L’affaire avait fait grand bruit au milieu des années 90. Lors de la sortie The People vs. Larry Flynt, de Milos Forman, en 1996, l’affiche du film avait déclenché un scandale aux USA mais aussi en Europe. On y voyait Larry Flynt, magnat du porno, défenseur autoproclamé de la liberté d’expression aux États-Unis et héros du film, nu, en position de crucifié, le bas-ventre caché par le drapeau américain, le tout posé sur un ventre féminin habillé d’un string. Contraint de la retirer, le réalisateur l’avait remplacée par l’image d’un homme avec la bouche bâillonnée par un drapeau pour symboliser la censure.

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Voilà qui résume assez bien la vie de Larry Flynt qui est décédé cette nuit à l’âge de 78 ans. Il s’est éteint dans son sommeil, entouré des siens précise le communiqué transmis à l’AFP, des suites “d’une maladie soudaine”, sans qu’il soit apporté d’autres précisions.


De magouilleur à millionnaire

Originaire du Kentucky, Larry Flynt a fuit de chez lui à l’âge de 15 ans. Enrôlé dans l’armée grâce à un faux certificat de naissance, il est très vite démobilisé et devient le roi de la combine, trempant dans le trafic d’alcool et s’adonnant au poker. En 1965, il s’offre un bar, le Keewee, pour 1800 dollars. Il s’agit de la première pièce de ce qui va devenir son empire, un conglomérat composé de magazines pornographiques, de studios de production de films X, de sites Internet du même acabit. Après le Keewee, d’autres établissements sont rapidement venus s’ajouter à son portefeuille. Tous miteux, ils ont comme caractéristique commune de faire appelle à des hôtesses qui évoluent entièrement nues. Ce sont les désormais célèbres “Hustlers Clubs”.

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Dès 1974 la gestion de ses clubs ne suffit plus à Larry Flynt qui se lance dans l’édition. Son magazine Hustler se veut le concurrent de Playboy et Penthouse qu’il jugeait “ringards”. Le ton y est résolument plus scandaleux et les photos explicites. Un coup dopera les ventes et fera la “réputation” de sa parution : l’achat de photos volées de Jackie Onassis nue. Elles lui valent son premier million de dollars gagné.

Une conversion et une tentative d’assassinat

Hustler ne se contente pas de montrer du nu intégral. Le magazine traite aussi de différents sujets sensibles comme le racisme, l’avortement, la pédophilie et d’autres pratiques marginales. Via des dessins satiriques, le titre démonte le puritanisme de l’Amérique. Larry Flynt s’autoproclame défenseur de la liberté d’expression outre-Atlantique. “Les cartoons étaient une façon très amusante de fournir du sens dans le débat social. […] Nous avons réussi à repousser les limites. Nous avons écrit l’Histoire. La parodie est désormais reconnue comme une forme de liberté de parole, elle est protégée par le premier amendement !”, dira-t-il.

Paradoxe. En 1977, le magnat du porno rencontre la très croyante sœur du président Jimmy Carter. Ils se lient d’amitié et lors d’un voyage en jet en sa compagnie, Larry Flynt dira avoir eu une vision de Dieu et de l’apôtre Paul qui le conduira à se convertir au christianisme évangélique. Un temps, il imaginera même faire d’Hustler, une publication chrétienne. Cocasse...

En slip au tribunal

Pourtant, au fil des ans, les ligues pour la vertu et les féministes l’ont traîné devant les tribunaux, ce qui ne manquait pas de faire jubiler l’intéressé Il y plaidait le droit à l’obscénité et à la parodie. Il s’est présenté au tribunal en slip taillé dans un drapeau américain, il a fait de la prison mais est aussi parvenu à porter deux affaires devant la Cour suprême des États-Unis. En 1987, la plus haute juridiction américaine lui avait donné raison contre un télévangéliste moqué dans une parodie de publicité.

La vision de Dieu n’est pas la seule qu’il a eue. Il a également affirmé s’être vu en chaise roulante. Prémonitoire ? Le 6 mars 1978, il a été pris pour cible par un proche du Ku Klux Klan qui lui a tiré dessus. S’il a échappé à la mort, Larry Flynt est resté paraplégique. Depuis, il ne se déplaçait plus que dans une chaise roulante plaquée or.

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Clinton et Trump

Le dernier coup d’éclat du fondateur d’Hustler remonte à 2017. En octobre, il s’était acheté une pleine page dans le Washington Post, offrant 10 millions de dollars à qui lui fournirait toute information conduisant à la destitution de Donald Trump. C’était son “devoir patriotique”, avait affirmé cet habitué des polémiques et des procès qui avait bâti sa réputation et sa fortune sur la provocation.

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Vingt ans plus tôt, il s’était aussi fait remarquer lors de l’affaire Monica Lewinsky. Pour soutenir le président Bill Clinton, il avait obtenu la tête de plusieurs élus compromis dans des scandales sexuels révélés dans son magazine.

En 2008, pendant la campagne présidentielle américaine, il avait aussi lancé un projet de film pornographique mettant en scène Sarah Palin, colistière de John McCain, candidat républicain.

“Je dois admettre que je n’ai jamais acheté le magazine Hustler et je crois que je ne l’achèterai jamais”, écrivait Milos Forman dans une préface de l’autobiographie de Flynt. “Mais aussi longtemps que je vivrai, j’admirerai toujours Larry Flynt : sa vie, son courage et sa ténacité”, ajoutait le réalisateur du film The People vs. Larry Flynt.