Dans le contrat conclu par l'UE en août, portant jusqu'à 400 millions de doses du vaccin AstraZeneca/Oxford, le laboratoire britannique devait recourir à quatre usines pour assurer sa production: deux dans l'UE dont une Belgique, et deux au Royaume-Uni, selon une responsable européenne.

"Laissez-moi être claire: il n'y a pas de hiérarchie de ces usines dans le contrat, aucune différenciation entre les sites au Royaume-Uni et dans l'UE", a insisté Stella Kyriakides au cours d'une conférence de presse.

"Les usines britanniques font partie du contrat de précommandes et c'est pourquoi elles doivent fournir" les doses qui sont attendues d'elles, a-t-elle martelé.

Bruxelles conteste les explications du PDG d'AstraZeneca, Pascal Soriot, selon lequel la production des usines au Royaume-Uni est réservée aux Britanniques en vertu de l'accord conclu avec Londres, trois mois avant le contrat signé avec l'UE.

"Rappelons les choses pour lever tout doute: il n'a jamais été question que ces deux usines (britanniques) soient au second plan ou en back-up" pour la production de vaccins destinées à l'UE, a confirmé une responsable bruxelloise.

Selon cette source, "il est inacceptable de voir le calendrier de livraisons se réduire à une fraction", à "un quart de ce qui était censé nous être livré" au premier trimestre, alors que l'UE a contribué à "financer le risque manufacturier" pour développer le vaccin et accroître les moyens de production.

La Commission européenne a alloué quelque 336 millions d'euros à AstraZeneca à cette fin, mais qui n'ont pas encore été entièrement versés, a-t-elle indiqué.

Avant un feu vert réglementaire de l'UE pour ce vaccin attendu vendredi, AstraZeneca a annoncé la semaine dernière que les livraisons seraient moins importantes que prévu au premier trimestre en raison d'une "baisse de rendement" sur un site de fabrication européen.

Le groupe a été convoqué à deux reprises lundi pour s'expliquer devant les Etats membres et la Commission européenne, qui négocie au nom des Vingt-Sept. Ses justifications ont été jugées "insatisfaisantes" et une autre rencontre est prévue mercredi soir.

"Nous n'avons pas été informés du véritable problème", et comme les autres usines du groupe, censées pouvoir produire également les doses destinées à l'UE, ne sont pas affectées, "leurs explications manquent de consistance", observe la responsable européenne. "Le souci, c'est que nous n'avons aucune visibilité".

L'UE appelle AstraZeneca à donner son autorisation pour rendre public le contrat signé, selon un porte-parole de la Commission. D'autant que "certains clauses sont désormais déjà discutées dans la sphère publique" après avoir été dévoilées par le patron du laboratoire,observe un responsable européen.

"Nous allons défendre l'argent du contribuable"

La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a enfoncé le clou mercredi après-midi dans la bataille des mots qui oppose l'UE et la firme pharmaceutique AstraZeneca, accusée de ne pas respecter ses engagements envers les 27 et de privilégier les livraisons au Royaume-Uni, qui utilise déjà le vaccin contre le coronavirus développé par l'entreprise avec l'université d'Oxford.

"Nous avons l'intention de défendre notre accord et l'argent du contribuable qui a été investi", a affirmé la commissaire Kyriakides. "L'idée que l'entreprise n'est pas obligée de livrer parce qu'on a signé un accord de 'best efforts' n'est ni correct ni acceptable (...) Nous avons précisément signé un contrat d'achat anticipé (en août, NDLR) pour que l'entreprise mette sur pied une capacité de production lui permettant de préproduire en vue de livrer une certaine quantité dès le jour où le produit serait autorisé". C'est un "engagement contraignant", a-t-elle ajouté.