Les Chinois ne craignent plus le coronavirus. Il ne circule quasiment plus dans leur pays, y prétend-t-on. Avec seulement une dizaine de contaminations officiellement répertoriées par jour sur l’ensemble du territoire lors des derniers mois, a Chine dit en avoir terminé avec le virus. Et la vie y a repris "normalement", expriment les Chinois: on fait la fête, on part en vacances, on ne porte plus le masque partout.

Pour arriver à ce résultat, les autorités chinoises n’ont pas lésiné sur les moyens et ont instauré des mesures draconiennes. Les nouvelles contaminations au Covid étant souvent détectées chez des voyageurs ayant séjourné à l’étranger, toute personne qui entre sur le territoire chinois est placée en quarantaine directement, dans un hôtel désigné par le gouvernement. Le tout aux frais du voyageur, explique l’homme d’affaires flamand Dirk Van Laer au Laatste Nieuws: "Personne n’y échappe. Quiconque arrive à l’aéroport est pris en charge et emmené à l’hôtel. La nourriture est déposée devant la porte de la chambre et, via une application, la personne doit signaler sa température une fois par jour".

Expatrié en Chine depuis dix ans, Dirk Van Laer constate que la façon d’appliquer des règles sanitaires est beaucoup plus stricte en Chine qu’en Belgique, ou ailleurs en Europe. "Si quelque chose est décidé ici, cela prendra effet une minute plus tard. Vous avez aussi des budgets illimités. Et puis il y a la mentalité des gens", affirme-t-il, "Si quelque chose est imposé à un Chinois, il ne trouve pas immédiatement un moyen d'y échapper. Le Belge trouve toujours une faille. L'Horeca fermé? On fait la fête une dernière fois. Il n’y a rien de tel ici". Pour lui, le problème vient du fait que les Européens agissent plus égoïstement que les Chinois : "Le peuple apparaît tel un groupe ici. Si le groupe va bien, l’individu va bien. En Europe, c’est l’inverse. Tout le monde veut d’abord la liberté, et ensuite nous verrons si le groupe se porte bien".

Grâce à des moyens importants, la Chine se permet aussi de tester sa population en masse, dès qu’un cas de coronavirus apparaît. Des quartiers et des villes entières ont déjà été placés en quarantaine , pour quelques cas de Covid-19. Lors d’une telle mise en quarantaine, tous les habitants confinés sont ensuite testés, et la plupart des commerces fermés directement. "En juillet, nous avons eu une épidémie dans une entreprise de transformation du poisson. Un homme avait infecté 60 personnes. Le quartier a immédiatement été mis en quarantaine et toute la ville testée. En cinq jours, ils ont testé les six millions d’habitants. Cela s’est passé sur plusieurs places de la ville, où des échantillons de cinq personnes ont été rassemblés et testés. Si un échantillon était positif, les cinq étaient testés à nouveau, séparément. Avec 1,2 million d’échantillons, ils ont testé toute la ville", raconte encore Dirk Van Laer. Plus récemment, mi-octobre, c'est la métropole de Qingdao, où résident neuf millions d'habitants, qui a été entièrement testée après la découverte de six cas de contamination.

En plus de cette stratégie de testing de grande ampleur, une application garde la trace des moindres déplacements des Chinois. Chaque personne est tenue de scanner un QR code dans les magasins, les aéroports ou les restaurants où elle se rend, ainsi que pour prendre le taxi par exemple. Les autorités peuvent ensuite prévenir facilement tous les cas contacts en cas d’éventuelle contamination d'un habitant.

Des mesures qui semblent drastiques vues d’ici, mais qui auraient permis à la Chine d’endiguer la pandémie. Aujourd’hui, les jeunes peuvent boire un verre ensemble, se tenir les uns près des autres sans masque. Les Chinois sont encouragés à profiter de leurs congés pour voyager dans le pays. "La vie est revenue à la normale, on peut faire ce qu’on veut", conclut Dirk Van Laer, pour qui le système chinois est le seul capable de sortir de la crise du Covid, et pas seulement "d’aplatir la courbe". "Cela ne marche pas. Il faut arriver complètement à zéro et à partir de là, on peut éteindre les incendies. Si on donne un peu d'espace au virus, il revient."