Le premier tour des élections législatives françaises, qui se tenait ce dimanche, a livré toutes ses promesses de suspense. Après avoir longtemps été annoncées au coude-à-coude, c'est finalement la coalition présidentielle Ensemble! qui s'est imposée d'une courte tête - 21.442 voix d'écart - devant l'union de la gauche (Nupes), selon les résultats communiqués par le ministère de l’Intérieur.

Pourtant, d'après l'Insoumis Jean-Luc Mélenchon, la Nupes est bien la grande gagnante de ce scrutin. "La vérité, c'est que le parti présidentiel est battu et défait", martelait-il dimanche soir au cours d'une allocution.

Ce lundi, plusieurs leaders insoumis ont en outre dénoncé une "manipulation" des résultats. Selon Manuel Bompard, directeur de la campagne présidentielle de Mélenchon, un problème d'étiquetage aurait biaisé l'issue du vote. Selon lui, certains candidats investis par l'union de la gauche (Nupes) auraient été étiquetés "divers gauche" malgré leur soutien à l'union de Mélenchon, et les voix en leur faveur n'auraient ainsi pas été comptabilisées dans les résultats de la Nupes. Ce serait notamment le cas de plusieurs candidats de Corse et d'Outre-Mer, parmi lesquels Jean-Hugues Ratenon, député sortant et arrivé en tête dans la 5e circonscription de La Réunion.

Sur Twitter, ce lundi matin, Jean-Luc Mélenchon a également pris l'exemple de Joël Aviragnet, candidat dans la 8e circonscription de la Haute-Garonne, pour dénoncer cette manipulation. "Voici un exemple de candidat non comptabilisé par Darmanin au compte de la Nupes . Bien sûr il sera élu. Bien sûr il siégera au groupe PS, membre de la Nupes", a-t-il commenté.


Selon les calculs de Manuel Bompard, lui-même candidat dans la 4e circonscription de Marseille, la Nupes comptabiliserait ainsi 6 101 968 voix (soit 26,8%) contre les 5 836 202 voix (soit 25,7%) que le ministère de l'Intérieur lui attribue. L'Insoumis déplore une manipulation "pour faire apparaître artificiellement le parti de Macron en tête".

Un constat partagé par d'autres Insoumis, notamment par la députée Clémentine Autain, qui s'est imposée haut-la-main dans sa circonscription de Seine-Saint-Denis. "Ne pas avoir confiance dans les chiffres du ministère de l’Intérieur, je ne pensais pas un jour en arriver là", a-t-elle fustigé ce lundi matin sur France Inter."On a une interrogation plus que forte qui laisse à penser que monsieur Darmanin a voulu mettre en avant la macronie", a-t-elle poursuivi, appelant à recompter les votes.

"Un enfumage"

Ces accusations de "manipulation" ont suscité de vives réactions dans les rangs politiques français, coalition présidentielle en tête. Le délégué général de LREM, Stanislas Guérini, a dénoncé un "enfumage" de la part des Insoumis.

"C’est la direction de campagne de Nupes qui, par un mail adressé au ministère de l’intérieur le 8 juin 2022, a listé l’ensemble des candidats à qui il conviendra d’attribuer la nuance Nupes. Dans cette liste - pourtant très complète - ne figurait aucun candidat outre-mer. Ces candidats ne figurent pas non plus sur leur site officiel", a réagi de son côté le ministère de l’Intérieur, sur France Info.

A noter que le quotidien "Le Monde" a lui-même procédé à l'exercice de réétiqueter chaque candidat, à partir de ses propres observations. Selon les calculs du journal français, la Nupes serait en tête, avec 5 931 906 voix soit 26,1 % des suffrages exprimés, devant Ensemble!, avec 5 867 165 des voix, soit 25,81 %.