaux ont dû reprogrammer les opérations considérées comme "non urgentes" afin d'augmenter le nombre de lits et de soignants disponibles pour les patients atteints de Covid-19.