La gauche au pouvoir menacée de déroute à un scrutin local, à deux ans de la présidentielle.

Face à une droite rassemblée et à une extrême droite qui s'enracine, le Parti socialiste au pouvoir en France s'attend dimanche à une défaite lors d'un scrutin local, qui pourrait être historique et de mauvais augure, à deux ans de la présidentielle de 2017.

"Est-ce qu'ils se sont levés ce matin?", a lancé en souriant le président François Hollande avant de voter dans la matinée dans son fief de Tulle, en Corrèze (centre). Une boutade qui n'en est pas une, car la participation à ces élections départementales constitue un facteur déterminant.

Sur les 40 millions de Français en âge de voter, seul un sur deux s'était déplacé il y a une semaine pour le premier tour de ce scrutin. Et la gauche, menacée de perdre plus de la moitié des 61 départements qu'elle administre, devait à tout prix mobiliser son électorat pour limiter sa dégringolade.

Dimanche à midi (10H00 GMT), la participation s'affichait toutefois en baisse par rapport au premier tour, à 15,63% contre 18,02% dimanche dernier.

A Strasbourg, Sébastien, salarié de la publicité de 38 ans a décidé de s'abstenir. "Je n'irai pas voter parce que cette élection ne change rien a ma vie. Depuis la présidentielle de 2012 c'est comme ça."

Le Premier ministre, Manuel Valls, a multiplié les meetings ces dernières semaines afin de faire barrage au Front national (FN),qui a engrangé un quart des voix au premier tour.

"Résistance, résistance, résistance face au parti d'extrême droite !", a lancé vendredi soir M. Valls, pour qui le FN constitue "un danger mortel" et "peut gagner l'élection présidentielle".

Cet enracinement de l'extrême droite dans le paysage politique français, longtemps caractérisé par un affrontement droite-gauche, a confirmé que le pays était entré dans le tripartisme, un phénomène "durable", selon le politologue Pierre Martin.

"De plus en plus polarisé sur l'immigration et l'insécurité, sur le sentiment de déclin économique de la France", l'électorat "considère que les partis installés ont échoué et ne sont plus crédibles", ajoute cet expert cité samedi par le quotidien Le Parisien.

Au premier tour, la gauche s'est montrée désunie, l'extrême gauche et les écologistes refusant de soutenir un gouvernement socialiste à la politique jugée trop libérale. Cet éparpillement a profité à l'opposition de droite: l'UMP de l'ancien président Nicolas Sarkozy (2007-2012), allié au parti de centre droit UDI, a nettement dominé le premier tour, avec 28,75% des voix contre 21,47% au Parti socialiste.

"Pour le deuxième tour, la priorité est de s'unir", a souligné en fin de semaine l'entourage du président François Hollande, qui espère qu'un bon report des voix de la gauche de la gauche sur les candidats socialistes permettra d'endiguer "la vague" du parti d'extrême droite dirigé par Marine Le Pen.

Le FN a pour la première fois la possibilité de l'emporter dans plusieurs départements, notamment dans le Vaucluse (sud), où s'est implantée Marion Maréchal-Le Pen, nièce de la présidente du FN et étoile montante du parti. L'extrême droite pourrait par ailleurs s'imposer dans l'Aisne et le Pas-de-Calais, dans le nord de la France.

Venue voter à Hénin-Beaumont, ville nordiste conquise l'an dernier par son parti, Marine Le Pen a dit espérer obtenir "plusieurs dizaines" d'élus dans les conseils départementaux.

Toute la semaine, Manuel Valls a fustigé le refus de Nicolas Sarkozy de soutenir les candidats socialistes dans les duels FN-PS du second tour, et appelé au rassemblent des "républicains".

Très engagé dans la campagne, le Premier ministre devrait rester à son poste quelle que soit l'issue du vote, mais un remaniement pourrait intervenir début avril, avec le retour au gouvernement de ministres écologistes.

La période est délicate pour le président Hollande, toujours très impopulaire alors que l'économie française semble encalminée et que le chômage reste à des niveaux record.

Inquiet, un proche du président anticipe "une amplification" ce dimanche du revers du premier tour. A deux ans de la présidentielle, François Hollande est "dos au mur". A l'Elysée, "tout le monde a peur de son élimination dès le premier tour (de la présidentielle) en 2017", ajoute ce proche.