EUROPE

Cinq pays, dont le Royaume-Uni, la Suisse et le Canada, comptent approuver selon une procédure accélérée les nouvelles générations de vaccins capables de neutraliser les variants du coronavirus, selon une recommandation dévoilée jeudi par un consortium regroupant leurs agences du médicament.

L'Allemagne et la Suède ont donné par ailleurs jeudi leur feu vert, après la France, à l'administration du vaccin AstraZeneca/Oxfordaux plus de 65 ans.


Berlin espère ainsi accélérer sa campagne nationale de vaccination, critiquée pour sa lenteur, tandis que la chancelière Angela Merkel a accepté mercredi un assouplissement progressif du dispositif anti-Covid en Allemagne face au mécontentement de l'opinion.

Ce vaccin a été jeudi bloqué à l'exportation vers l'Australie par l'Italie, première application d'un mécanisme de contrôle mis en place fin janvier par Bruxelles. L'Australie a toutefois minimisé l'impact de la décision italienne sur son plan de vaccination.

Le ministère des Affaires étrangères a précisé dans un communiqué que ce refus d'exportation portait sur 250.700 doses du laboratoire suédo-britannique, très critiqué par les Vingt-Sept pour ses retards de livraison dans l'Union.

Toujours en Italie, le gouvernement a annoncé jeudi le report à l'automne d'une série d'élections locales, dont celle de maires de grandes villes comme Rome, Milan, Naples, Turin et Bologne, prévues initialement avant l'été, en raison de la persistance de l'épidémie.


Allemagne :

Le principal responsable allemand de la lutte contre les maladies infectieuses voit des "signaux d'une tendance changeante" de la pandémie, ce qui signifie peut-être une mauvaise nouvelle pour le plan de déconfinement progressif annoncé jeudi par la chancellière Angela Merkel. La proportion du variant B117 appelé aussi variant britannique représente environ 40% des cas détectés, d'après les données de l'institut Robert Koch. "Il est attendu que le B117 deviendra bientôt le variant dominant en Allemagne", a déclaré Lothar Wieler, à la tête de cette agence gouvernementale. "Il deviendra alors encore plus difficile de contenir le virus."

Il s'exprimait aux côtés du ministre de la santé Jens Spahn, qui a également déclaré que le nombre d'infections connaissait une stagnation voire une augmentation.

Ces déclarations interviennent au lendemain de l'annonce par Angela Merkel d'un plan de déconfinement progressif et conditionnel face à l'épidémie de Covid-19 à partir de lundi, avec notamment des réouvertures possibles de lieux culturels.

Ce relâchement est néanmoins étroitement lié à l'espoir que l'Allemagne puisse accélérer la vaccination et mener des tests en masse. Le gouvernement fédéral souhaite en effet financer des tests hebdomadaires pour chaque citoyen à partir de lundi.

Royaume-Uni :

La chercheuse britannique à l'université d'Oxford, Sarah Gilbert, qui a dirigé l'équipe mettant au point le vaccin Oxford/AstraZeneca contre le nouveau coronavirus a reçu une récompense prestigieuse au Royaume-Uni pour saluer sa contribution à "un bien commun global". Mme Gilbert a fait part de son "grand honneur" de recevoir la Médaille Albert de la société royale pour les Arts, la Manufacture et le Commerce.

"La création et le développement du vaccin Oxford contre le Covid-19 survient après avoir oeuvré dans cette discipline pendant des années et appris comment passer rapidement d'un concept à un vaccin approuvé, ce qui comprend de nombreuses étapes tout au long du chemin", a commenté la professeure. "Avec notre équipe à Oxford nous avons développé un 'vaccin pour le monde', qui est désormais utilisé pour sauver des vies dans de nombreux pays, ce qui était notre objectif dès le début".

Dans le passé, d'autres personnalités brillantes ont décroché cette récompense, notamment une autre chercheuse, Marie Curie, ou encore le Premier ministre britannique Winston Churchill et le physicien Stephen Hawking.

La professeur Gilbert, qui a rejoint les rangs de l'université d'Oxford en 1994, est la 156e personne à bénéficier de la Médaille Albert, une récompense qui a été attribuée pour la première fois en 1864 en mémoire du prince britannique Albert, président de la société royale.

Danemark :

Emboîtant le pas de plusieurs pays de l'UE comme l'Allemagne ou la Belgique, les autorités sanitaires danoises ont étendu vendredi aux plus de 65 ans leur recommandation d'utiliser le vaccin anti-Covid AstraZeneca/Oxford, sur la base d'une étude écossaise.

Jusqu'ici, Copenhague ne recommandait pas ce vaccin pour les plus de 65 ans, arguant de données scientifiques insuffisantes de la part du laboratoire anglo-suédois.

Au Danemark, pays de l'UE où la campagne de vaccination est parmi les plus avancées, 3,2% des 5,8 millions d'habitants sont entièrement vaccinés et 8,3% ont reçu une première dose. Le pays compte avoir proposé la vaccination à l'ensemble de sa population adulte d'ici fin juin.

France :

A Paris, la consommation d'alcool est interdite à partir de vendredi et jusqu'au 21 mars sur les quais de Seine, les rives du Canal Saint-Martin et d'autres places prisées pour s'y rassembler ou s'y promener. La région parisienne, où six départements sur huit connaissent un taux d'incidence supérieur à 300 nouveaux cas pour 100.000 habitants (sur sept jours), bien au-dessus du seuil d'alerte maximale de 250, a échappé au reconfinement le week-end, une mesure qualifiée d'"inhumaine" par la maire de Paris, Anne Hidalgo.

"La charge sanitaire hospitalière n'est pas la même dans la région Hauts-de-France et en Ile-de-France", a fait valoir le ministre de la Santé, Olivier Véran, sur RMC-BFMTV, pour justifier la différence de traitement entre le Pas-de-Calais et la Seine-Saint-Denis, où le taux d'incidence est identique (411 au 1er mars).

Dans toute la France, la surveillance renforcée concerne 23 départements, où l'exécutif invite "à ne pas sortir, autant que possible" des frontières. Les centres commerciaux non alimentaires de plus de 10.000 m2 (et non plus 20.000) y seront fermés, s'ajoutant aux autres secteurs qui ont baissé le rideau depuis quatre mois, comme les bars, restaurants, tous les lieux culturels ou les salles de sport, sans perspective de réouverture. A Paris, juste en face de la gare Saint-Lazare, cette nouvelle restriction s'appliquera pour le Passage du Havre, une galerie de 40 boutiques.

AMERIQUE

Canada :

Les autorités de santé canadiennes ont annoncé vendredi avoir autorisé un quatrième vaccin contre le Covid-19, celui du laboratoire américain Johnson & Johnson.

Le Canada, qui a déjà autorisé les vaccins de Pfizer-BioNTech, de Moderna et d'AstraZeneca, a commandé jusqu'à 38 millions de doses de ce vaccin qui est le premier à dose unique parmi ceux homologués contre le Covid-19 dans le pays. Il est approuvé pour les personnes de 18 ans et plus.

Avantage important en matière de logistique, ce vaccin peut être stocké à des températures de réfrigérateur (de 2° à 8°C) jusqu'à trois mois.

"Nous avons conclu qu'il existe des preuves solides démontrant que les avantages de ce vaccin l'emportent sur les risques potentiels", a indiqué la Dr Supriya Sharma, conseillère principale pour Santé Canada. "A l'heure actuelle, nous considérons que tous les vaccins autorisés sont efficaces", a ajouté le Dr Marc Berthiaume, directeur du Bureau des sciences médicales à Santé Canada.

Ce vaccin a une efficacité de 66% au niveau mondial et de 72% aux Etats-Unis, qui l'ont approuvé samedi, selon Mme Sharma.

Le Canada a commandé ou réservé plus de 400 millions de doses de vaccins auprès de sept groupes pharmaceutiques, l'un des taux les plus élevés du monde par rapport à la population, selon le gouvernement.

Vendredi, le Canada recensait plus de 879.000 cas de coronavirus et 22.173 morts.

Etats-Unis :

Les Etats-Unis enregistrent des signes encourageants, comme les moins de 40.000 cas quotidiens jeudi pour la première fois depuis octobre ou la baisse des moyennes hebdomadaires des décès et des hospitalisations, alors que l'épidémie repart à la hausse en Europe.

Après un pic de près de 300.000 cas en 24 heures enregistré le 8 janvier aux Etats-Unis, le nombre d'infections quotidiennes a retrouvé son niveau d'avant Halloween, Thanksgiving et les autres fêtes de fin d'année, synonymes de nombreux déplacements à travers le pays et d'une propagation accrue du virus.

Autre signe encourageant dans le pays le plus touché par la pandémie en valeur absolue (plus de 520.000 décès): les moyennes hebdomadaires des morts et des hospitalisations sont elles aussi nettement en baisse.

La campagne de vaccination lancée en décembre aux Etats-Unis bat désormais son plein, avec trois vaccins autorisés: ceux de l'alliance Pfizer/BioNTech, de Moderna, et depuis quelques jours, de Johnson & Johnson, dont les premières injections ont commencé mardi. Et le nombre de personnes vaccinées s'apprête à dépasser celui des cas recensés dans le pays depuis le début de la pandémie.

Le président Joe Biden a cependant appelé à la prudence et s'est insurgé contre la levée des restrictions dans certains Etats, jugée prématurée par les principaux responsables sanitaires fédéraux. Le Texas a ainsi annoncé mardi la fin du port du masque obligatoire et la réouverture de "100%" des commerces dès la semaine prochaine. Le Mississippi a fait le même choix, dès mercredi. Une "grande erreur", a jugé le président américain.

Cuba :

Le Brésil, pays le plus endeuillé au monde après les Etats-Unis, a, lui, annoncé mercredi son plus fort bilan de décès du Covid-19 en 24 heures, avec 1.910 morts. L'épidémie y a fait au total 259.271 morts en un an.

"On assiste dans tout le pays à une détérioration des différents indicateurs", a indiqué la Fondation Fiocruz, qui dépend du ministère de la Santé.

Face à la multiplication des variants du virus, Israël, l'Autriche et le Danemark ont annoncé jeudi une alliance pour le développement et la production de nouvelles générations de vaccins.

Les trois pays vont lancer "un fond de recherche et développement" et "entamer des efforts conjoints pour la production de futurs vaccins", a déclaré le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Le candidat-vaccin contre le coronavirus Soberana 2, développé par Cuba, est entré jeudi en phase 3 des essais cliniques, ont annoncé les autorités cubaines, se disant fières qu'il s'agisse du premier vaccin latino-américain à avancer aussi loin.

Par ailleurs, l'équipe d'experts de l'OMS dépêchée en janvier à Wuhan en Chine, pour enquêter sur les origines de la pandémie, a décidé de ne finalement pas publier ses conclusions provisoires, a rapporté jeudi le Wall Street Journal. Une décision qui intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les Etats-Unis et la Chine sur les conditions d'accès offertes par Pékin aux experts de l'OMS lors de leur enquête.

La pandémie a fait au moins 2,56 millions de morts dans le monde depuis décembre 2019, selon un bilan établi par l'AFP jeudi.

ASIE

Chine :

L'équipe d'experts de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dépêchée en janvier à Wuhan en Chine, pour enquêter sur les origines de la pandémie de Covid-19, a décidé de ne finalement pas publier ses conclusions provisoires, a rapporté jeudi le Wall Street Journal. La décision intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les Etats-Unis et la Chine sur les conditions d'accès offertes par Pékin aux experts de l'OMS lors de leur enquête.

Le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus avait annoncé le 12 février que l'équipe d'experts publierait rapidement un rapport provisoire qui résumerait brièvement leurs travaux de recherche en Chine, qui avaient duré un mois, avant un rapport plus complet attendu quelques semaines plus tard.

Mais ce rapport provisoire se faisait encore attendre jeudi, plus de trois semaines après la conclusion de leur mission.

"Par définition, un résumé ne comprend pas tous les détails (...). Alors puisqu'il existe un tel intérêt dans ce rapport, un résumé seul ne satisferait pas la curiosité des lecteurs", a déclaré l'expert qui est à la tête de l'équipe d'enquête, Peter Ben Embarek, au Wall Street Journal.

L'OMS prévoit désormais de publier "dans les prochaines semaines" un rapport complet qui comprendra des "conclusions majeures", selon un porte-parole de l'organisation, cité par le quotidien américain.

Lors d'une conférence de presse jeudi, le porte-parole de la diplomatie américaine Ned Price a appelé à ce que Pékin fasse preuve de "transparence".

"Ce que nous avons indiqué clairement depuis plusieurs semaines, c'est que nous avons de profondes inquiétudes sur la manière dont les premiers résultats de l'équipe d'enquête sur le Covid-19 ont été communiqués, et des interrogations sur le processus sous-jacent pour arriver à ces résultats", a-t-il affirmé.

Dans une lettre ouverte publiée jeudi, 24 chercheurs internationaux ont appelé à une nouvelle enquête, indépendante et plus approfondie, dénonçant des "limitations structurelles" imposées aux travaux des experts de l'OMS au moment de leur visite en Chine.