"C'est terrible de se rendre compte qu'on est loin d'une Santé Globale qui devant un problème commun (Covid-19), transcende les frontières pour mettre en commun les expériences, favorise les bonnes pratiques et renforce la coopération", écrit ainsi Yves Coppieters sur son compte Twitter. Prenant l'Afrique en exemple, l'expert déplore des traitements "rejetés chez nous", une vaccination "lente" et des masques "peu visibles".


Même son de cloche du côté de Emmanuel André qui regrette que plus de 4 milliards de personnes n'aient pas encore été vaccinées: "Parce qu'elles sont pauvres. Pas par choix"


La mainmise des pays riches

Les experts ont-ils raison d'exprimer leurs inquiétudes face à cette situation ?

Si l'on en croit les derniers chiffres communiqués*, 3 442 086 090 personnes ont reçu à ce jour au moins une dose de vaccin soit 44,1% de la population mondiale.

Cependant, des gouffres existent au niveau de la distribution entre les pays. Ainsi, les pays "à faible revenu", comme le désigne la Banque mondiale, ne sont parvenus à vacciner que 2% de leur population contre plus de 60% pour les économies les plus aisées comme en Europe, en Amérique du Nord ou aux Émirats arabes unis.

Selon les données collectées par l'Unicef, la plupart des pays d'Afrique subsaharienne, du Proche Orient et d'Asie centrale ont vacciné moins de 5% de leur population. Pire encore, de nombreux autres pays comme le Tchad, la république démocratique du Congo ou encore Haïti ne parviennent même pas à 1% de citoyens vaccinés.

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Face à de telles inégalités, le patron de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait même appelé au début du mois de septembre à un moratoire sur les troisièmes dose afin de les rendre accessibles aux pays qui n'ont pu immuniser qu'une partie infime de leur population: "Je ne resterai pas silencieux lorsque les entreprises et les pays qui contrôlent l'approvisionnement mondial en vaccins pensent que les pauvres du monde doivent se contenter des restes", avait-il déclaré.

Covax, un coup dans l'eau ?

Le système Covax, mis en place entre autres par l'OMS, avait pourtant pour objectif une distribution plus égalitaire des doses à travers le monde. Il s'est cependant heurté à plusieurs obstacles mais il semble que la réelle problématique provienne de la volonté des pays riches d'atteindre une couverture vaccinale élevée le plus vite possible. Pour cette raison, ces pays se sont octroyés une grande partie des commandes de vaccins et ont court-circuité un partage des doses de manière équitable.

Selon Emmanuel André, de tels agissements pourraient ainsi avoir des répercussions sur la confiance accordée aux dirigeants et aux grandes entreprises pharmaceutiques: "La méfiance envers les Big Pharma et ceux qui nous gouvernent enfle", critique-t-il.

*Our World in Data