"Les femmes sont des êtres humains à part entière et nous devons être traitées en tant que telles. On devrait pouvoir décider de ce qu'on veut faire de nos propres corps, point à la ligne", lance Laura Bushwitz, 66 ans, enseignante retraitée venue manifester à Washington pour cette nouvelle édition de la "Marche des femmes".

"J'en ai marre qu'on me dise ce que je peux ou ne peux pas faire (...) Tu entends ça, la Cour suprême?", lâche-t-elle.

Peu de manifestations avaient eu lieu jusqu'ici depuis l'entrée en vigueur le 1er septembre d'une loi du Texas, qui interdit quasiment tous les avortements dans ce vaste Etat et qui a déclenché une véritable guérilla judiciaire et une contre-attaque au Congrès.

Mais à deux jours de la reprise des audiences à la Cour suprême des Etats-Unis, qui sera l'arbitre du combat, près de 200 organisations ont finalement appelé les défenseurs du droit à l'avortement à se faire entendre dans tout le pays.

L'événement-phare s'est tenu à Washington, où près de 10.000 personnes se sont rassemblées, des manifestantes tenant des pancartes "Occupe-toi de ton utérus" ou "Légalisez l'avortement", pour défiler jusqu'à la cour suprême qui, près de 50 ans après avoir reconnu le droit des Américaines à avorter dans son arrêt historique Roe v. Wade, semble prête à enclencher la marche arrière.

A la cour suprême, les protestataires ont rencontré une contre-manifestation. Une chaîne de policiers anti-émeute a tenu les deux groupes à distance.

La juridiction, profondément remaniée par l'ex-président Donald Trump (2017-2021), a refusé d'intervenir en urgence pour bloquer la loi texane et pourrait profiter de l'examen d'une loi restrictive du Mississippi pour infléchir sa jurisprudence.

Des rassemblements étaient également organisés dans les capitales de ces deux Etats conservateurs, Austin et Jackson, ainsi qu'à New York et dans plus de 600 villes du pays, de Chicago à San Francisco.

"Nous essayons de montrer que nous sommes un groupe fort et uni de gens qui ne resteront pas silencieux quand arriveront de folles interdictions de l'avortement comme celle du Texas", explique Juliette O'Shea, 17 ans, qui a mobilisé une trentaine d'adolescents à rejoindre la manifestation new-yorkaise.

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"Nous nous battons pour que l'avortement ne soit pas simplement légal, mais aussi accessible, abordable et sans stigmatisation", écrivent les organisatrices dans un communiqué, en demandant au Congrès d'inscrire dans la loi fédérale le droit à l'avortement, afin de le protéger d'un éventuel revirement de la Cour suprême.

Une proposition de loi en ce sens a été adoptée il y a une semaine à la Chambre des représentants, aux mains des démocrates, mais n'a aucune chance d'aboutir au Sénat où les républicains disposent d'une minorité de blocage.

 "Désir patriarcal"

En 2017, une première "Marche des Femmes" avait été organisée juste après l'investiture de Donald Trump et avait rassemblé des millions d'opposants au milliardaire républicain accusé de sexisme.

Les éditions suivantes avaient connu moins de succès, en partie à cause de dissensions internes liées à des accusations d'antisémitisme contre une responsable de l'organisation.

La présidente du géant du planning familial Planned Parenthood, Alexis McGill Johnson, a raconté devant la foule réunie à Washington l'histoire d'une Texane ayant dû faire 1.600 kilomètres en voiture pour se faire avorter au Colorado, toute seule, de crainte que toute personne l'accompagnant puisse être poursuivie.

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"Peu importe où vous êtes, ce combat est aujourd'hui à votre porte", a lancé le responsable de l'organisation, qui dénonce le fait que "le changement dans le Bureau ovale n'a pas mis un terme au désir politisé, pervers et patriarcal de contrôler nos corps", en référence à l'élection du démocrate Joe Biden en 2020, qui n'a pas changé la dynamique au niveau des Etats.

Au contraire, galvanisés par l'entrée au sein de la Cour suprême de trois magistrats choisis par Donald Trump, les élus locaux conservateurs se sont lancés dans une véritable offensive anti-avortement: depuis le 1er janvier, 19 Etats ont adopté 63 lois restreignant l'accès aux IVG.

Si la Cour devait invalider l'arrêt Roe v. Wade, chaque Etat serait libre d'interdire ou d'autoriser les avortements. 36 millions de femmes dans 26 Etats, soit près de la moitié des Américaines en âge de procréer, perdraient probablement le droit d'avorter, selon un rapport de Planned Parenthood publié vendredi.