Le monde a franchi jeudi le cap du million de personnes testées positives au coronavirus, un chiffre saisissant qui témoigne de la rapidité de propagation de la pandémie qui sème la mort et le malheur. Car les économies sont ravagées, comme l'illustre un autre chiffre dramatique : en une semaine, 6,6 millions d'Américains ont perdu leur emploi.

La moitié de l'humanité est à l'arrêt, soumise à des mesures de confinement parfois extrêmement strictes.

Le nombre des cas confirmés au coronavirus ne cesse de grimper. Au-delà du million jeudi soir, tandis que celui des décès dépasse désormais largement les 52.000, selon un comptage de l'AFP.

L'Europe est le continent le plus touché, mais les Etats-Unis sont en passe de devenir le nouvel épicentre avec un quart des cas enregistrés. Ces bilans sont très probablement bien en-dessous de la réalité, faute de capacités suffisantes de dépistage.

Aux Etats-Unis, promis à devenir le nouvel épicentre de la pandémie, le nombre des nouveaux morts en 24 heures a de nouveau établi un sinistre record: 1.169.

Présenté par certains comme un "gros rhume" il y a encore quelques semaines, le Covid-19 s'est révélé dans de nombreux cas une maladie redoutable. On fait le point partout dans le monde

Le coût de la pandémie pourrait dépasser 4.000 milliards de dollars

L'impact de la pandémie de coronavirus sur l'économie mondiale pourrait atteindre de 2.000 milliards à 4.100 milliards de dollars. La somme représente entre 2,3% et 4,8% du produit intérieur brut (PIB) mondial, estime vendredi la Banque asiatique de développement (ADB). Cette estimation pourrait être sous-évaluée notamment car elle ne prend pas en compte "d'éventuelles crises sociales et financières ainsi que les effets à long terme sur les systèmes de santé et l'éducation" de la pandémie, selon l'organisation basée à Manille.

AMERIQUE

USA

Les Etats-Unis ont recensé près de 1.200 morts supplémentaires du nouveau coronavirus entre mercredi et jeudi soir, selon le comptage de l'université Johns Hopkins qui fait référence, soit le pire bilan sur 24h jamais enregistré dans un pays.

Avec 1.169 décès dénombrés entre 20H30 locales mercredi et la même heure jeudi, selon les chiffres de l'université actualisés en continu, le nombre total de personnes décédées depuis le début de la pandémie aux Etats-Unis est désormais de 5.926.

Le précédent record du nombre de morts du nouveau coronavirus en 24 heures dans un pays avait été observé le 27 mars en Italie (969 décès).

Le nombre total de morts est toujours plus élevé en Italie (13.915) et en Espagne (10.003) qu'aux Etats-Unis.

Entre mercredi et jeudi, les Etats-Unis ont également recensé plus de 30.000 cas de Covid-19 supplémentaires, portant le nombre total de cas officiellement déclarés dans le pays à plus de 243.000, toujours selon l'université Johns Hopkins.

Les Etats-Unis sont, de loin, le pays répertoriant le plus grand nombre de cas confirmés, avec un quart des cas enregistrés mondialement.

L'épicentre de l'épidémie américaine est situé à New York. La ville a enregistré à elle seule plus de 1.500 morts et approche des 50.000 cas positifs, selon des chiffres publiés jeudi en fin de journée par les autorités sanitaires de la ville.

Plus de 1,3 million de tests au Covid-19 ont été réalisés dans le pays, a déclaré jeudi le vice-président Mike Pence lors de la conférence de presse quotidienne de la cellule de crise de la Maison Blanche sur le nouveau coronavirus.

"Nous réalisons désormais plus de 100.000 tests par jour", a ajouté le président Donald Trump, "ce qui est plus que n'importe quel pays au monde", à la fois en chiffre absolus et proportionnellement à la population des Etats-Unis (environ 330 millions d'habitants), a-t-il affirmé.

Selon les projections de la Maison Blanche, le Covid-19 devrait faire entre 100.000 et 240.000 morts aux Etats-Unis.

Le président américain Donald Trump a également annoncé jeudi qu'il avait subi un deuxième test de coronavirus qui s'était révélé négatif, comme le premier effectué il y a un peu plus de deux semaines.

"J'ai fait le test ce matin. Il a fallu environ 14 minutes pour avoir un résultat", a expliqué M. Trump depuis la Maison Blanche, précisant que le test était négatif.

"Je l'ai fait par curiosité pour voir à quelle vitesse cela allait. C'est beaucoup plus facile, le deuxième est beaucoup plus agréable", a-t-il ajouté.

A New-York, le maire Bill de Blasio a demandé jeudi aux habitants de la ville de se couvrir le visage lorsqu'ils sortent de chez eux, une première dans la ville la plus touchée par le coronavirus aux Etats-Unis. "Ca peut être une écharpe, quelque chose que vous avez fabriqué chez vous, un bandana", a expliqué l'édile lors d'un point de presse, mais cela "n'a pas besoin d'être un masque de professionnel".

Au contraire, a-t-il martelé, "nous ne voulons pas que vous utilisiez les masques dont ont besoin les personnels d'urgence et les soignants", et dont il n'est pas certain qu'ils pourraient être disponibles en quantité suffisante jusqu'à la fin de la pandémie.

New York a enregistré 1.562 morts du coronavirus depuis le début de la pandémie, selon des chiffres publiés jeudi en fin de journée par les autorités sanitaires de la ville, et approche des 50.000 cas positifs (49.707).

© AFP

EUROPE

France

Le bilan officiel du coronavirus en France s'est alourdi jeudi avec 471 nouveaux décès à l'hôpital en 24 heures, portant le total à 4.503 morts depuis le début de l'épidémie, auxquels il faut désormais ajouter au moins 884 personnes âgées décédées en maison de retraite. Au total, ce sont donc au moins 5.387 personnes qui sont décédées du coronavirus dans le pays. Les autorités ne donnaient jusqu'à présent que les chiffres des patients morts dans les hôpitaux français.

Ces premiers chiffres dans les maisons de retraite sont toutefois "très partiels", et leur collecte n'est pas encore totalement consolidée, a précisé le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, lors de son point quotidien jeudi.

26.000 personnes sont hospitalisées en France dont 6.399 sont en réanimation, soit 382 de plus en un jour, une hausse qui ralentit depuis lundi.

Italie

L'Italie, pays le plus touché par l'épidémie de coronavirus, a rapporté 760 nouveaux décès. Cela porte à 13.915 le nombre total de décès.

4668 personnes ont été testées positives ces dernières 24 heures. Le pays dénombre 115.242 cas positifs au total.

Il y a tout de même quelques points positifs. Le nombre de personnes guéries, par exemple, fait un bond en avant: 1.431 de plus en 24 heures.

Espagne

L'Espagne a franchi jeudi la barre des 10.000 morts du coronavirus après avoir enregistré 950 décès en 24 heures, un record dans le pays, ont annoncé les autorités. Deuxième pays le plus endeuillé au monde par la maladie après l'Italie, l'Espagne totalise désormais 10.003 victimes du Covid-19, un funeste bilan multiplié par dix en seulement deux semaines.

Le nombre de cas confirmés dans le pays a, lui, dépassé la barre des 110.000 mais la progression quotidienne a encore ralenti légèrement (+7,9% depuis mercredi contre +8,2% la veille et +18% il y a une semaine).

Allemagne

Les mesures de restrictions mises en place en Allemagne commencent à faire effet en ralentissant la propagation du nouveau coronavirus, a déclaré vendredi le président de l'Institut Robert Koch.

"Nous voyons que la propagation du virus ralentit (...) Nous voyons que cela fonctionne", a déclaré Lothar Wieler lors d'une conférence de presse, insistant néanmoins sur la nécessité "de maintenir" les restrictions.

Angleterre

Le Royaume-Uni a enregistré 684 morts supplémentaires de patients atteints par le nouveau coronavirus en une journée, un nouveau record marquant une accélération de l'épidémie qui a fait 3.605 morts dans le pays, ont indiqué vendredi les autorités sanitaires. Jeudi, 569 décès supplémentaires avaient été dénombrés, après une hausse de 563 mercredi. Au total désormais, 38.168 cas positifs ont été recensés.

Pays-Bas

Le coronavirus a fait au moins 1.487 morts aux Pays-Bas, selon les derniers chiffres de l'Institut royal néerlandais de santé publique et d'environnement (RIVM). En l'espace de 24h, 148 nouveaux décès ont été signalés à l'institut. Au total, 6.286 personnes ont été admises à l'hôpital et 15.723 personnes se sont révélées positives au coronavirus dans le pays (+1.026 en un jour).

AFRIQUE

RDC

Le coeur politique, diplomatique et économique de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo, va être "mis en quarantaine" pendant 14 jours à compter de lundi, a annoncé jeudi le gouverneur de la ville. La commune résidentielle de la Gombe, l'une des 26 de la capitale d'au moins dix millions d'habitants, "est mise en quarantaine du 6 au 20 avril", a déclaré le gouverneur Gentiny Ngobila lors d'une intervention radio-télévisée.

Siège du gouvernement, des grandes ambassades, de plusieurs banques, la commune de la Gombe "est considérée comme l'épicentre de l'épidémie dans la ville", a ajouté le gouverneur.

Pendant le confinement partiel de la seule Gombe, l'équipe de la "riposte" au Covid-19 "s'organisera pour rechercher les personnes malades, mais aussi investiguer les contacts à risque et les cas symptomatiques sur toute l'étendue de la ville de Kinshasa pour leur dépistage et prise en charge".

"Il n'y aura pas de pénuries en denrées alimentaires", et les commerces éviteront "les ruptures de stock des produits essentiels", a assuré le gouverneur.

Le même gouverneur avait annoncé jeudi dernier un premier "confinement total" de quatre jours de tout Kinshasa, avant de faire marche arrière le lendemain par crainte d'une flambée des prix et de l'insécurité.

La RDC a officiellement déclaré 134 cas confirmés, pour 13 décès et trois guérisons, selon le dernier bulletin épidémiologique en date de jeudi soir. L'immense majorité des cas - 126 - se trouve à Kinshasa, porte d'entrée du virus en RDC à partir du 8 mars, selon les données officielles.

Les premiers cas déclarés à partir du 10 mars ont été "importés" d'Europe, touchant par exemple des proches du pouvoir dont certains sont décédés. La zone de santé de la Gombe a été la plus touchée.

Cette commune huppée est parfois surnommée la "République de la Gombe" par ses habitants, principalement des expatriés et des Congolais dont le niveau de vie est nettement supérieur à celui du reste de la "cité".

OCEANIE

Australie

Après le gouvernement français la semaine dernière, c'est au tour du Premier ministre australien, Scott Morrison, d'inciter ses concitoyens à aller travailler dans les fermes du pays. "Les Australiens qui souhaiteraient travailler dans le secteur agricole, allez-y ! Allez dans les fermes et travaillez, vous y trouverez de nombreuses opportunités", a déclaré le Premier ministre australien lors d'une conférence de presse à Canberra vendredi.

La crise déclenchée par le coronavirus a provoqué la fermeture de tous les commerces non essentiels mais aussi poussé de nombreuses entreprises à la faillite. 580.000 Australiens pourraient se retrouver au chômage, d'après une estimation réalisée par Commonwealth Bank. La banque Westpac table elle sur une perte d'emploi pour 810.000 personnes.

Dans le même temps, les agriculteurs australiens s'inquiètent des conséquences que pourrait avoir la fermeture des frontières australiennes aux étrangers, une mesure qui doit durer six mois.

Certaines étapes-clés de leurs activités, comme les semis ou les récoltes, dépendent en effet fortement de la main d'oeuvre étrangère, qui peut représenter, en particulier chez les producteurs de fruits et légumes, jusqu'à 50% de leur personnel.

En Australie, la principale association de producteurs et de distributeurs de produits frais (Australia Fresh Produce Alliance) et AusVeg, qui rassemble les producteurs de légumes, ont ainsi appelé dès le 18 mars le gouvernement à prolonger les visas des quelque 140.000 détenteurs de visa "vacances travail" et 8.000 travailleurs saisonniers actuellement sur le territoire. Une demande à laquelle le gouvernement australien a refusé d'accéder. Scott Morrison a précisé vendredi qu'avant de se rendre dans des fermes, ils devraient s'auto-isoler pendant 14 jours et se faire connaître des autorités "avant de se déplacer vers une zone rurale".

Les agriculteurs eux, devront s'assurer que cette quarantaine aura bien été observée par leur personnel. Et ce dans le but de "préserver les zones rurales, plus vulnérables, de l'apparition du virus, dont elles ont jusqu'à présent été épargnées".