Les Maldives et les Seychelles sont deux pays qui présentent des statistiques étranges au niveau du coronavirus. En effet, s'ils présentent les taux de vaccination les plus élevés du monde, ils figurent également ces dernières semaines dans la catégorie des pays ayant recensé le plus de cas.

A la date du 14 mai, les Maldives étaient en effet le pays du monde où l'épidémie accélérait le plus (+106%, 1.100 nouveaux cas par jour). L'archipel est pourtant à l'avance en termes de vaccination, puisqu'il a administré au moins une dose (Sinopharm ou AstraZeneca/Oxford) à 56% de sa population (26% de la population est complètement vaccinée).

Même constat pour les Seychelles. En proportion de la population, c'est le pays du globe ayant recensé le plus de cas la semaine dernière (4.083 pour 100.000 habitants). Loin devant l'Inde (238) et le Brésil (297), durement touchés par le coronavirus. Les Seychelles ont pourtant complètement vacciné 61% de leur population, avec des doses Sinopharm et AstraZeneca/Oxford.

Mais alors comment expliquer ces chiffres?

Pour y voir plus clair, il convient d'analyser ces chiffres plus en profondeur. Comme le rapporte CNN, qui relaie des informations données par le ministre seychellois de la Santé, 33% des malades qui ont été recensés dernièrement avaient déjà été vaccinés. De quoi remettre en doute le vaccin? Selon les experts, il ne faut pas tomber dans ce piège-là. Ceux-ci rappellent plutôt l'importance de continuer à respecter les gestes barrière, même en étant vacciné. Car être vacciné protège efficacement contre les formes graves de la maladie, mais cela n'empêche pas forcément d'être infecté. Aux Seychelles d'ailleurs, alors que le nombre de contaminations a fortement augmenté, le nombre de morts ou de patients en soins intensifs reste stable et peu inquiétant. Le Dr. Jude Gedeon, commissaire à la santé publique du pays, insiste: "Les personnes dans un état critique aujourd'hui n'avaient pas encore reçu le vaccin. Ce que les gens ne réalisent pas, c'est que si nous n'avions pas atteint le taux de vaccination actuel, notre situation aurait été bien pire."

Quant aux raisons qui expliqueraient un tel regain de l'épidémie, il faut évidemment y voir le relâchement instauré par le gouvernement voici un mois. 72% du PIB dépendant du tourisme (qui emploie en outre près de 30% de la population), les autorités seychelloises ont décidé de réduire drastiquement les mesures et ont rouvert le pays aux voyageurs. Pour autant qu'il possède la preuve d'un test PCR négatif, le touriste (excepté s'il vient d'Afrique du Sud, d'Inde, du Pakistan ou du Sri Lanka) peut venir séjourner dans les Seychelles, sans quarantaine. Depuis ce "déconfinement", les chiffres ont explosé, passant en quelques semaines de 3.800 cas et 16 décès à 9.187 cas et 32 décès.

Parmi les explications possibles, il faut également prendre en compte le fait que 70% des personnes infectées dans le pays n'avaient pas encore été vaccinées ou alors avaient reçu seulement une dose. Parmi les autres 30%, les gens venaient de recevoir leur deuxième dose. Or les scientifiques estiment qu'il faut encore attendre deux semaines après la deuxième dose pour être optimalement protégé.

Enfin, le type de vaccins utilisés sur l'archipel, à savoir Sinopharm (vaccin chinois) et Covishield (vaccin produit par AstraZeneca), est aussi à analyser. Si l'efficacité du premier est estimée à 79%, le second flirte lui avec les 90% selon des essais cliniques, mais ce chiffre paraît exagéré. Quand on ajoute à cela l'éventuel rôle joué par les variants et leur résistance aux deux vaccins cités, on comprend que la prudence aurait dû davantage être de mise aux Seychelles durant le mois d'avril. Ce n'est d'ailleurs pas étonnant que le pays, pour faire face au rebond épidémique, a dû fermer bars et magasins au début du mois de mai.