La décision de la commission de protection de la vie privée (CPVP) d'attaquer Facebook en justice surprend l'entreprise américaine, qui juge même l'action "théâtrale", a indiqué lundi une porte-parole de l'entreprise. 

La CPVP a confirmé ce week-end qu'une action en référé serait ouverte jeudi par le tribunal civil de première instance de Bruxelles. La commission reproche au réseau social de traiter et de tracer, sans consentement, les données personnelles de ses membres ou non. L'action en justice entamée par la CPVP à l'encontre de Facebook Belgique, USA et Irlande, fait suite à des recommandations formulées mi-mai exigeant notamment une transparence totale sur l'utilisation des cookies.

"Nous avons été surpris et déçus que malgré la rencontre prévue le 19 juin avec la CPVP pour discuter de ses recommandations, la commission entame l'action théâtrale d'attaquer Facebook Belgique en justice", a déclaré Tina Kulow, porte-parole du réseau social. "Même si nous sommes confiants et que nous pensons que le cas de la CPVP est infondé, nous sommes heureux de continuer à travailler avec la commission en vue de répondre à ses inquiétudes, via un dialogue avec notre régulateur, le commissaire irlandais pour la protection des données", a-t-elle ajouté. En effet, la société renvoie vers l'Irlande, où son siège central pour l'Europe est établi, comme "son" régulateur pour le continent.

L'entreprise se défend également en précisant que " virtuellement, tous les sites internet, dont Facebook, utilisent légalement des cookies pour offrir des services. Les cookies sont un standard pour l'industrie depuis plus de 15 ans. Si des personnes ne souhaitent pas voir des publicités basées sur les sites qu'ils visitent ou les applications qu'ils utilisent, ils le signifient via le EDAA - European Interactive Digital Advertising Alliance - dont les principes et les désengagements sont respectés par plus de 100 entreprises, dont la nôtre."

"Nous sommes lassés des slogans de Facebook", a cependant réagi le président de la CPVP, Willem Debeuckelaere. "Facebook joue avec nos pieds, gagne du temps, repousse tout, tout le temps. Depuis mi-janvier, nous posons des questions pertinentes sur des violations de la vie privée des gens, et nous ne recevons jamais de réponse."

Face à cette attitude évasive, le président de la commission a choisi de ne pas attendre la prochaine entrevue du 19 juin. "Facebook répète que la Belgique n'a pas son mot à dire, que seul le commissaire irlandais à la protection de données est compétent, que nous ne devons pas nous en faire, que tout repose sur un malentendu, un bug", selon M. Debeuckelaere.

Il est certain que la procédure contre Facebook prendra la même tournure que celle contre l'autre géant de l'Internet, Google. "Au début, Google était d'avis qu'il ne devait pas se conformer aux législations nationales. Jusqu'à ce que la Cour européenne de justice déclare le 13 mai que Google doit bien les respecter. L'entreprise s'est alors pliée", détaille M. Debeuckelaere.

La première étape de l'action en référé ce jeudi contre Facebook ne donnera pas encore lieu à des débats ou à des échanges sur le contenu, a de son côté indiqué la porte-parole de la CPVP. Elle servira avant tout à déterminer un agenda pour la procédure judiciaire, a-t-elle ajouté.