La gauche socialiste au pouvoir a essuyé une lourde défaite dimanche lors d'élections départementales.

La droite est sortie largement victorieuse du second tour des départementales de dimanche, contrôlant désormais deux départements sur trois, face à une gauche qui a enregistré un quatrième revers d'ampleur en un an et un FN qui n'a finalement remporté aucun exécutif.

Après les municipales, les européennes et les sénatoriales, ce scrutin marque la quatrième défaite consécutive de l'exécutif dans un scrutin intermédiaire, avant le dernier test pré-présidentielle de 2017, celui des régionales en décembre.

La droite l'a emporté dans 66 départements et la gauche dans 34, tandis que le Vaucluse restait incertain, selon les résultats complets compilés par l'AFP.

Soit 25 bascules de gauche à droite, avec une seule bascule de droite à gauche, en Lozère.

S'il est un acteur incontournable, le FN, qui plaçait ses principaux espoirs dans le Vaucluse et l'Aisne, ne contrôlera en définitive aucun département, a reconnu son vice-président Florian Philippot.



Hollande et Valls perdent leur fief

La gauche détenait jusqu'à présent 61 départements sur 101. Dimanche soir, les projections indiquaient qu'elle ne conservait la direction que de 34 départements. La gauche s'est montrée "trop dispersée" et "connait un net recul", a admis lors d'une allocution le Premier ministre socialiste Manuel Valls, qui ces dernières semaines a multiplié les meetings pour faire barrage au Front national de Marine Le Pen. Le Premier ministre a dénoncé à nouveau "des scores beaucoup trop élevés de l'extrême droite". Selon lui, le FN constitue "un danger mortel" et "peut gagner l'élection présidentielle" de 2017.

Le PS a d'ailleurs subi une véritable gifle en perdant entre autres le département de Corrèze , fief de François Hollande, et l'Essonne , fief de Manuel Valls. Un échec personnel pour les deux hommes politiques.

Les départements remportés par la gauche : Lozère (qui était aux mains de l'UMP), Gard, Finistère, Pyrénées-Orientales, Loire-Atlantique, Seine-Saint-Denis, Tarn, Lot, Meurthe-et-Moselle, Gironde .

Le Val de Marne est remporté par les communistes.


La droite rafle la mise

Dimanche, "le désaveu à l'égard du pouvoir est sans appel", a souligné de son côté le patron du parti de droite UMP, Nicolas Sarkozy. "C'est le déni, l'impuissance qui a été sanctionné", a fait valoir l'ancien président (2007-2012). La droite a en outre pu récupérer des départements chers au PS, comme le Nord ou la Creuse .

Les départements remportés par la droite : Corrèze (fief de François Hollande), Essonne (fief de Manuel Valls), les Pyrénées-Altantiques, Territoire-de-Belfort, Nord (ancien bastion PS), Seine-Maritime, Mayotte, Charente, Côtes-d'Armor, Creuse, Saône-et-Loire, Drôme, Isère, Jura, Deux-Sèvres, Seine-et-Marne, Orne, Indre-et-Loire, Creuse, Oise, Ain, Cher, Somme, Bouches-du-Rhône, Morbihan, La Réunion.

L'Allier précédemment aux mains des communistes effectuerait également un virage à droite.


Quelque 40 millions de Français étaient appelés à voter. La participation s'est élevée à environ 50% , selon les instituts de sondage.


Analyse des résultats

L'enracinement de l'extrême droite dans les campagnes et dans le paysage politique français, longtemps caractérisé par un affrontement droite-gauche, a confirmé que le pays était entré dans le tripartisme. Ce phénomène est "durable", selon le politologue Pierre Martin.

"De plus en plus polarisé sur l'immigration et l'insécurité, sur le sentiment de déclin économique de la France", l'électorat "considère que les partis installés ont échoué et ne sont plus crédibles", disait ce weekend cet expert au quotidien Le Parisien.

Au premier tour, la gauche s'était montrée désunie, l'extrême gauche et les écologistes refusant de soutenir un gouvernement socialiste à la politique jugée trop libérale. Cet éparpillement a profité à l'opposition de droite, au premier rang de laquelle figure l'UMP, allié au parti de centre droit UDI.

Les présidents des conseils départementaux doivent être désignés jeudi.

Le chef de l'Etat, François Hollande, a laissé entendre qu'il ne changerait pas de politique après le scrutin départemental. Manuel Valls restera ainsi en place. Il entame mardi sa deuxième année de Premier ministre, avec l'intention affichée d'ouvrir de "nouveaux chantiers" pour aller chercher quelques décimales de croissance en plus et poursuivre sur son mot d'ordre depuis un an: la réforme.

Un remaniement de plus ou moins grande ampleur est cependant attendu dans les semaines à venir et à cette occasion, les écologistes pourraient à nouveau faire partie de l'exécutif.

Le président socialiste ne dispose que d'une majorité étriquée au Parlement et un remaniement pourrait l'aider à élargir ses soutiens.

La période est délicate pour un chef d'Etat qui reste toujours très impopulaire. L'économie française semble encalminée et le chômage demeure très élevé.

A deux ans de la présidentielle de 2017, François Hollande est "dos au mur", constate l'un de ses proches. A l'Elysée, "tout le monde a peur de son élimination dès le premier tour (de la présidentielle) en 2017", ajoute-t-il sous couvert d'anonymat.