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Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé le lancement de son opération contre une milice kurde en Syrie. L'Union européenne menace de couper les financements de la Turquie et exige l'arrêt de l'offensive.

La menace s'est muée en actes. "L'armée turque a lancé son opération militaire contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (PKK/YPG) et les terroristes de Daesh avec l'appui de l'armée syrienne, dans le nord de la Syrie. Notre mission est de prévenir la création d'un corridor terroriste au niveau de notre frontière sud et de ramener la paix dans la région", a tweeté le président turc. L'unité de protection du peuple kurde (YPG) est une milice que la Turquie soupçonne d'être liée au Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), classée comme "organisation terroriste" par la Turquie, l'Union européenne et les États-Unis. Les YPG sont quant à eux soutenus par les pays occidentaux, qui ont loué leur rôle clé dans la bataille contre l'État islamique.

De premières "victimes" ont été dénombrées à la suite des attaques perpétrées par l'armée turque, rapportent les forces kurdes. Plus tôt dans l'après-midi, une forte explosion avait été entendue dans la région de Ras al-Aïn, selon l'AFP. Des colonnes de fumée se sont élevées à proximité de la frontière, tandis que des avions survolaient le secteur. "Les avions de guerre turcs ont commencé à mener des frappes aériennes sur des zones civiles, il y a une forte panique parmi les gens", a indiqué de son côté un porte-parole des forces kurdes, Mustafa Bali. Des tirs d'artillerie en continu ont également été observés. Des milliers de civils ont fui la scène de guerre, emportant avec eux leurs affaires à bord de motos et de voitures, ou à pied. Des tirs d'artillerie turcs ont également visé plusieurs villages de la région de Tal Abyad, située également sur la frontière avec la Turquie, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les réactions fusent

L'Union européenne a exigé dans la foulée l'arrêt de l'offensive turque en Syrie et a brandi une menace de taille. "La Turquie doit cesser l'opération militaire en cours. Elle ne donnera pas de résultat. Et si le plan de la Turquie est la création d'une zone de sécurité, n'attendez pas de financement de l'Union européenne", a affirmé Jean-Claude Juncker devant le Parlement européen réuni à Bruxelles. La France a quant à elle déclaré qu'elle condamnait "très fermement" l'offensive et qu'elle saisissait le Conseil de sécurité des Nations Unies. "La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni sont en train de finaliser une déclaration commune qui sera extrêmement claire sur le fait que nous condamnons très fortement et très fermement ce qui est rapporté", a déclaré Amélie de Montchalin, secrétaire d'État aux Affaires européennes, devant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Le gouvernement allemand, de son côté, a partagé ses craintes d'une "résurgence" du groupe État islamique (EI), en raison de ces frappes.

Un peu plus tôt dans la journée, Didier Reynders, toujours Ministre fédéral des Affaires étrangères, avait appelé Erdogan à ne pas agir de la sorte et à trouver une solution diplomatique. Un appel visiblement ignoré.

Le président américain Donald Trump a semblé donner son feu vert dimanche à une telle opération avant de revenir sur ses propos et d'assurer que les Etats-Unis n'avaient "pas abandonné les Kurdes", qui ont joué un rôle crucial dans la défaite militaire de l'EI.

© AFP

(Avec AFP)