Ce lundi, de violents incendies se sont déclarés dans le sud-est de la France et en Corse. S'ils sont désormais globalement contenus, il y a encore plusieurs foyers dans le Var, dont le principal à La Croix-Valmer, près de Saint-Tropez. Des Belges, en vacances sur place, témoignent. Ainsi qu'un natif de l'endroit.


Au téléphone, en bruit de fond, on devine le vrombissement des hélicos et l’on entend surtout le vent qui brouille la conversation. “De mémoire, jamais on n’a connu un tel mistral à cette époque à la Côte d’Azur”, nous dit Nathalie qui, depuis des années, passe plusieurs semaines par an en famille dans sa maison de vacances à Rayol-Canadel-sur-Mer. Pas vraiment inquiète (de nature), d’autant qu’elle se situe à distance relativement éloignée des foyers d’incendies, cette maman de quatre enfants reconnaît quand même être quelque peu “coincée chez elle” par les routes barrées, qui l'empêchent par exemple de rejoindre Saint-Tropez. Un tantinet plus craintive, sa fille a tout de même préféré dormir les portes ouvertes pour “être sûre d’entendre la sonnette au cas où l’on viendrait les avertir qu’il faut quitter les lieux sans tarder”. Il n’empêche, même sans être au cœur des feux de forêt et de garrigue, le climat est à l’inquiétude “avec ces hélicos qui tournent sans arrêt au-dessus de nos têtes”, admet Nathalie.

Elise Fleury s'occupe de son petit bout. Elle nous passe un ami, Benoît Mendes. Celui-ci revient sur les événements qui secouent leur petit groupe depuis lundi: "Nous rentrions de la plage vers 18h quand nous avons vu le ballet d'hélicoptères envahir le ciel. Ensuite, le temps de prendre une douche, et la colline que nous apercevons depuis la terrasse est devenue noire, la végétation partie en cendres. Le feu avait pris à quelques centaines de mètres de chez nous." Inquiets, ils se sont renseignés auprès des pompiers, qui leur ont conseillé de rester chez eux pour le moment. "Malgré le stress, vers minuit, nous avons finalement décidé d'aller nous coucher. Je me suis levé à 7h30. Vers 8 ou 9h, nous apercevions une nouvelle colonne de fumée à l'horizon. Nous aurions pu aller faire un tour, mais nous risquions de ne plus pouvoir rentrer, si la route était coupée. C'est pourquoi, pour le moment, nous restons dans notre maison. Heureusement, le frigo est bien rempli. Nous pourrions tenir comme ça jusqu'à jeudi, la fin des vacances. Mais quel triste paysage!"

© Elise Fleury

David Vandenplas, un jeune Belge, est lui aussi en vacances avec des amis sur la Côte d'Azur. "Nous sommes à La Croix-Valmer, à quelques centaines de mètres du mas de Gigaro", précise-t-il. A quelques centaines de mètres d'où est parti l'incendie... "Le feu à pris à cinq cent mètre de chez nous", raconte-t-il. "Hier, vers 19h30, on a commencé à voir des dizaines de camions de pompiers devant la villa et une énorme fumée blanche. Cela fait deux jours qu'il fait très chaud et que le vent souffle par intermittence. On dit que c'est un mégot de cigarette ou les braises d'un barbecue qui ont déclenché l'incendie -pour le moment ce sont des rumeurs. Cette nuit, avec un ami, on est resté éveillé toute la nuit. On voulait être sûr d'être en sécurité. Il y a des enfants avec nous. Ce matin, on est quand même allé faire des courses. Et maintenant, on passe le temps au bord de la piscine. On va voir toutes les demi-heures les nouvelles infos sur Internet. Même si l'incendie est ceinturé, il est possible qu'une braise allume une nouveau foyer. En tout cas, ce sont des vacances dont on se souviendra."

© David vandenplas

La nuit, avec les coupures d'électricité, on a encore plus tendance à s'affoler

Habitant la commune de Saint-Tropez, Grégory travaille en tant que chef à domicile sur la commune de Ramatuelle où il prépare des repas pour des familles. Originaire de la région et aujourd'hui âgé de 43 ans, il nous dit être confronté à des incendies de cette ampleur à peu près tous les cinq ans. "Cela fait quelque temps qu'il n'a pas vraiment plu dans le Var et nous sommes donc en état de sécheresse. Vu qu'il y a beaucoup de pinèdes dans la région, tout ce qui est mort tombe à terre et forme de gros amas de branchages et aiguilles de pins. Et comme le mistral, d'habitude froid mais pourtant chaud hier, a été particulièrement fort, toutes les conditions étaient réunies pour que se déclenchent des incendies".

"Depuis dimanche, poursuit le natif de l'endroit, nous étions en "risques exceptionnels", selon Météo France, ce qui suppose que les personnes sensées ne doivent pas faire de barbecue ou jeter de mégot de cigarettes, par exemple. Bref, cela implique d'être particulièrement vigilant à tout ce qui pourrait déclencher un feu".

A entendre Grégory, la période la plus critique fut incontestablement la nuit de lundi à mardi, alors que des résidents de villas situées dans les hauteurs ont été relogés dans les gymnases de Ramatuelle et La Croix-Valmer . "D'abord, il y a le fait que, la nuit, on perd un peu la notion de distance. On a en effet l'impression que tout est beaucoup plus proche. On voit des flammes qui dépassent des montagnes par exemple sur le domaine de Gigaro ou La Croix-Valmer et l'on craint que le feu arrive jusqu'ici, à Ramatuelle, qui doit se trouver à 3km à vol d'oiseau environ. En plus, comme l'électricité est coupée par moments, on a tendance à s'affoler plus vite car on se retrouve dans le noir complet. En outre, on craint de ne pouvoir évacuer les maisons étant donné que la plupart des portails sont électriques."

© David vandenplas