La France a fait état samedi du premier décès dû au nouveau coronavirus en dehors d'Asie, alimentant les inquiétudes sur l'épidémie mondiale dont le bilan a désormais dépassé les 1.500 morts.

Un touriste chinois de 80 ans hospitalisé en France depuis fin janvier est mort vendredi soir, a annoncé samedi la ministre française de la Santé Agnès Buzyn. Ce décès est le "premier hors d'Asie, le premier en Europe", a-t-elle précisé.

La Chine continentale (hors Hong Kong et Macao) a pour l'heure recensé 1.523 morts dus au coronavirus, selon des chiffres diffusés samedi.

Seuls quatre décès ont été enregistrés ailleurs dans le monde : un sur le territoire chinois semi-autonome de Hong Kong et les trois autres respectivement au Japon, aux Philippines et en France.

La Chine a par ailleurs fait état samedi de plus de 66.000 cas de contamination sur son territoire, principalement dans la province du Hubei (centre), le foyer de l'épidémie de pneumonie virale Covid-19.

Tandis que le Hubei reste coupé du monde depuis trois semaines et que plusieurs villes de l'est du territoire chinois ont pris des mesures de confinement drastiques, Pékin a à son tour renforcé vendredi ses restrictions pour endiguer la propagation du virus.

La capitale oblige désormais toutes les personnes arrivant de l'extérieur à s'auto-imposer une quarantaine de 14 jours à leur domicile ou leur hôtel, sous peine de sanctions, a rapporté le Beijing Daily, un quotidien officiel. L'activité dans la ville reste largement paralysée et de nombreuses entreprises imposent le télétravail à leurs employés.

Ce règlement aux modalités d'application non détaillées intervient au moment où, à l'issue de vacances du Nouvel an lunaire prolongées, beaucoup de Chinois rentrés dans leur région d'origine pour les fêtes doivent désormais retourner chez eux.

Quelque 283 millions de trajets ont ainsi été accomplis dans le pays entre le 25 janvier et le 14 février, selon le vice-ministre des Transports Liu Xiaoming.

Premier cas en Afrique

L'épidémie de Covid-19 maintient le monde en alerte, avec près de 600 cas confirmés de contamination dans plus de vingt pays.

L'Egypte a annoncé vendredi avoir enregistré le premier cas sur le continent africain.

Mais le principal foyer d'infection hors de Chine reste le paquebot de croisière Diamond Princess, en quarantaine au Japon : 285 cas de contamination y ont été confirmés, dont 67 nouveaux cas annoncés samedi.

Quelque 3.700 passagers et membres d'équipage restent confinés dans leurs cabines. Un porte-parole du département d'Etat américain a annoncé que les ressortissants des Etats-Unis se trouvant à bord seraient évacués et subiraient une quarantaine de deux semaines à leur retour sur le sol américain.

En Chine même, la lutte contre le virus constitue "un grand test pour le système et les capacités de gouvernance du pays", a reconnu vendredi le président chinois Xi Jinping.

Le gouvernement doit renforcer "son contrôle des médias en ligne", a-t-il par ailleurs insisté dans un discours publié samedi par la presse étatique, après que les internautes ont formulé de multiples critiques à l'égard des autorités quant à la gestion de la crise.

Signe des mesures draconiennes prises en Chine, la banque centrale a annoncé samedi que les billets usagés étaient désormais désinfectés et placés en quarantaine jusqu'à 14 jours, avant d'être remis en circulation.

Après avoir initialement félicité Pékin pour son "travail très professionnel", les Etats-Unis avaient déploré jeudi un "manque de transparence de la part des Chinois".

Les autorités sanitaires du Hubei avaient annoncé jeudi à la surprise générale un élargissement de leur définition des personnes atteintes de la pneumonie virale Covid-19.

Eviter l'"hystérie"

Jusqu'à présent, un test de dépistage était indispensable pour déclarer un cas "confirmé". Dorénavant, les patients "diagnostiqués cliniquement", notamment avec une simple radio pulmonaire, seront aussi comptabilisés.

La nouvelle définition a automatiquement gonflé le nombre des personnes officiellement infectées, avec l'annonce d'une envolée de plus de 15.000 nouveaux cas de contamination jeudi.

Le nombre des nouveaux cas en Chine est cependant tombé samedi à 2.641, pour l'immense majorité au Hubei, le nombre des nouveaux cas en dehors de cette province (221) continuant de chuter.

Zhong Nanshan, un expert médical chinois vétéran de la lutte contre le Sras (2002-2003), a déclaré s'attendre à un pic de l'épidémie "d'ici à la mi- ou la fin février".

Plus prudente, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) juge quant à elle qu'il est "beaucoup trop tôt" pour faire des prévisions.

Une équipe internationale d'experts de l'OMS doit arriver à Pékin ce week-end pour une mission commune avec leurs homologues chinois.

Ils réaliseront des inspections sur le terrain, passeront en revue les mesures de prévention, visiteront des centres de recherche et formuleront des recommandations pour contenir l'épidémie, a précisé un porte-parole du ministère chinois de la Santé, Mi Feng.

"La Chine fait gagner du temps au monde. Nous ne savons pas combien de temps", a de son côté déclaré le directeur général de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus, dans un discours samedi à Munich où se déroule une conférence internationale sur la sécurité.

"Nous demandons à tous les gouvernements, toutes les compagnies et tous les médias de travailler avec nous pour faire retentir le niveau d'alarme requis sans attiser les flammes de l'hystérie", a-t-il ajouté.